Sommes-nous nés pour un p’tit pain ?

Doit-on se résigner au niveau de vie actuel du Québec ? Peut-on faire mieux ? L’actualité lance le débat, qui se poursuivra dans le prochain numéro.

En Suède, les enseignants sont en partie rémunérés en fonction de leur performance, les gens paient un ticket modérateur lorsqu’ils consultent un médecin et le métro est exploité par le secteur privé. Surpris ? Vous le serez encore plus en lisant le reportage de notre collègue Jonathan Trudel, en page 24.

Pays phare des sociaux-démocrates de la planète, la Suède se transforme. Et il serait trop simple d’accoler des étiquettes comme « gauche » ou « droite » aux changements qu’elle entreprend. Car plusieurs d’entre eux résultent de décisions qui ont été prises par des gens dits de gauche, tandis que d’autres sont le fait de gens dits de centre droit.

Un peu partout en Europe, des pays bousculés par des phénomènes analogues à ceux que nous connaissons — vieillissement de la population, nécessité de gérer la diversité culturelle et religieuse, dette publique élevée, mondialisation du commerce — repensent des politiques et des programmes. Et agissent. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel réforme l’État-providence, tout en le gardant suffisamment robuste pour protéger les plus faibles et les plus vulnérables. Et nous ?

Au Québec, depuis la flambée de discussions qui a suivi la publication, à l’automne 2005, du manifeste des « lucides », puis de celui des « solidaires », le débat s’est éteint.

Ceux qui osent remettre en question le « modèle québécois » se font rapidement traiter de sans-cœur, de suppôts du capitalisme. Et rentrent dans leurs terres. Le village québécois est petit, et il ne fait pas bon y être étiqueté de « droitiste ».

Pourtant, l’urgence demeure. Les écoles, les hôpitaux, les routes ont grandement besoin d’être remis à neuf. Les toits des écoles fuient, les infirmières s’épuisent, la population vieillit, l’argent public manque. Si nous ne donnons pas un coup de barre, nos enfants ne pourront pas bénéficier des mêmes services publics que nous.

Cette question — celle du niveau de vie que les Québécois veulent se donner dans l’avenir — est cruciale. L’économie québécoise peut-elle faire mieux ? Si oui, comment ?

Sommes-nous « nés pour un p’tit pain » ? se demandait la génération de mes parents, ces gens venus des campagnes au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale pour gagner leur vie en ville.

Le Québec peut-il devenir un carrefour mondial en matière non seulement de créativité, mais aussi de création de richesse, comme le croit Daniel Audet, ex-conseiller de Bernard Landry ? L’essai qu’il signe dans ce numéro fera certainement grincer des dents ceux qui pensent que toutes les solutions ne peuvent venir que de l’État.

Sa réflexion et le jeu-questionnaire irrévérencieux qui l’accompagne constituent le premier volet d’une discussion que L’actualité veut déclencher avec ses lecteurs. Le second volet s’ouvrira dans le numéro du 1er novembre. L’ex-conseiller politique Jean-Francois Lisée y proposera à son tour une série de solutions, un programme pour une nouvelle « gauche efficace ». Et lui aussi ébranlera vos idées reçues au moyen d’un jeu-questionnaire.

Le leader chinois Deng Xiaoping a un jour répondu à ceux qui lui reprochaient d’être bien peu communiste, parce qu’il mettait en place tous les outils du capitalisme — propriété privée, place boursière, etc. —, qu’il se balançait pas mal de la couleur du chat, du moment que celui-ci attrapait les souris.

Qu’importe, donc, la « couleur » des solutions proposées. Demandons-nous plutôt si elles sont susceptibles de dynamiser l’économie du Québec, de donner à l’État les moyens d’investir dans l’éducation et la santé de la population, d’encourager les gens à contribuer davantage et de meilleure façon à leur propre bien-être et à celui de la société. Nous avons lancé dans notre site Web un forum spécialement consacré à cette discussion. Joignez-vous à nous.

À LIRE
Les 700 pages de l’extraordinaire essai de David Landes, Richesse et pauvreté des nations (Albin Michel), pour comprendre comment la richesse d’un peuple dépend autant de sa géographie et, surtout, de sa culture que des hasards de la guerre et des puissants.

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