Se protéger de la crise

La crise européenne vous donne des sueurs froides ? Vous vous imaginez déjà, comme des milliers de Grecs, forcé de retourner gratter la terre de vos ancêtres pour suppléer à votre maigre revenu ? Ou bûcher du bois pour gagner votre vie ?

L'édito de Carole Beaulieu : Se protéger de la crise
Photo : T. Stavrakis / PC

Respirez un bon coup. Le Qué­bec n’est pas au bord de l’abîme. « Les fondamentaux sont bons », comme disent les économistes : la demande intérieure est bonne au Canada, l’emploi se porte bien au Québec. Mais, oui, blizzard et verglas financiers frapperont pendant les années à venir, con­viennent les experts. Ce qui n’est pas la même chose qu’une tornade comme celle que subissent les Grecs !

Tout de même, ceux qui n’ont pas de pneus d’hiver financiers trou­veront la vie moins plaisante.

Les rigueurs qui sévissent sur l’économie du Québec viennent de la faiblesse de l’économie des États-Unis, où aucun signe de reprise de l’emploi ne se manifeste. Les entreprises québécoises croissent en exportant. Or, mal en point, nos voisins américains achètent moins nos produits. Et s’il faut en croire le Prix Nobel d’économie Paul Krugman, invité au débat Munk de novembre, à Toronto, ce n’est pas près de s’arranger, car les politiciens amé­ricains ont perdu le nord.

Il faut donc trouver d’autres marchés. Et comme l’Europe et les États-Unis en arrachent – et qu’ils constituent 50 % de l’économie mondiale -, il faudra que l’État encourage encore plus les entreprises québécoises à se tourner vers d’autres continents, notamment l’Asie. Et nos enfants à apprendre le mandarin.

Cette décennie n’offrira donc pas une belle croissance comme celle des années 2001-2007, prédisent les économistes. Même les économies émergentes d’Asie souffriront du ralentissement en Europe et aux États-Unis. Au Canada, augmentations de salaire et revenus de placement seront à l’avenant. Aussi bien prévoir en conséquence.

Les taux d’intérêt resteront bas encore quelques années, ce qui plaira aux jeunes couples préoccupés par leur emprunt hypothécaire. Il faut en remercier nos amis asiatiques, qui épargnent comme des fous et balancent sur le marché international pas mal de capitaux.

En comparaison de ces fourmis, les Québécois sont mal­heu­reu­se­ment en majorité des cigales. Voilà notre talon d’Achille. Ce qui devrait nous inquiéter le plus. Notre insouciance menace notre liberté d’action. Nous travaillons 10 ans de moins que nos parents… et épargnons deux fois moins qu’eux ! Nous consommons tout ce que nous gagnons. Où est passé l’esprit de nos ancêtres, qui faisaient des provisions pour l’hiver ?

Non contents de ne pas épargner, nous sommes ignorants des choses économiques. La crise européenne oblige bon nombre d’entre nous à lire des reportages auxquels ils ne comprennent pas grand-chose. Plus amusant, évidemment, de regarder l’émission Le banquier que de lire Un barbier riche, ouvrage à succès de David Chilton dans lequel un barbier raconte, sous une forme très rigolote, comment il est devenu… millionnaire. Reste que la lecture du second est plus susceptible de nous enrichir que le visionnement de la première.

À quand une Star Académie de l’épargne ? À quand une émission de télé qui vulgarisera l’économie, comme d’autres le font pour l’alimentation ? À quand le retour du cours d’économie dans le programme du secondaire ?

La décennie qui vient ne sera pas le Pérou. L’État québécois ne devrait surtout pas ajouter de nou­veaux programmes de dépenses ! Commençons par bien répon­dre aux missions essentielles. Et dotons-nous aussi, individuellement, de pneus d’hiver financiers adéquats.

À LIRE

Boomerang, de Michael Lewis, peut-être le plus mordant des vulgarisateurs économiques de notre époque, un as pour expliquer ce qui s’est vraiment passé en Grèce. Et nous rappeler les valeurs qui nous permettront de ne pas nous retrouver dans le même pétrin.

 

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