Se préparer à la quarantaine

L’actualité a interrogé des spécialistes en santé, en microbiologie et en alimentation, afin de recueillir leurs recommandations pour traverser le mieux possible une période de confinement. 

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Ce texte sera mis à jour régulièrement en fonction des dernières informations disponibles.

Dernière mise à jour : lundi 16 mars à 16:25

Le Québec et le Canada ne sont qu’au tout début de l’épidémie de COVID-19 et le plus dur est encore à venir.

La ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, s’attend à ce que de 30 % à 70 % de la population canadienne soit atteinte à moyen terme. En entrevue avec L’actualité, la vice-première ministre Chrystia Freeland et le lieutenant de Justin Trudeau au Québec, Pablo Rodriguez, ont demandé aux Canadiens de faire un « effort collectif » pour vaincre la COVID-19, évoquant une situation qui va « empirer avant de s’améliorer ».

Face au sérieux de la menace, l’objectif des pouvoirs publics sera donc, dans les prochains jours et semaines, de retarder le pic de propagation de la maladie pour ainsi éviter la saturation des services de santé. Au Québec, le premier ministre François Legault a déjà demandé à tous ceux qui rentrent de voyage, peu importe le pays d’où ils arrivent, de s’isoler de façon préventive pendant 14 jours.

Pour limiter la transmission du virus, les mises en quarantaine risquent donc de se multiplier, pour les personnes infectées, mais aussi pour les personnes à risque ou présentant certains symptômes (fièvre, toux, difficultés respiratoires). Et on voit également de plus en plus d’entreprises inciter leurs employés à se mettre en mode télétravail, tandis qu’une fermeture complète des écoles est envisagée.

L’actualité a donc interrogé des spécialistes en santé, en microbiologie et en alimentation, afin de recueillir leurs recommandations pour se préparer le mieux possible à un confinement de 14 jours. 

Deux semaines à la maison

Une fois en quarantaine, il est recommandé de recevoir le moins de visites possible. Idéalement, il faut veiller également à limiter les sorties à l’extérieur. Il peut être opportun de laver régulièrement les draps, notamment si on partage son lit avec une personne qui n’est pas infectée. Le tissu est en effet une surface poreuse qui peut allonger la durée de vie du virus, de quelques heures à plusieurs jours.

« La transmission du coronavirus peut s’effectuer de façon directe (gouttelettes, contact direct) ou indirecte, par le biais d’objets infectés. Il existe donc un réel risque pour les autres occupants de la maison. D’où l’importance de se laver les mains le plus régulièrement possible et d’éviter de se toucher le visage, les yeux ou la bouche », explique Christian L Jacob, qui préside l’Association des microbiologistes du Québec.

Pour éviter la propagation du virus dans la maison, il est conseillé de nettoyer les poignées de porte, de décontaminer régulièrement les surfaces communes. Idem pour la zappette : il est important de désinfecter tout ce que l’on touche !

Dans le cas d’un isolement prolongé, Santé Canada préconise de faire des réserves des articles suivants : papier hygiénique, papiers-mouchoirs, produits d’hygiène féminine, aliments pour animaux de compagnie, couches (si des enfants en portent dans le foyer). Ces réserves éviteront aux personnes en quarantaine d’avoir à sortir de la maison au sommet de l’éclosion ou pendant qu’elles sont malades.

Si l’on est placé en quarantaine avec des enfants, il est important de suivre les consignes d’hygiène de base (se laver régulièrement les mains, tousser dans son coude, limiter les contacts physiques). « Les enfants sont peut-être moins susceptibles de développer des formes sévères de la maladie, mais est-ce qu’ils sont moins à risque d’être malade ? Je ne suis pas convaincu », affirme M. Jacob.  

Quant aux animaux domestiques, la contamination est considéré comme fortement improbable. Et ce, même si les virus peuvent passer d’une espèce à d’autres. « On sait que la COVID-19 peut affecter d’autres animaux, mais pas les animaux domestiques, comme les chiens ou les chats », explique encore le microbiologiste. 

Bien que la situation évolue rapidement, l’Agence de la santé publique du Canada affirme qu’il n’y a aucune preuve en ce moment que des animaux sauvages, le bétail ou les animaux domestiques du Canada soient porteurs du coronavirus et risquent d’infecter les gens.

