Si sage jeunesse…

L’idée de nécessaire révolte, la théorie freudienne de l’adolescence comme étant une crise, tout cela est remis en doute depuis 30 ans.

Alain Pilon pour L'actualité
Alain Pilon pour L’actualité

Le reproche remonte à au moins quel­ques millénaires, au temps où Socrate déplorait l’irrespect de la jeunesse pour ce qui constitue le tissu social.

« Ils sont mal élevés, méprisent l’autorité, n’ont aucun respect pour les aînés », se plaignait le maître. Refrain que répètent, depuis, les vieux bougonneux de toutes les époques.

Mais peut-être plus maintenant. Puisque à force de garder ses enfants tout près de soi, de les surprotéger, de retarder leur affranchissement, on a peut-être fini par en faire nos petits clones, bien dociles, déjà conformes aux diktats sociaux. Plus besoin de les faire entrer dans le rang : ils y sont déjà, à part la petite minorité d’étudiants revendicateurs et contestataires.

Passive, calme et presque trop bien élevée pour son propre bien, la plus large part de la jeunesse actuelle semble emmenée sur le porte-bagages de papa et maman, étrangère à la révolte adolescente ou à la contestation de l’autorité. Des ados gentils, polis, brillants. Allumés, mais en même temps terriblement ennuyeux.

Dans des soupers réunissant des amis dans la quarantaine et la cinquantaine, il n’est plus rare de voir certains d’entre eux débar­quer avec leur adolescente progéniture. Chose impensable en mon temps : jamais ne nous aurait-on soumis au contact forcé avec des adultes discutant de politiques budgétaires ou de colo­scopie, se vautrant à coups d’anecdotes sans intérêt dans l’écœurante nostalgie de leur propre jeunesse. Aujourd’hui ? Sans aller jusqu’à dire que cela leur plaît, les ados semblent s’en accommoder.

Mon physiothérapeute me racontait avec un immense bonheur comment sa plus vieille se révèle d’une extrême docilité, fêtant son 17e anniversaire à la maison et réclamant que la soirée se termine tard… à 23 h. « Je ne m’en plaindrai pas », dit-il, après avoir raconté que sa fille, la même année, demandait la permission d’aller rejoindre des amis pour un party dans un boisé près de la maison. Un mois plus tard, tous les parents assistaient au bal des finissants de l’école.

« Chaque fois qu’on dit quelque chose, on peut trouver l’exemple contraire », relativise le psychologue Richard Cloutier, qui trouve que je m’inquiète un peu pour rien. « Mais c’est vrai qu’il y a un abaissement de la frontière intergénérationnelle. »

Selon lui, toutefois, l’idée de nécessaire révolte, la théorie freudienne de l’adolescence comme étant une crise, tout cela est remis en doute depuis 30 ans.

J’aurais envie d’ajouter que cela explique sans doute que plu­sieurs des symptômes de cette même crise d’adolescence (morosité, déprime passagère, colère) figurent désormais au DSM-5, bible médicale des troubles psychiatriques.

Mais en gros, ce que me dit M. Cloutier, c’est que ce n’est pas si grave si les enfants entretiennent des rapports amicaux avec leurs parents. À condition que certaines balises de respect demeurent. Et que les parents prennent à leur charge de pousser les enfants hors du nid pour les rendre autonomes.

Socialement, c’est autre chose, puisque le monde change toujours à coups de crises, de petites révolutions qui, digérées par l’ordre ambiant, accouchent de changements minuscules, mais qui font avancer nos sociétés.

À moins que le monde ne soit très bien comme il est ?

Justement pas. Du moins, c’est ce qui ressort d’un sondage Léger mené pour l’Institut du Nouveau Monde, et qui dit, en gros, qu’une majorité des 18-34 ans pensent que le monde est perfectible, mais ne croient plus qu’on puisse renverser l’ordre des choses.

La minorité qui rue dans les bran­cards de l’actuelle crise étudiante est l’exception qui con­firme la règle. Mais sa violence montre bien qu’elle souffre du même mal que le reste de sa géné­ration. Ils sont deux symptômes d’une même maladie : une jeunesse qui ne rêve plus, tiraillée entre révolte stérile et conformisme.

Suis-je le seul vieux bougonneux à trouver que tout cela est d’une insondable tristesse ?

 

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2 commentaires
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Je ne suis peut être pas vieille ni bougoneuse mais j’ai remarqué le même symptôme chez tous les adolescents et même les enfants. Ils ne rêvent plus d’être superman mais medecin à un bas âge. Les jeunes se conforment à la société d’aujourd’hui sans opposer aucune résistance. S’ils lui trouvent quelque defaut, ils se convainquent qui’ils ne peuvent rien y faire, chose tout à fait ridicule. Les adultes ne cessent de répéter aux enfants qu’ils sont le visage de l’avenir, mais à quoi bon si tout ce qui aura changé sera la mode et quelques lois sans grande importance. Je suis moi même adolescente et trouve cela regrettable que plus personne n’ose rêver. J’ai parfois l’impression d’être la seule à penser de la sorte. Tout ça pour dire que non vou n’êtes pas le seul:)

Je n’ai pu m’empêcher de rire à la fin de ma lecture de ce texte. D’ailleurs, je me demande vraiment où veut en venir l’auteur? Stigmatiser une partie de la population, car il ne comprend pas ses revendications? Ou plutôt une petite réflexion psychosociale concernant la jeunesse contemporaine? Personnellement j’ai désiré lire ce texte pour cette seconde option et j’ai trouvé que la question posée à la fin du texte sortait un peu de nulle part…

Enfin bref, la cause pour laquelle la fin du texte m’a fait rire: « La minorité qui rue dans les brancards de l’actuelle crise étudiante est l’exception qui confirme la règle. »
Que faites-vous de toutes les révoltes de jeunes qui a pavés l’Histoire? Les grèves dans à l’université date du 13è siècle à l’Université de Paris…
Que dire de toutes les contestations de jeunes adultes ou d’étudiants (si nous restons au Québec) durant tout le 20è siècle? (D’autant plus qu’elles étaient bien plus violentes que celle dont vous critiquez.)

Je voulais en venir avec ces faits historiques est; pourquoi ces contestations passées n’étaient-elles pas des « symptômes d’une maladie » générationnelle? Pourquoi donc que ce sont les jeunes d’aujourd’hui « qui ne rêve plus, tiraillée entre révolte stérile et conformisme. »?

Je crois qu’il y a toujours eu une minorité contestatrice et qu’elle existera toujours. Je me demande aussi si le fait d’accepter d’aller à des souper de famille est réellement un symptôme de docilité et de conformisme? Je me demande si la « crise » des jeunes ne se matérialisent pas ailleurs, qu’elle ne se manifestent pas à d’autres niveaux? Peut-être bien qu’auparavant les jeunes étaient moins « dociles » et demandaient moins l’accord des parents? Je n’en suis pas si certain à vrai dire. C’était d’ailleurs pour cette raison que je voulais lire ce texte et qu’il m’intriguait au départ, notamment en ce qui avait trait à la socialisation des jeunes de la génération actuelle; leurs rapports sociaux avec les différentes technologies de télécommunication (dont la télé.), leurs rapports avec leur parents, ou leurs rapports avec leur environnement extérieur au nid familial comme les amis ou les « diktats sociaux.

Malheureusement, votre texte s’est poursuivit un peu en queue de poisson dans cette perspective…