Servir le pays

Le PQ, la CAQ et QS ont quatre ans pour bâtir une solution de rechange crédible aux libéraux. S’ils se présentent de nouveau devant les électeurs en formations divisées, ils se retrouveront dans le même cul-de-sac.

Photo © Graham Hughes / PC
« Le pays imaginaire nuit à bien des égards au pays réel. » Cette phrase de François Legault traduit bien le défi auquel doivent faire face les partis souverainistes. (Photo © Graham Hughes / PC)

Fort de son gouvernement majoritaire, le libéral Philippe Couillard pourrait facilement enfouir au plus creux de la forêt boréale l’épineuse question de la laïcité de l’État. Ce n’est cependant pas son intention, a-t-il assuré à notre journaliste Alec Castonguay (voir notre numéro du 15 mai 2014).

Le nouveau premier ministre dit vouloir, dès le début de son mandat, faire adopter les éléments qui faisaient consensus parmi les partis, notamment la neutralité religieuse de l’État, le fait que le service public se rende à visage découvert et qu’il faille mieux baliser les accommodements religieux.

Si Philippe Couillard tient parole — en dépit des appels à la prudence de ses conseillers —, le paysage politique québécois pourrait en être transformé pour plus de quatre ans.

Même si son gouvernement était affecté par les conclusions de la commission Charbonneau, s’il réussit à convaincre les Québécois qu’il fait le ménage et veut gouverner pour le bien du plus grand nombre… il pourrait traverser bien des tempêtes.

Cet ex-ministre de la Santé manifeste une belle ouverture aux idées de l’opposition, du moins celles des caquistes de François Legault. Souhaitons qu’il soit aussi ouvert à certains des programmes lancés par le gouvernement Marois pendant ses 18 mois de pouvoir. Tous ne méritent pas de passer à la déchiqueteuse.

La maternelle pour les enfants de quatre ans en milieu défavorisé, par exemple, est bonne pour la société québécoise, peu importe la couleur de son gouvernement. Tout comme le sont plusieurs initiatives péquistes pour aider les PME à exporter, électrifier les transports ou faciliter l’intégration des immigrants. En cette époque où les dollars sont rares pour remplir toutes les missions de l’État, les Québécois méritent mieux que le gaspillage de talent et d’énergie trop souvent associé à l’abolition automatique des idées du gouvernement sortant.

Les partis d’opposition, de leur côté, ont de longs mois de travail devant eux.

Dans une saine démocratie, les électeurs ont intérêt à disposer d’un « parti d’alternance », auquel ils peuvent confier les rênes du gouvernement pendant que l’autre, usé par le pouvoir et ses inévitables tentations, se refait une santé dans l’opposition.

Le Parti québécois, la Coalition Avenir Québec et Québec solidaire ont quatre ans pour bâtir une solution de rechange crédible aux libéraux. S’ils se présentent de nouveau devant les électeurs en formations divisées, ils se retrouveront dans le même cul-de-sac.

Convaincre des militants de changer leurs façons de faire ou de voir ne sera pas une sinécure. Mais on peut explorer bien des collaborations.

Le Québec a toujours été gouverné par des « centristes ». Québec solidaire, même s’il attire des jeunes, n’a aucune chance de prendre le pouvoir en restant aussi campé à gauche. Et lorsque sa figure la plus rassembleuse, Françoise David, se retirera de la vie politique — elle aura 70 ans au prochain scrutin —, on peine à voir qui pourrait mener son parti plus loin.

Le PQ ne serait pas le premier parti, ni le dernier, à modifier son programme pour faire face aux nouvelles réalités. Si les travaillistes britanniques, adversaires acharnés de la conservatrice Margaret Thatcher, ont pu abandonner leurs idéaux communistes pour revenir au pouvoir avec Tony Blair, le parti de René Lévesque — qui a cru au beau risque ! — peut certainement refondre son article 1, qui fait de l’indépendance du Québec son objectif maître. Quitte à y revenir en temps opportun.

+

« Faites campagne en poésie, gouvernez en prose », disait souvent Mario Cuomo, ancien gouverneur
de l’État de New York.

