Sept-Îles a bonne mine

Le boum minier donne un nouveau souffle au petit cégep nord-côtier, qui, du coup, multiplie les formations. Et recrute à l’étranger !

Le boum minier donne un nouveau souffle au petit cégep nord-côtier, qui, du coup
Photo : Pierre-Étienne Beausoleil

Conduire un train, c’est toute une aventure ! Bien différente de celle de conduire un camion. C’est ce qui réjouit Kim Gélinas, pétulante blonde de 35 ans de Trois-Rivières, déménagée à Sept-Îles l’an dernier pour suivre sa formation de chef de train. « J’étais camionneuse depuis 10 ans et j’avais l’impression de tourner en rond. »

Le cégep de Sept-Îles est le seul au Québec à offrir cette attestation d’études collégiales (AEC) – six mois d’études, emploi assuré. Diplômée en avril, Kim Gélinas est apprentie mécanicienne de locomotive pour la société minière IOC et transporte du minerai de fer entre Labrador City et Sept-Îles. Après un an, elle sera la première femme à conduire un train, seule, sur la Côte-Nord.

Le cégep de Sept-Îles est galvanisé par la ruée vers le fer que connaît la région. « Sept-Îles est appelée à devenir un pôle économique majeur, avec la création de 10 000 emplois d’ici 10 ans, dit le directeur général, Donald Bhérer. Nous contribuons à ce développement avec des formations liées aux besoins précis des entreprises, qui doivent relever un énorme défi de ressources humaines. » Après avoir atteint le creux de la vague en 2006, avec 565 étudiants, le cégep en reçoit près de 800 cet automne. Un DEC s’est même ajouté (technologie minérale).

Un nouveau pavillon, construit pour un coût de 9,3 millions de dollars, a été en partie financé par des entreprises minières, comme ArcelorMittal, qui a déboursé 800 000 dollars. Cette multinationale investit éga­lement dans le futur centre d’études, qui hébergera les formations liées aux opérations minières (usine, chemin de fer, port…), à Port-Cartier, à 60 km de Sept-Îles.

Pour beaucoup de Québécois, la Côte-Nord, c’est loin, froid et ennuyeux. « Des clichés tenaces, alors que nous sommes en pleine mutation, dit Donald Bhérer. Sept-Îles est en train de devenir un carrefour, à l’avant-poste des développements liés au Plan Nord. »

Le savoir-faire du cégep commence à être reconnu à l’étranger, notamment en Nouvelle-Calédonie, où les mines de nickel ont besoin de personnel qua­lifié. Sur la centaine d’étudiants étrangers, une soixantaine viennent de ce territoire français. Ils suivent un DEC de trois ans leur assurant un emploi bien rémunéré à leur retour. « La formation est plus pratique et l’équipement plus perfectionné ici », dit Kendjy Leroi, en bermuda et chemise fleurie en dépit de l’air frisquet.

Comme ses condisciples néo-calédoniens rencontrés à la cafétéria du cégep, ce grand frisé de 22 ans a eu du mal avec l’accent québécois. Mais tous se sont acclimatés, entre soccer, billard et autres sorties de planche à neige organisées par le cégep… sans oublier le spectacle annuel de danses traditionnelles néo-calédoniennes à l’auditorium.

En raison de la pénurie de logements, le cégep doit toutefois réfréner ses ardeurs. D’où les nouvelles résidences, qui logent depuis cet automne une centaine d’étudiants. D’autres s’ajouteront d’ici deux ans.

Le cégep de Sept-Îles est aussi engagé dans la mise en place d’un centre d’éducation des adultes dans la réserve innue voisine d’Uashat mak Mani-Utenam. Dans cette collectivité de 3 700 personnes, à peine 20 % des 15-35 ans ont un diplôme d’études secondaires. « Mais la plupart des autres n’ont besoin que de quelques cours pour l’obte­nir, dit Christophe Bonnal, directeur de la formation con­tinue du cégep. L’objectif est de les raccrocher en offrant ces cours de rattrapage dans leur communauté et en tenant compte de leur culture. »

Les jeunes Innus pourront ensuite entreprendre une formation professionnelle ou technique. « Nos jeunes veulent travailler et rester dans la région, dit Marie Tshernish, conseillère en recherche et développement au conseil de bande. Avec le boum économique actuel, nous devenons une communauté incontournable, ayant un extraordinaire bassin de main-d’œuvre. » Le centre, qui sera financé grâce aux redevances issues d’une entente avec Hydro-Québec, devrait ouvrir ses portes en 2012. Il accueillera une centaine d’élèves – pour quelques semaines ou quelques mois.

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