Un salaire minimum optimal

Devant les disparités de l’emploi dans la province, la clé se trouve peut-être dans les nouvelles approches.

(Photo: iStockphoto)
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De la Californie à New York en passant par l’Alberta, le salaire minimum est parti à la hausse. Des voix surprenantes, comme l’homme d’affaires Alexandre Taillefer, prônent la même chose au Québec.

Ici, le salaire minimum passera à 10,75 $ le 1er mai. Comme chaque fois, le patronat, les chambres de commerce et certains organismes en profiteront pour mettre en garde contre une hausse marquée.

Selon eux, l’augmentation nuit à la compétitivité des entreprises, qui composent déjà avec des marges de profit étroites. L’Institut économique de Montréal s’est même carrément prononcé pour l’abolition du salaire minimum en 2014.

Pourtant, un mouvement contraire semble s’installer. L’Alberta veut faire passer son salaire minimum à 15 $ d’ici 2018, malgré les récriminations de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui laisse planer la perte de 180 000 emplois. «Les salariés dépenseront davantage, ce qui stimulera l’économie et les emplois», estime la ministre du Travail de l’Alberta, Lori Sigurdson. Elle ajoute que le roulement de personnel diminuera, puisque moins de travailleurs auront intérêt à chercher un emploi mieux rémunéré.

Aux États-Unis, la Californie et l’État de New York visent aussi un salaire minimum à 15 $.

affaires encadré salaire minimum

Révolution? Pas exactement. Les économistes s’entendent généralement sur un salaire minimum tournant autour de 45 % du salaire moyen.

Ainsi, pour les salaires horaires moyens de l’État de New York (29,59 $) et de la Californie (26,57 $), qui augmentent de 3 % à 4 % par année, un salaire minimum à 15 $ reste dans cette fourchette. Ce raisonnement s’applique pour l’Alberta (28,71 $).

Dans le cas du Québec, le salaire minimum à 10,75 $ représente 47 % du salaire moyen (22,82 $), là aussi dans la fourchette. Le faire passer à 15 $ l’heure risquerait de décupler le chômage, surtout chez les 15-24 ans, qui forment plus de la moitié des bas salariés.

En Allemagne, la crainte d’un seuil destructeur d’emplois était largement partagée lorsque le pays s’est doté d’un salaire minimum, en 2015. Les opposants s’attendaient à 900 000 emplois perdus. Les économistes les plus prudents appréhendaient au minimum une hausse du chômage. C’est le contraire qui s’est produit. En un an, 731 000 emplois ont été créés. Et l’Allemagne présente toujours le taux de chômage le plus bas de l’Union européenne. Bien sûr, tout n’est pas parfait: 57 % de ces nouveaux emplois étaient à temps partiel.

Mais la catastrophe redoutée n’a pas eu lieu. La raison en est simple: à 8,50 €, le salaire minimum entrait encore une fois dans la fourchette du 45 %. Il est plutôt venu raffermir l’emploi.

Il faut reconnaître qu’à certains égards le salaire minimum ne remplit pas ses promesses. Au Québec, à 40 heures rémunérées par semaine, il dépasse à peine le seuil du faible revenu, fixé à 21 580 $ pour une personne.

Sauf que la moyenne d’heures de travail est plutôt de 35. Ainsi, au taux horaire de 10,75 $, cela signifie 19 565 $ par année, soit bien en deçà du seuil de pauvreté. Pour l’atteindre, le taux devrait s’élever à au moins 11,85 $ l’heure.

Devant les disparités de l’emploi dans la province, la clé se trouve peut-être dans de nouvelles approches. L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques du Québec propose un «salaire viable» autour de 15 $ pour subvenir aux besoins de base d’une famille. Sa particularité? Il varie d’une région à l’autre en fonction du coût de la vie local.

C’est un peu ce que préconise l’Oregon, qui souhaite établir trois salaires minimums distincts, un à Portland (14,75 $), un dans les plus petites villes (13,50 $) et un dans les régions rurales (12,50 $).

Dans tous les cas, si l’Alberta poursuit dans son intention de porter le salaire minimum à 15 $, elle risque de mettre de la pression sur les autres provinces. L’idée du gouvernement Couillard d’un revenu minimum garanti, qui viendrait remplacer aide sociale, prestations et crédits d’impôt, est peut-être plus stratégique qu’on le croit.

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Les commentaires sont fermés.

À mon avais le problème n’est pas tant le salaire minimum. Un nouvel employé est peu rentable. le problème est la difficulté d’avoir des augmentations qui en vaillent la peine. Je ne parle pas de 30$/h mais plutôt d’y accéder à ce 15$/h.

Et puis il y a un double discours de la part des «…le patronat, les chambres de commerce et certains organismes». Ceux-ci justifient les salaires élevés du haut de la pyramide par la «rareté» des gens qualifiés (c’est eux qui le disent). Mais, lorsque le bas de la pyramide se fait rare, on demande au gouvernement d’agir (immigrants temporaires, etc.).

E je n’ai que mépris pour les double discours.

