Sherbrooke : mon boss donne le cours !

À Sherbrooke, les étudiants travaillent dans leur domaine… pendant les heures de classe ! Une révolution qui attire bien des jeunes.

Photo : Mathieu Rivard

Maxime Sabourin est un cobaye. Étudiant de dernière année en techniques de génie mécanique au cégep de Sherbrooke, ce grand frisé de 19 ans expérimente une façon différente de cumuler école et boulot : il passe trois jours au collège et deux au travail, à Mesotec, spécialisée dans l’usinage de précision pour l’industrie aérospatiale. Où sa description de tâches correspond à ce qu’il apprend en classe. « C’est plus motivant que de ranger des conserves ! » dit le jeune homme, qui bouclait auparavant ses fins de mois en travaillant dans un supermarché. En prime, Mesotec l’engage à temps plein durant l’été.

Sept autres étudiants en génie mécanique au cégep de Sherbrooke font comme Maxime. Tous doivent étirer leur DEC sur quatre ans, au lieu de trois, mais gagnent un an d’expérience industrielle rémunérée (12 dollars l’heure). Ils étudient à temps plein pendant deux ans, puis étudient et travaillent à mi-temps. La durée allouée à l’une ou l’autre activité (deux ou trois jours par semaine) alterne d’une session à l’autre.

Lancé en 2007 à l’initiative du cégep de Sherbrooke et de la com­mission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, le programme PRIMOM – pour Partenariat régional pour l’intégration de la main-d’œuvre dans le secteur manufacturier – veut limiter le décrochage scolaire tout en répondant aux besoins financiers des cégépiens, nombreux à devoir travailler. L’objectif est aussi d’accroî­tre les inscriptions dans les formations liées au secteur manufacturier. « Nos diplômés sont assurés de décrocher un job, tant les besoins sont grands », dit Mario Martel, responsable des stages et enseignant.

La « coexistence travail-études », comme elle a été baptisée, n’est toutefois pas simple à organiser. On est loin des stages de trois mois qui alternent avec les sessions d’études. « Avec PRIMOM, l’alter­nance se fait dans la même semaine ! Ce qui a nécessité toute une gymnastique », souligne Marie-France Bélanger, directrice générale du cégep de Sherbrooke. Il a notamment fallu met­tre à contribution les syndicats des entreprises participantes.

Le concept devrait bientôt être étendu à d’autres programmes, comme la maintenance industrielle et le génie électrique. Les six employeurs actuels souhaitent poursuivre l’expérience, d’autres sont intéressés. « Cela leur permet de créer des liens avec les étudiants, de leur confier des tâches à plus long terme qu’à des stagiaires traditionnels », dit Éric Fernet, responsable de la liaison cégep-entreprises.

Les étudiants cobayes rafraîchissent aussi la dynamique de leur classe. « Travailler sur le terrain permet de mieux comprendre ce qu’on voit en cours, dit Maxime Sabourin. Et par­fois même de contester les profs ! »