Se raccrocher à un panier

Des adolescents vont à l’école secondaire Georges-Vanier, à Montréal, seulement pour jouer au basketball. Ils la quittent avec un diplôme en poche.

Photo: Martin Laprise
Photo: Martin Laprise

Chaque été, Ali Kanaan, 22 ans, revient « chez lui ». Ce joueur de basketball, qui porte les couleurs de l’Université du Massachusetts à Lowell, près de Boston, s’entraîne dans le gymnase de l’école secondaire Georges-Vanier (GV), à Montréal, où il a étudié. « GV, c’est une famille », dit le Libanais d’origine, au Québec depuis 1995.

Ali Kanaan a toujours été doué à l’école. « Mais si je n’avais pas joué au basket à Georges-Vanier, je n’aurais pas fait d’études postsecondaires », croit l’étudiant au baccalauréat en criminologie, qui fait deux mètres de hauteur. Jamais il n’aurait imaginé jouer un jour dans une ligue universitaire américaine.

Le basketball fait rêver. Il sort des jeunes de la rue, aussi. Tijan Baldeh, 19 ans, a bien failli y finir. « À l’école secondaire, j’avais plusieurs amis qui vagabondaient et faisaient des conneries », reconnaît cet ancien joueur de Georges-Vanier, d’origine sierra-léonaise, qui vit au Québec depuis l’âge de 10 ans. « Certains sont aujourd’hui dans des gangs. »

Tijan Baldeh, lui, est allé à ses cours. Et les a réussis. C’est la condition pour jouer dans l’une des huit équipes compétitives (de niveau 2A et 3A) de Georges-Vanier. Son diplôme d’études secondaires en poche, il étudie maintenant au collège Montmorency, à Laval, et joue dans l’équipe de basketball AAA.

Jean-Claude Alcindor, enseignant d’éducation physique, est le « père » du basketball à l’école Georges-Vanier. Bien malgré lui ! « Lorsque j’ai commencé à enseigner ici, il y a 26 ans, j’étais maniaque de soccer, dit ce natif d’Haïti âgé de 58 ans. Mais les jeunes, eux, voulaient jouer au basket ! Je me suis converti. » Règlement, stratégies de jeu, entraînement, Jean-Claude Alcindor n’y connaissait rien. Il a plongé le nez dans les livres. Et a marqué des paniers.

L’école secondaire Georges-Vanier est maintenant réputée en matière de basketball. Ses équipes ont remporté quatre championnats provinciaux. « Chaque année, une quarantaine d’élèves [de l’extérieur du quartier Villeray–Petite-Patrie] veulent s’inscrire dans notre école pour jouer chez nous », dit Marc Prescott, directeur et grand sportif (ceinture noire de judo).

L’école, qui compte près de 1 300 élèves, fait tout pour attirer ces jeunes recrues. Durant l’été, elle offre des camps de basketball destinés aux élèves de 5 e et 6 e année du primaire, d’une durée de trois semaines. Elle invite aussi les recruteurs d’équipes collégiales à assister aux matchs pendant l’année scolaire. D’anciens élèves entraînent les équipes compétitives. « Ils redonnent à l’école ce qu’elle leur a donné », dit Jean-Claude Alcindor.

Depuis trois ans, l’école organise aussi, en mai, un mondial de soccer. Haïti, Algérie, Turquie, Québec… Les élèves forment des équipes selon leur pays d’origine et s’affrontent dans le parc Villeray, en face de l’école. Il n’y a pas de guerre de drapeaux, d’après Marc Prescott. « Certains pays sont plus chauds que d’autres, reconnaît-il. Mais cela se fait dans un esprit festif. » Le gagnant du Mondial 2008 ? Le Maroc !