 

Laisser un commentaire

« Quoi que tu rêves d’entreprendre, commence-le. L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie. » — Johann Wolfgang Von Goethe

L’article 1.1 intitulé : « Réaliser la souveraineté du Québec » est le suivant, si je ne m’abuse : « Aspirant à la liberté politique, le Parti Québécois a pour objectif premier de réaliser la souveraineté du Québec à la suite d’une consultation de la population par référendum tenu au moment jugé approprié par le gouvernement »

Certes, le PQ pourrait refondre son programme en déclarant une sorte de « moratoire » techniquement « ad vitam aeternam » sur son intention de réaliser la souveraineté. Alors dans ce cas, c’est l’objectif premier qui devient le dernier ! Disons que cela n’aurait pas tellement d’allure.

Dans l’énoncé, de cet article ce qui dérange le plus, c’est sa deuxième partie : « (…) consultation de la population par référendum tenu au moment jugé approprié par le gouvernement »

C’est un facteur majeur d’incertitude. D’abord, l’issue d’une consultation populaire même majoritaire, ce n’est en rien l’accession à la souveraineté. Car une consultation ne confère pas l’obligation pour le gouvernement de réaliser la souveraineté. Même avec un référendum « dit » gagnant, le gouvernement conserve le pouvoir de jongler avec le concept.

L’élection d’un gouvernement péquiste place tous les citoyens automatiquement dans une forme d’incertitude permanente. C’est donc prendre la population pour des otages. Puisqu’ici encore c’est le gouvernement qui dispose du moment opportun. En outre, c’est une porte grande ouverte sur une gouvernance « souverainiste » purement idéologique lorsque précisément la population estime qu’il est convenable que l’État et ses divers services soient offerts en vertu du principe de neutralité.

Impossible d’être neutre et simultanément pratiquer une gouvernance souverainiste.

Tout cela confère au gouvernement un pouvoir régalien pour ne pas dire arbitraire et ne peut que placer un tel gouvernement qu’en conflit permanent d’intérêts. Pas mal éloigné des principes universels de la laïcité.

En la matière voici de quelle façon l’article 1.1 pourrait être modifié : « Aspirant à l’indépendance, le Parti Québécois a pour objectif premier de réaliser la souveraineté du Québec dès la constitution d’une Assemblée nationale élue majoritairement, comportant au moins les 2/3 de députés issus du Parti Québécois »

L’élection de 80 députés ou plus du PQ confère au dit parti le pouvoir populaire pour réaliser la souveraineté. Il est élu légitimement par plus ou moins 60% du suffrage populaire. Son élection lui attribue un mandat clair qui lui est intelligiblement confié par le peuple.

— La loi #1 d’une telle Assemblée serait une déclaration formelle d’indépendance du Québec donnant au gouvernement les pleins pouvoirs pour négocier la sortie du pays de la Confédération canadienne tant avec Ottawa qu’avec toutes les autres provinces. Il reviendrait alors au gouvernement, le soin d’agir sur le champ et de choisir sine die ses émissaires de l’indépendance et de la souveraineté.

Ceci met fin à toutes formes d’incertitudes et de tergiversations. Si le PQ forme le gouvernement et dispose de moins de députés, il s’engage statutairement à mettre de côté toute velléité de souveraineté pour le terme de son mandat fixé par la loi. Le PQ se donne pour seule fin de servir la population, toute la population et rien d’autre. C’est en cette occurrence, le seul pouvoir qui lui soit conféré : celui de bien servir ses concitoyens. Ce qui en soi est une superbe gratification. Non ?

**** P.S. : J’ignorais que les Travaillistes britanniques avaient avant Tony Blair des idéaux communistes et qu’ils eurent été les « adversaires acharnés » de Margaret Thatcher. Étonnante cette façon toute québécoise de lire et de comprendre l’histoire. J’en chois tout lourdement de mon perchoir, les ailes m’en tombent, je ne puis plus voler.

À propos de votre p.s., Mme Beaulieu a raison sur le parti travailliste. La clause IV et l’objectif du Labour Party était « the common ownership of the means of production and exchange », i.e. la nationalisation de toutes les entreprises. C’est précisément du communisme. Ils avaient les syndicats de leur bord, et ont tout fait pour faire dérailler les politiques « néo-libérales » de Thatcher dans les années 80. En 1995, Tony Blair a réformé le Labour Party en « New Labour » et a fait abolir la clause IV, pour la remplacer par un énoncé plus vague selon lequel le parti était social-démocrate. Ce n’est pas une lecture québécoise de l’histoire, c’est l’histoire! J’ai habité en Angleterre et c’est exactement comme ça qu’ils voient ces événements. D’ailleurs, lorsqu’on demandait à Margaret Thatcher ce dont elle était le plus fier, elle répondait « Tony Blair »!

