S’ennuyer du silence

Le silence, cette denrée rare mais ô combien nécessaire…

Photo : L'actualité

J’ignore quel est votre rapport au silence… Le savez-vous ? L’aimez-vous ? Vous met-il mal à l’aise ? En avez-vous besoin ? Pour moi, il est vital. L’une des raisons pour lesquelles j’ai trouvé le premier confinement aussi difficile, c’est que les enfants étaient toujours présents dans notre petit appartement, et au-delà de l’inquiétude que ça suscitait chez moi, j’étouffais. J’étouffais de ne plus jamais avoir ma bulle à moi.

La Journée internationale des droits des femmes n’est pas loin derrière nous, et j’en profite pour rappeler à quel point il peut être souffrant de donner son corps à ses enfants. Oui, par la grossesse, l’accouchement et l’allaitement, mais aussi par l’esprit. Par ce radar qui est constamment allumé pendant qu’ils sont sous notre responsabilité. Si je sais que je dois m’occuper de mes enfants, je ne peux pas travailler comme quand ils ne sont pas là. Même s’ils me laissent tranquille. Oui, bien sûr, Papa veille aussi sur eux, mais si on est tous les deux à la maison, à moins que la consigne de ne pas déranger Maman ait été clairement stipulée, je demeure le kiosque d’information numéro 1. Toujours. On a beau tous les deux les élever autant, ils disent « Maman » en premier. À part peut-être si ça concerne un truc qui se branche. Là, je deviens le parent numéro 2.

Mais la demande d’attention est constante. Et encore, les miens sont rendus assez grands. Si vous avez de petits enfants, l’énergie requise est décuplée. Ça ne m’étonne donc pas du tout que l’on commence à constater que la pandémie a été (et est encore) plus difficile pour les femmes. Notre salaire étant souvent considéré comme secondaire, notre travail risque de prendre le bord en premier en cas d’urgence familiale. Je dirais que nous n’en sommes pas toujours victimes, c’est notre système personnel qui est parfois échafaudé comme ça. Souvent par choix. Par volonté même. Je veux pouvoir être la première à débarquer à l’école quand un des petits est malade. Je veux que ma vie offre cette possibilité. Je veux cet espace qui m’assurera que si j’ai besoin de m’en occuper, je pourrai le faire. Sinon, c’est trop stressant. Les conflits d’horaire et d’énergie sont trop anxiogènes. Ces moments où l’on doit impérativement répondre à une urgence professionnelle et, en même temps, caser son enfant sont insupportables. Et l’on se priverait d’avancement dans notre carrière pour ne pas y faire face.

Je parlais à une amie qui a deux tout petits enfants ; elle me disait qu’elle s’était retrouvée cette semaine à sortir sa poubelle dans le froid et le silence du soir, et bien que ça ait duré 30 secondes, le vide lui a été essentiel. L’absence de bruit. De mouvement. C’est ça qui épuise à la longue. D’être constamment sollicitée. Jusque dans sa chair.  

C’était la Journée internationale des droits des femmes cette semaine, et parfois je rêve au jour où cette journée ne sera plus nécessaire. Où les filles naîtront dans un monde qui, cela ira de soi, sera aussi à elles. Un monde où il n’y aura plus rien à revendiquer. Où on n’aura plus à se tailler une place. Un monde qui sera pour nous, voilà tout. Où on n’aura pas besoin de rappeler une fois par année qu’on a des droits. Un monde, au fond, où on nous foutra la paix. Mais au pire, il nous restera l’instant où on sort les poubelles.

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J’ai besoin de silence comme j’ai besoin d’air, mais je ne l’ai que lorsque le frigo se tait, la nuit, alors je le savoure…

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Le bruit est une cause reconnue de stress et de maladies. Quand on vit en ville, le silence en soi n’existe pas, il y a toujours du bruit, j’en sais quelque chose ayant vécu en ville pendant mes 25 premières années. C’est pourquoi le silence peut être dérangeant si on entend constamment du bruit; le silence devient quelque chose de pas ordinaire, de peu connu voire inconnu.

Depuis, je vis surtout en milieu rural et oui, il arrive qu’on connaisse le silence, surtout la nuit et on l’apprivoise plus facilement. Cependant, cela n’enlève pas le fait que les jeunes enfants peuvent être bruyants et que ça fait partie de la vie en famille. En campagne ça serait probablement moins stressant.

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Léa,
vous avez tellement raison.
Je recherche ardemment le silence depuis les dix dernières années. Dans la résidence où j’habite, il y a une chapelle que je fréquente quand la pression monte.
Quand on a goûté au silence des soirées d’hiver, dehors, on a juste une envie, c’est d’y retourner. Les pas de nos bottes sur la neige sèche qui craque. Un chien qui aboit au loin. La senteur du feu de bois dans la cheminée. Les conversations qui font rire. Le silence!
Et, depuis que monsieur le Premier ministre Legault a instauré le couvre-feu, par la même occasion, il a instauré un paisible silence hivernal.

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Le besoin de silence,ça n’a pas de sexe.Moi-même je vis seul depuis 39 ans.Je ne me vois pas à mon âge vivre la vie de famille (j’ai 63 ans).Le silence,je l’apprécie en pensant à toutes ces personne qui sont sans cesse sollicitées,toujours sous pression pas seulement au travail mais aussi à la maison. Eh oui,s’engager dans une vie de couple et avoir des enfants,c’est un pensez-y bien;cela engage dans une voie à sens unique. D’autant plus qu’au début de l’âge adulte les émotions sont souvent mises de l’avant lorsque vient le temps de prendre des décisions importantes qui engagent à très long terme (choisir l’élu[e] de son coeur,fonder une famille,orientation
professionnelle,investissements…) En tout cas,le silence est respiration.

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J’ai changé de job en pandémie. Maintenant je vais au bureau 3x/semaine et je fais 30 min de route DANS LE SILENCE et ça me fait le plus grand bien. Je ne croyais apprécier mon voyagement autant que ça. Oui je sais c’est mal prendre la voiture pour une seule personne mais mon emploi est en zone rurale sans transport en commun, donc mon voyagement en voiture est inévitable.

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À l’autre extrême, trop de silence tue. Les personnes âgées en CHSLD qui devaient garder leur chambre et rester seules pendant des mois… Quoi de plus platte que les longs silences d’une existence devenue vide de vie!
Profitez de la présence de vos enfants pendant qu’ils sont là! Quand ils seront partis de la maison, et que vous aurez pris votre retraite, vous risquez de trouver le temps long…

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