Masques et gel hydroalcoolique

Le masque N95 protège contre 95% de la propagation des gouttelettes responsables de la transmission du virus. Il demeure la meilleure barrière à la propagation du virus et seules les personnes contaminées doivent le porter. Toutefois, dans une situation de quarantaine, il n’est pas nécessaire de le porter. Inutile donc de se ruer sur les derniers lots disponibles en magasin ou en ligne pour faire des réserves. Inutile aussi de se replier sur des masques de secours ou de fabrication artisanale, car ils sont bien moins efficaces que les N95.

Christian Jacob ne recommande pas l’achat massif de ce type de masques. « La grande majorité de la population ne sait pas comment porter un masque de ce type. Au quotidien, on mange, on boit, on se touche le visage, on touche le masque, etc. Très vite, le masque est lui-même contaminé et ne sert plus à rien. Pire, il peut donner un sentiment de sécurité erroné et donc représenter un réel danger. Je viens de revoir dernièrement une bande-annonce de la série Épidémie. On y voit des personnages qui enlèvent leur masque sans gants, ou alors qui se touchent le visage avec les gants et qui répondent ensuite au téléphone… Je comprends que les producteurs misent sur l’effet dramatique, mais ça ne respecte pas les protocoles de base. »

Inutile également de remuer ciel et terre pour acheter un dernier lot de Purell sur Amazon. Il existe des solutions de remplacement. La première est encore la plus évidente : se laver les mains au savon régulièrement. La deuxième : utiliser d’autres gels, sans alcool, comme ceux à base d’ammonium quaternaire ou de chlorure de benzalkonium. Ils ont toutefois une efficacité moindre face au virus. Mieux vaut donc prendre l’habitude de se laver les mains plus souvent qu’à l’accoutumée. 

Épicerie et alimentation

Pour gérer au mieux ses réserves de nourriture, la planification est la clé, explique la nutritionniste Julie DesGroseilliers. C’est donc le bon moment pour faire le ménage dans son congélateur et pour faire des réserves. Durant cette quarantaine, l’objectif sera de bien manger, en termes de qualité et de quantité; autrement dit, d’éviter de se bourrer de pâtes en sachets et de noix.

« Mon premier conseil serait de penser à bien remplir son congélateur, question d’avoir de bonnes réserves sous la main. Par exemple, on peut cuisiner des soupes-repas, des mijotés, des muffins… et peu importe s’il y a quarantaine ou pas, on appréciera avoir ces réserves dans le congélo ! On pensera aussi à placer au congélateur un ou deux pains, des légumes et des fruits surgelés, des sources de protéines variées : crevettes, poulet, poisson, edamames…»

La deuxième étape consiste à constituer des réserves d’aliments qui se conservent longtemps et qui nous permettront de préparer des repas facilement : des pâtes et sauces en pot, des conserves de légumineuses et de poissons variés, du lait UHT et/ou des boissons végétales qui se conservent à la température pièce, des bouillons, une variété de noix et de graines, des fruits séchés, des céréales à déjeuner, du gruau, des beurres de noix, du riz, etc.

Enfin, Julie DesGroseilliers conseille de stocker dans son frigo des fromages à pâte ferme, des œufs, du pesto, et de miser sur les variétés de fruits et légumes qui se conservent le plus longtemps comme les agrumes et les légumes racines (pommes de terre, carottes, panais, ou courges). Dans les premiers jours de la quarantaine, on utilisera les produits les plus frais et les aliments qui expireront prochainement. Ensuite, on pigera dans les réserves.

S’il n’existe aucun aliment miracle susceptible de nous protéger contre la COVID-19, une alimentation équilibrée de type « méditerranéen », riche en végétaux (fruits, légumes, légumineuses) et en bons gras (noix, huile d’olive, poissons gras), contribue à la diversité et à la santé de notre microbiote, lequel est une barrière incroyable pour les bactéries pathogènes. « En d’autres mots, adopter de bonnes habitudes alimentaires contribue à favoriser un bon système immunitaire. C’est un excellent bouclier pour faire face en tout temps aux agresseurs comme les virus», de conclure Mme DesGroseilliers.