Si je ne m’abuse, quelques-uns des pays scandinaves (fétiches de la gauche…) n’ont PAS de salaire minimum non?

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Pourquoi pas un salaire minimum à $30.00/l’heure? Et même plus?

Tout ceci est du n’importe quoi. Si la hausse du salaire minimum était LA réponse à certains problèmes, ça se saurait.

Si on hausse le salaire minimum de façon abusive comme le veut la gauche irresponsable, les autres employés des commerces voudront logiquement recevoir le même % d’augmentation non? Or, que se passera-t-il? Le commerçant ne pourra demeurer compétitif car il n’aura d’autres choix que de transférer ces coûts supplémentaires à ses clients ce qui fera disparaître plusieurs emplois ou même le forcera à fermer tout bonnement ses portes. Lose/lose situation!

Le salaire minimum est un frein à l’emploi!

Reprenons vos arguments un à un.

« Si je ne m’abuse, quelques-uns des pays scandinaves (fétiches de la gauche…) n’ont PAS de salaire minimum non? »

Réponse : effectivement, mais il y a moins d’écart entre les salaires et les minimum réelles dépassent notre salaire minimum.

« Pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Pourquoi pas un salaire minimum à $30.00/l’heure? Et même plus? »

Réponse : outre le sophisme de la pente glissante, la hausse du salaire minimum à un certain seuil peut être très bénéfique pour l’économie. Les travailleurs qui bénéficieraient de cette hausse dépenseraient la majorité de cette hausse en biens et services, ce qui contribuerait à l’économie. En deçà d’un seuil, l’argent gagné est dépensé; au-dessus, l’argent gagné est mise de côté. Il y a donc une possibilité de calculer ce seuil en fonction du coût de la vie. Ainsi, adapter le salaire minimum en fonction de la région est probablement une bonne idée.

« Tout ceci est du n’importe quoi. Si la hausse du salaire minimum était LA réponse à certains problèmes, ça se saurait. »

Réponse : effectivement, la hausse du salaire minimum est LA réponse à CERTAINS problèmes et cela se sait. Ce n’est pas LA réponse à TOUS les problèmes, mais ça aide.

« Si on hausse le salaire minimum de façon abusive comme le veut la gauche irresponsable, les autres employés des commerces voudront logiquement recevoir le même % d’augmentation non? Or, que se passera-t-il? Le commerçant ne pourra demeurer compétitif car il n’aura d’autres choix que de transférer ces coûts supplémentaires à ses clients ce qui fera disparaître plusieurs emplois ou même le forcera à fermer tout bonnement ses portes. Lose/lose situation! »

Réponse : selon ce que vous écrivez, il semblerait que vous ne compreniez pas ce qu’est un salaire minimum. S’il y a augmentation du salaire minimum, il n’y aura pas de situation où « les autres employés des commerces » voudront la même augmentation, car ils auront cette même augmentation. Le salaire minimum, c’est le minimum que doit payer un employeur, peut importe son secteur. Au Québec, il existe deux salaires minimums, soit les employés avec pourboire et ceux sans. Concernant la perte d’emplois, ce qui a été observé, donc le réel, est une perte d’emploie à court terme suivi d’une augmentation dépassant la perte. Et c’est facile à comprendre : les employeurs doivent faire face à l’augmentation la première année, mais les revenus augmentent rapidement l’année suivante puisque les gens ont plus pour dépenser et dépensent localement. C’est une situation gagnante/gagnante, mais pour la voir, il faut comprendre l’économie réelle et non celle fictive.

Bien oui. Mais allez dont essayer d’expliquer ça a notre belle go-gauche québécoise. Plusieurs individus qui ne valent pas grand chose comme employé veulent de la société les surpayent en légiférant un salaire minimum élevé. Et, il appellent ça de la justice sociale, quand, dans la réalité, ce n’est que du vol qualifié. …

Dans cette réflexion, n’oublions pas de penser aux retraités, qui eux ne verront pas leur maigre pension augmenter.
Car, inévitablement, une hausse de salaire minimum amènera une hausse des prix à la consommation.

Selon cette logique il faudrait donc instaurer un salaire maximum pour faire pression à la baisse sur le prix.

Je suis bien d’accord. D’ailleurs il est démontré qu’au delà d’un certain montant (autour du salaire moyen), la richesse n’a plus d’effet sur la santé ou le bonheur.

Pourquoi avoir un salaire minimum? Pourquoi que les employeurs seraient obligés de payer des salaires minimum à des gens qui ne valent pas ce prix là? C’est totalement contre productif et économiquement irresponsable. Si un employeur peut avoir des travailleur à $8.00 de l’heure pour faire un travail, pourquoi serait-il obligé d’e payer $10 ou 15? Inversement, s’il ne trouve personne à $10 ou $15, il devra payer plus. C’est ça la justice et la vrai justice sociale. Tu es payé le vrai prix que tu vaux. Point à la ligne. …

Le coût total du revenu serait beaucoup moindre que dans finale ridicule votre vidéo car les contribuables les plus riches le retourneraient via leurs impôts.