@ Jean-François Trempe,

Merci pour ces précisions, j’en prends bonne note.

Vous faites référence, au « Industrial Common Ownership Act » qui avait pour fin de soutenir les entreprises de type coopératives, incluant le soutien aux coopératives financières qui sont toujours populaires dans le Royaume-Uni actuellement.

Cependant, je pense que c’est la définition de « common ownership » ou à tout le moins la compréhension du terme qui ici fait l’objet d’une interprétation différente.

La traduction la plus usuelle pour « common ownership », c’est : la propriété commune, ce qui correspond à un principe qui relève du droit, y compris dans le droit canadien. La nationalisation en anglais se traduit par : « nationalization » et nationalisation ne signifie pas communisme pour autant.

Le communisme à la base, c’est l’établissement d’une société sans classes, sans état, ni monnaies dans laquelle la propriété privée est effectivement abolie. — À noter que la conception libertarienne, la plus libérale de l’économie répond en grande partie à cette définition, puisqu’elle vise finalement à se passer des états et du monopole de l’argent étatique, pour laisser l’entière liberté de l’initiative, de l’entreprise et de la finance aux gens.

C’est un souhait très utopique. C’est comme demander au loup et l’agneau de venir amis.

La CAQ avec Québec solidaire ? le feu et l’eau, Impossible, ça va s’évaporer.

A lire l’article on croirait que M.Couillard a l’intention de changer la culture des Libéraux, bonne chance, si il a vraiment la volonté il pourra y parvenir avec sa majorité et du soutien en région mais ca ret voir , il a déjà été Libéral dans le cabinet avant aujourd’hui . On a maintenant trois médecin au plus haut poste de direction du Québec
Pour le reste il ne peut y avoir seulement 2 parties au Québec un fédéraliste a outrance et l’autre Séparatiste on a besoin de la CAQ mais ils doivent se vendent aux ethnies qui feront la différence , car ceux ci sont esclave des Libéraux et vice versa
Pour QS et ON se sont des partie morts né qui servent aux votes de protestation et qui ne verront jamais le pouvoir mais réussisse a noyer une bonne partie du vote nationaliste ( Gros merci de la part des Libéraux)

La CAQ a un avenir certain! Parce que ce parti pourrait facilement devenir une alternative logique au parti libéral s`il ne rempli pas ses promesses électorales! Pour ce qui est du PQ leur avenir est incertain car ils ont beaucoup trop de conssessions à faire au sein même de leurs partisans et beaucoup de réflexions à faire pour retrouver la majorité des électeurs!

Si les québecois ne veulent plus de leur menu principal,(c`est à dire les québecois de souche); il faudra bien qu`ils invente un menu plus étoffé ( un buffet continental) pour plaire à l`ensemble des électeurs! Car il faudra qu`ils se souviennent que ce sont les électeurs qui décident en démocratie et non les grands penseurs et les associations progressistes! Je pense pas qu`ils est droit à une quatrième chance !! S`ils persiste à croire que les électeurs ne comprennent pas leur idéologie`ils vont tout simplement disparaître de la carte politique comme ce fut le cas avec le crédit social et l`union nationale!

Quand aux autres QS et ON je ne crois pas du tout en ces groupuscules parce qu`ils ne représentent pas du tout la réalité économique d`aujourd`hui! Ils me font penser beaucoup plus au Crédit Social et aux bérets blancs du temps!

Quand René Lévesque a proposé son projet de souveraineté-association, l’establishment du Parti libéral lui a vite montré la porte. M. Lévesque et ses disciples ont donc quitté le PLQ pour fonder le MSA, le mouvement souveraineté-association, puis le PQ. L’ADQ est aussi issue du PLQ.

La raison d’être du PQ est devenue, après la souveraineté-association, l’indépendance du Québec. Madame Marois avait déjà mis l’objectif en veilleuse avec le peu de succès que l’on sait. Ce parti sera toujours associé à l’indépendance, cela ne peut changer. Notre mode de scrutin complique l’expression de l’indépendantisme et de l’axe gauche-droite. Cela représente un risque de division de la gauche. Il faudra malheureusement une autre élection dans 4 1/2 ans pour qu’un parti social-démocrate fédéraliste puisse se former et rassembler la gauche québécoise.

À Ottawa, en 2006, le Bloc a facilité l’élection des conservateurs. 8 ans plus tard, nous sommes encore pris avec. La séparation des progressistes favorise la droite élue par une minorité de Canadiens.