Une autre option lors d’une quarantaine, c’est de se faire livrer ses repas. Dans ce cas, le civisme commande de déclarer son état au moment de commander, d’utiliser une solution de paiement sans contact et d’offrir au livreur la possibilité de déposer le repas à l’extérieur de la maison.

Médicaments et maintien en forme

Dans certains cas, le patient atteint par la COVID-19 peut être victime de diarrhées. Il peut donc être important de disposer d’une solution hydratante, explique Christian L Jacob de l’Association des microbiologistes du Québec. Au pire, de l’eau légèrement salée peut faire l’affaire. On veillera toutefois à ne pas mettre trop de sel, au risque de provoquer l’effet inverse et de se déshydrater.

Avoir de l’acétaminophène à portée de main est également une bonne idée, car le virus peut être accompagné de douleurs musculaires dans près de 15% des cas, selon l’OMS.

En France,  le ministre de la santé recommande de ne pas prendre d’ibuprofène contre la COVID-19. 

Santé Canada recommande aux personnes qui suivent un traitement de faire renouveler leurs prescriptions dès maintenant, de manière à ne pas devoir se rendre dans une pharmacie bondée en cas de maladie. L’agence gouvernementale invite aussi les gens à consulter à l’avance leur professionnel de la santé pour faire renouveler leurs prescriptions.

Toutefois, ce n’est pas parce qu’on est en quarantaine qu’il faut arrêter toute activité physique. Bien au contraire!

À cet effet, notre chroniqueur Alain Vadeboncoeur, urgentologue et chef du département de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal, propose une série d’exercices que l’on peut faire chez soi pour se maintenir en forme.

Quelle fin pour l’épidémie?

Si la mise en quarantaine se termine après 14 jours et avec la disparition totale des symptômes, nul ne sait encore qu’elle sera l’issue de l’épidémie de coronavirus au Québec. Faut-il se préparer à une longue période de confinement généralisé, comme on voit en Italie ou en Chine?

« J’ai un peu de misère avec les messages anxiogènes et pour cette raison, je ne veux pas faire de recommandations précises, dit M. Jacob. Je ne veux pas provoquer de sentiments de panique, de peur que certaines personnes se mettent à acheter en grande quantité ce qui pourrait manquer à d’autres personnes, comme les masques. J’ai plus peur des réactions extrêmes que des conséquences directes du virus. » 

D’ailleurs, selon le spécialiste, la quarantaine ne peut et ne doit être généralisée. « Si on demande de fermer les écoles et de garder les enfants à la maison, on risque d’être confrontés à une pénurie de personnel, notamment dans le milieu hospitalier. Trop de quarantaines, c’est trop de gens qui restent chez eux !»

Si le coronavirus représente un défi de premier ordre pour un monde globalisé, c’est aussi notre rapport à l’hygiène et aux mesures de précaution qui est aujourd’hui questionné.

« Cette crise doit nous donner l’occasion d’apprendre comment on devrait agir. Ce pourrait être bon pour la grippe saisonnière. À Hong Kong, par exemple, on a constaté une baisse de l’incidence de la grippe saisonnière et d’autres virus grâce au coronavirus, sur les huit premières semaines de l’année, parce que les gens ont pris au quotidien les mesures d’hygiène qui s’imposent. »

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8 commentaires
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Très intéressant, comme toujours vos articles. Toutefois, il serait bon de relire avant de publier : les noix, Mme Desgroseillers les recommande ? Ou pas (deux paragraphes avant) ?
Je ne savais pas que Santé Canada avait recommandé de faire des réserves, ça explique un peu les ruées insensées auxquelles on assiste !

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Heureusement que c’est spécifié qu’il n’est pas nécessaire de se faire de réserve de couches si on n’a pas d’enfants. J’allais en acheter demain.

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C’est quoi cette hystérie collective.
Moi je ne suis pas le troupeau.
C’est trop con. 30% à 70% des canadiens atteint.
Il est moins virulent que l’infuenza alors c’est quoi ce texte?

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On n’est pas sorti.e.s de l’auberge. Moi non plus ne prise guère l’anxiogèneté. Et, partant, appréhende davantage « des réactions extrêmes » trop émotionnelles, souvent pires que la maladie même en soi. N’empêche…

En le cas présent, à l’évidence, rétrospectivement (oui déjà!), il semble qu’on n’ait pas pris la chose suffisamment au sérieux. Ni assez (amplement) ni, surtout, assez tôt. D’où les actuels et, surtout (bis), futurs probables débordements. Menant à tous ces confinements.

