Sex-appeal canadien

La populaire émission Un gars, une fille se moquait, il n’y a pas si longtemps, du fait que L’actualité publiait des reportages sur le Canada. Le public avait ri, flatté dans le sens du poil.


 

Message : les médias québécois dignes de ce nom traitent des États-Unis, de la France ou du Nicaragua, mais pas du Canada. Ouache ! Caca, le Canada. C’est bon pour les traîtres et les innocents.

Pourtant, le Canada est un coin du monde qui fascine. Et pas seulement les Européens en mal de nature et de grands espaces.

Le pays est en pleine transformation économique, culturelle, sociale et démographique. Bien des grandes questions qui préoccupent le monde libre y font l’objet de débats quotidiens et de solutions originales : intégration des immigrants, lutte contre les changements climatiques, égalité des sexes, protection de la nature, laïcité et liberté de religion, équilibre entre création et distribution de la richesse.

La Saskatchewan, hier encore province dépeuplée promise à la faillite, connaît un boom économique sans précédent. La riche Alberta est désormais en tête du pays en ce qui a trait aux dépenses culturelles par habitant, tout autant qu’elle est un leader en matière de dégâts causés à l’environnement. La Colombie-Britannique, dont le gouvernement est déterminé à combattre les gaz à effet de serre, fait rêver les écologistes. L’Arctique, avec ses ressources gazières et la possibilité d’un nouveau passage maritime plus rapide vers l’Europe, bouscule la géopolitique du continent.

Alors que le grand voisin américain chancelle dans un complet fripé, le Canada semble tendre ses muscles dans un t-shirt moulant.

Oui, je sais, Barack Obama est plus excitant que Stéphane Dion, Stephen Harper, Gilles Duceppe, Jack Layton ou Elizabeth May. Mais justement. La campagne électorale de cet automne forcera les électeurs canadiens à aller au-delà des apparences et de la personnalité de chacun des chefs.

Le sex-appeal sera dans les idées… ou ne sera pas.

Dans tous les coins du pays, les familles politiques traditionnelles sont déchirées par les enjeux de cette campagne.
Qu’il s’agisse de la guerre en Afghanistan, des coupes dans les programmes culturels ou de la lutte contre les changements climatiques, les désaccords sont profonds dans la plupart des chaumières politiques.

En Colombie-Britannique, par exemple, des écologistes qui hier auraient soutenu les néo-démocrates de Jack Layton reprochent à leur parti de s’opposer au Plan vert libéral et pourraient voter de façon stratégique, utile, comme on dit, en soutenant Stéphane Dion.

Au Québec, les libéraux, désorganisés et pourvus d’un chef impopulaire, ne pourront compter que sur le vote « stoppons Harper ». C’est le Bloc québécois qui devra faire barrage, tandis qu’il sera lui-même sous forte pression. Ses nationalistes de gauche pourraient le délaisser au profit des libéraux, dans un grand mouvement pour bloquer les conservateurs et mettre fin aux coupes dans les subventions culturelles. Ses nationalistes de droite pourraient rallier les conservateurs, séduits par le conservatisme fiscal de ces derniers, mais aussi par leur vision d’une fédération décentralisée, qui, même sans poser de gestes concrets, a néanmoins reconnu la nation québécoise.

Dans une lutte serrée comme il y en aura dans des dizaines de circonscriptions, toutes ces insatisfactions et ces hésitations pourraient créer des surprises le jour du vote. Cette campagne 2008 est plus imprévisible que les sondages ne le laissent croire et pourrait redessiner profondément le portrait politique du pays.

Notre blogueuse politique Chantal Hébert la suivra pour vous, au quotidien. Bonne campagne !

Et encore
Pour voir la politique avec d’autres yeux, lire Le bestiaire, d’Éric Dupont (Marchand de feuilles).

« Les gens répondent rarement à la question qu’on leur pose. Ils votent pour la blondinette en tutu mauve qui tournoie sur la glace. »

Les plus populaires