Sans français, pas de salut ?

Sans français, pas de salut ? Les écoles anglaises ont nettement amélioré leurs résultats aux examens de français langue seconde. Avec l’aide, dans certains cas, d’élèves francophones…

Les cours viennent de se terminer et un brouhaha s’élève des corridors, où les élèves se précipitent et se saluent — très souvent en français. Sommes-nous bien à l’école secondaire Lake of Two Mountains, l’établissement public anglophone de Deux-Montagnes, en banlieue de Montréal ?

Dépêché dans cette école pour savoir pourquoi ses élèves s’étaient grandement améliorés en français langue seconde ces dernières années (la moyenne à l’examen officiel est passée de 67,1 % en 2002 à 78,4 % l’an dernier), je pensais rencontrer des anglophones. C’est pourtant un groupe formé surtout de francophones qui m’attend pour causer dans un petit local en compagnie de trois professeurs de français « langue seconde ».

Tous ont au moins un parent ayant fréquenté l’école anglaise — ce qui, selon la loi 101, leur donne le droit d’en faire autant. Et tous, ou presque, parlent français à la maison, comme un grand nombre des autres élèves de Lake of Two Mountains, école située à deux pas de la gare du train de banlieue de Deux-Montagnes, dans un quartier en pleine expansion. Faut-il s’étonner dès lors des bons résultats de cette école aux examens officiels de français langue seconde ?

« L’examen de fin d’année est beaucoup plus simple que ce qu’on a vu et appris tout au long de l’année », dit Marc-André Lachance, 15 ans, élève volubile et allumé inscrit au programme de français enrichi, comme la moitié des élèves de 4e et 5e secondaire.

Le directeur, Nick Primiano, minimise l’effet que la forte présence de francophones au sein de son école peut avoir sur les résultats de son établissement en français langue seconde. « Ces élèves peuvent être très à l’aise à l’oral, mais beaucoup moins à l’écrit, dit-il. Il faut parfois travailler encore plus fort sur la grammaire avec eux qu’avec des anglophones. »

Former des personnes bilingues : tel est l’un des trois grands objectifs de l’école Lake of Two Mountains, 388e au palmarès. « Le français est la langue officielle du Québec, ce serait ridicule de prétendre qu’on peut fonctionner seulement en anglais », dit Nick Primiano.

Tous les élèves reçoivent quotidiennement 50 minutes de cours de français, soit davantage que les exigences du Ministère. Dans ses classes « normales », composées surtout d’anglophones, l’enseignante Lorraine Desmarais a parfois l’impression que ses élèves viennent tout juste d’immigrer au Québec tellement leur français laisse à désirer. « Ils travaillent très fort, lisent plusieurs romans et font régulièrement de longues compositions en français. » Des efforts qui rapportent, dit-elle.

Depuis cinq ans, au Québec, la performance de l’ensemble des élèves anglophones aux examens de français a connu une progression (voir le tableau). Et ce n’est pas le fruit du hasard, dit Daniel Birnbaum, directeur général de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec. « Nos commissions scolaires consacrent de plus en plus d’efforts à l’amélioration de l’apprentissage du français dans nos écoles. Nous avons la responsabilité de former nos élèves pour qu’ils s’intègrent à la société québécoise. »

La qualité des cours de français langue seconde varie beaucoup d’une région à l’autre, dit toutefois Myriam Vachon, 15 ans, une élève de Lake of Two Mountains. « À mon ancienne école primaire, Nesbitt, dans le quartier Rosemont, tous les élèves parlaient anglais en classe et je me faisais traiter de French pepper [une insulte], ce qui n’est pas le cas ici. » Cédric Boudreault, 15 ans, est du même avis. « Ici, on est dans un milieu francophone. Mes amis dans le West Island, malgré leurs nombreux cours de français langue seconde, parlent très peu — et mal — le français. Ils ne trouvent pas ça cool… »

L’école Lake of Two Mountains est, en comparaison, un modèle de cohabitation pacifique. Il n’y a aucune tension linguistique et la majorité des élèves passent d’une langue à l’autre sans difficulté. Samantha Albert, fervente sportive et membre du club de soccer féminin de l’école, a beau fréquenter un établissement anglophone, elle répond depuis toujours en français à sa mère, qui s’adresse pourtant à elle en anglais. « Pour moi, c’est important de maîtriser le français. Je vis au Québec. »

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