Sale temps pour les médecins

Les médecins doi­vent deve­nir des éléments d’une équipe plutôt que les enfants rois de l’équipe.

Le cabinet de Jean-Pierre Ménard intente un recours judiciaire pour que la ministre fasse cesser la pratique des frais accessoires. (Photo: Pierre-Paul Poulin/JDM/Agence QMI)
Le cabinet de Jean-Pierre Ménard intente un recours judiciaire pour que la ministre fédérale fasse cesser la pratique des frais accessoires. (Photo: Pierre-Paul Poulin/JDM/Agence QMI)

La protectrice du citoyen les accuse de conflit d’intérêts, parce que leurs représentants syndicaux siègent au conseil d’administration de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).

La vérificatrice générale dénonce les frais accessoires facturés par certains médecins à des patients, une pratique — de 50 millions de dollars par an, selon Québec — qui contrevient à la loi fédérale sur la santé.

Le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, cherche par tous les moyens à les contraindre à plus de productivité. Et il a le verbe persifleur. Les médecins «refusent», dit-il par exemple, d’assurer 12 heures de présence la fin de semaine dans les supercliniques «parce qu’ils veulent aller au resto le samedi soir». Ouch.


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Les plus cyniques diront que c’est du théâtre. Et qu’en coulisses, tous ces privilégiés — surtout les médecins spécialistes, qui gagnent parfois jusqu’à un million par année, mais facturent à des patients 40 dollars pour quelques gouttes ophtalmiques — s’entendent comme larrons en foire. Ce n’est pas le cas.

Les différends sur l’organisation et la rémunération relatives aux soins sont bien réels. Et ils sont d’une complexité folle. Sortir les omnipraticiens des urgences, par exemple, pour ajouter du temps en cabinet et enfin donner des médecins de famille aux patients orphelins — comme le souhaite le ministre — peut être une bonne idée à Montréal, mais l’être moins en région. Le diable est dans les détails. Et la bataille fait rage.

Exergue édito caroleUne chose est certaine, toutefois : l’image des médecins se ternit à vue d’œil.

«On n’a rien volé», disent les fédérations quand on leur rappelle que le pouvoir d’achat des médecins québécois est de 19 % à 34 % plus élevé que celui de leurs collègues ontariens. Bien sûr qu’ils n’ont rien volé. Per­sonne ne les accuse de fraude ou de vol. Mais le public est en droit de se demander si l’État verse une trop grande part de ses revenus à ses médecins en échange d’une trop faible accessibilité aux soins. Des infirmières ont même révélé que des médecins facturent à la RAMQ des soins qu’elles ont offerts !

Les dépenses de la santé et des services sociaux franchiront bientôt la barre du 50 % des dépenses du budget du Québec — elles sont aujourd’hui à 49,4 %. L’État ne doit pas devenir une vaste régie de la santé. Il a aussi d’autres missions à remplir.

Devant un parterre de 400 diri­geants de la santé réunis à Montréal début mai, le ministre a déclaré : «Je réfléchis à limiter les places en médecine pour investir dans la formation de 2 000 infir­mières praticiennes d’ici 10 ans.»

Des médecins verront là une autre tuile. Des patients y verront l’espoir d’avoir accès à des soins quand ils en ont besoin. Car le ministre a aussi dit qu’il «[croit] à la pratique autonome des infirmières», mais qu’il la financera seulement dans le cadre de modèles interdisciplinaires qui respectent la capacité de dépenser de l’État. Ça se défend.

Dans la grande partie d’échecs — ou le match de rugby — que le ministre Barrette a engagée, on ne voit pas toujours clairement sa stratégie. Sur le terrain, dans toutes les régions du Québec, des initiatives novatrices font la preuve que d’autres modèles de soins, plus collégiaux, sont possibles. Les médecins doi­vent deve­nir des éléments d’une équipe plutôt que les enfants rois de l’équipe. Bien des médecins le savent. Et le disent. Souhaitons-leur de contaminer leurs confrères. Et souhaitons au ministre de déployer plus de ces projets nova­teurs dans plus de régions du Québec.

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5 commentaires
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Il faudrait enlever les médecins sur les conseils d’administration des hôpitaux et organisations de santé pour laisser leur place à des administrateurs de confiance. Cela dure depuis beaucoup trop longtemps, il est temps de les remettre à leur place. Les médecins ne devraient pas obtenir un salaire supplémentaire pour faire de la recherche, s’ils n’ont pas suffisamment d’argent comme médecins qu’ils aillent se joindre aux chauffeurs d’Uber 😉

Pour ceux qui demeurent à Québec, il est strictement inutile de vous présenter à l’urgence St-François d’Assise durant la nuit car vous serez vu qu’au matin lorsqu’un médecin voudra bien se présenter à 08:00 mais commencer à voir des patiens vers 08:30 ou 08:45

Vos commentaires n’ont pas de lien avec l’article. Et de toute évidence vous ne comprenez pas le travail de l’urgentologue la nuit.

Enfin on parle d’abus!!! Mes pauvres patients qui viennent me voir sont appauvris de toujours payer pour des services qui sont censés êtres gratuits!! Assez c’est assez, que les médecins( certains) descendent de leur tour d’ivoire!!!

C’est évident qu’on coure vers une catastrophe! Même en prenant 50% du budget on est quasiment dans la médecine de brousse au Québec et l’accès est déjà sévèrement rationné, la notion de service pour ainsi dire inexistante, les patients sont à la merci de la bureaucratie et de l’humeur des employés. Le système se protège en soignant les cas les plus urgents, mais bientôt je pense qu’il ne pourra même plus faire ça.

Avec notre économie qui stagne et le vieillissement rapide de la population je vois mal comment ce système qui semble déjà en pleine implosion pourra tenir le coup.

Je prévois que même en continuant d’interdire l’assurance privée au Canada de plus en plus de clients et de médecins écœurés se tourneront vers le privé. Pour ma part je l’ai déjà fait et je suis très satisfait, la qualité des soins, la communication, l’accueil, la courtoisie on est dans un autre monde par rapport au monopole public.