Si on ferme tout, si tout l’monde reste à ‘maison ou à l’appart’ ou dans sa ’Résidence’… WOW ! Quelle vie ! Et (ou) pour ‘quoi’ ‘après’ ?…

Question : est-il vrai qu’en Inde, pays le plus populeux p’t’être, on s’en tirerait ou s’en serait-on déjà tiré pas mal avec COVID-19 ?

P. S. Il y a une quinzaine de mois, une députée pas comme les autres, poète-prophète, s’était laissée aller à un « speech » bien hors du commun à l’Assemblée nationale; en illustrant à quel point la solitude, en forme d’isolement-esseulement, d’aîné.e.s délaissé.e.s, s’avérerait l’un des pires fléaux chez nous. T K, ce à quoi ils et elles se voient confronté.e.s aujourd’hui, avec COCO VID, n’« améliorera » certes pas leur sort ou condition.

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L’heure n’est surtout pas à la « distanciation » sociale, mais bien au contraire à l’impérieuse nécessité d’accroissement de rapprochements sociaux plutôt. Via, par exemple, les « réseaux… sociaux » justement. Et par toute autre forme de relations de proximité sociale, socio-familiale ou amicale, à distance (courriels, textos, téléphone, Face Time, Skype, etc.). Seule une distanciation physique (humaine) s’avère requise.

Aujourd’hui se trouvent par ailleurs confirmés les énoncés de deux des plus grands génies français de tous les temps. Savoir que « la santé est le premier bien et le fondement de tous les autres biens », et que « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas rester en repos dans une chambre ».

Car si, en effet, on n’était allé.e.s « ailleurs » à fin de divertissement, le Corona ne serait pas advenu. En tout cas, ne se serait certes à tel point répandu.

Puis, que la Santé soit première, avant même l’Éducation, se voit illustré en ce qu’on doit l’interrompre, l’«Éducation», ces-jours-ci, pour raison de Santé.

Enfin, LA Question qu’engendre l’avènement de semblable Événement est : quid de l’amélioration du Climat nécessaire et recherchée, impliquant davantage de transport collectif, si, dorénavant, la proximité humaine physique devait devenir, trop souvent, inopinément, périlleuse ?

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La « première priorité » de l’actuel gouvernement québécois était censée être l’éducation. Or…

La réalité a rattrapé tout le monde. C’est le cas de le dire. On peut difficilement changer la vie humaine de priorité : « la santé est le premier bien et le fondement de tous les autres biens ».

Sans santé, point d’éducation (lieux d’apprentissage et d’enseignement clos ou sujets d’apprentissage ‘absents’). Quoi qu’il soit vrai aussi qu’une éducation « parfaite » devrait, plus que quoi ce soit d’autre, contribuer à garder en santé, à améliorer constamment celle-ci, ainsi que prévenir sa perte ou altération.

Mais quelle ‘Leçon’, telle pandémie, pour l’humanité !
On « aime », en effet, courir, ça ‘presse’, on se hâte. Partout. En tout. Pour tout. Vis-à-vis tout.e.s.
Puis, là, tout à coup, faut non seulement ralentir, mais arrêter. Stop. À ‘maison ! « Tranquille ».

Quels sont (ou étaient) les principaux problèmes, pour nous, jusqu’à il y a une couple de semaines ?
Manque criant de main-d’oeuvre, pollution (planétaire [avions notamment]), esseulement d’ainé.e.s…

Maintenant, plein de monde au chômage (‘disponible’ donc), de moins en moins d’avions polluant et

… davantage encore d’esseulement d’aîné.e.s par ailleurs.

L’actuel PM avait raison, donc, lors du Discours d’ouverture, de prescrire abondance d’« humanité »
Comme son prédécesseur – d’en appeler à son tour aujourd’hui au plus d’« humanisme » possible.

Oui, requiert-on distanciation. Impérativement. Physique. Mais surtout pas sociale, socio-familiale.
On aura rarement eu, dans toute l’histoire de l’humanité, autant besoin de rapprochements plutôt.

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