Santé: le manifeste des 59

S’il y a un document qu’il faudra lire (ou relire) avant d’aller voter, c’est la lettre adressée au ministre Bolduc par 59 experts-en-analyse-de-réseaux-de-santé. Appelons ça le manifeste des nerds !

L'édito de Carole Beaulieu - Santé : le manifeste des 59
Photo : M. Beauregard / PC

Lire le manifeste >>

Pourquoi suit-on sans ronchonner le traitement prescrit par un médecin pour lutter contre un cancer et refuse-t-on celui prescrit par ces experts-là pour soigner notre réseau public ? Ils font pourtant métier d’observer et d’analyser les systèmes de santé partout dans le monde et savent lesquels permettent de fournir le plus de services, au plus grand nombre, à moindre coût.

Ces chercheurs savent pour­quoi encore trop de Québécois ne trouvent pas de médecins de famille. Ils savent même quoi faire pour changer ça ! Ils savent aussi comment faire afin que le système fournisse plus de services pour le même prix. Mais qui écoute les nerds de nos jours ? À moins qu’ils ne gagnent des fortunes, comme Bill Gates, leur savoir attire moins l’attention que les coups d’éclat des grandes gueules.

Un recours accru au finan­cement privé empirera les problèmes, disent-ils. « Le sys­tème de santé québécois a une jambe malade – la manière dont on produit les soins – et une jambe saine – la manière dont on finance les soins. Les chantres de la privatisation veulent couper la jambe saine et laisser le marché s’occuper de la gangrène dans l’autre jambe. »

C’est la manière dont on produit les soins qui doit changer. Pas celle dont on les finance (les impôts). Il faut organiser le réseau autrement, changer le mode de rémunération des médecins, faire plus de place aux généralistes et moins aux spécialistes, mettre l’accent sur les soins de proximité (la première ligne, comme on dit dans le jargon), donner plus de pouvoirs aux autres professionnels de la santé (infirmières, pharmaciens, sages-femmes, etc.). Les solutions sont connues. Il manque le courage politique de les appliquer.

Après avoir lu la lettre des 59, vous n’écouterez plus de la même manière les appels à la privatisation du réseau ou les discours des politiciens d’antichambre, comme le président de la Fédé­ration des médecins spécialistes, Gaétan Barrette, qui se voit déjà ministre d’un gouvernement caquiste.

Cette lettre est un bon antidote à l’ignorance et à la propagande.

Elle énonce 10 principes de base que les signataires jugent « incontournables ». Notam­ment : « Que les facultés de médecine et le Collège des médecins interviennent pour modifier le ratio omnipraticiens/spécialistes de manière à ce que la majorité [c’est bien écrit la majorité] des médecins choisissent la médecine de famille et que le nombre de postes par spécialité soit établi en fonction des besoins de santé anticipés. »

Une telle mesure ne plaira pas aux aspirants médecins. La spécialisation paie beaucoup mieux que l’omnipratique. (Les spécialistes sont d’ailleurs responsables d’une bonne part de l’augmentation des coûts.) Les Québécois ont besoin de généralistes, de services de proximité et de prévention – qui réduiront leurs besoins de spécialistes.

Le rôle du gouvernement est de mettre les impôts au service de la collectivité. En aura-t-il le courage ?

 

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie