Sortir l’école de l’école

À la maison familiale rurale du Granit, une école secondaire située à Saint-Romain, en Estrie, près de 90 % des élèves décrochent un diplôme d’études secondaires ou d’études professionnelles. Les jeunes apprennent sur le plancher des vaches !

André Campeau, producteur laitier de 59 ans, a fondé la maison familiale rurale (MFR) du Granit il y a 10 ans. « À l’époque, le taux de décrochage était de 40 % dans la région, dit-il. Nous cherchions un moyen de former les jeunes et de les garder sur notre territoire. » La solution ? Les MFR, des écoles créées en France il y a près de 70 ans, où les jeunes apprennent des métiers comme travailleur forestier, acériculteur ou producteur laitier. Les formations y sont offertes en alternance travail-études.

En cette belle journée de juin, des élèves en production laitière s’initient à la taille des sabots de vache dans le stationnement de l’école. Leur enseignant a commandé, à l’abattoir du coin, des sections de pattes de bêtes mortes. « Ça pue ! » se plaignent des élèves, avant de faire éclater joyeusement des brins de sabot à l’aide d’une rectifieuse.

Une élève injecte à un veau un complexe vitaminé visant à renforcer le système immunitaire de l’animal. Pendant le cours, donné à la ferme laitière d’un enseignant, des élèves ont aussi vacciné des vaches contre le virus de la diarrhée virale bovine. Cette maladie peut notamment entraîner des troubles respiratoires, des avortements spontanés et même la mort.

Des élèves de 4e secondaire, qui étudient en foresterie, identifient les essences d’arbres et évaluent la qualité des billots dans la cour à bois de l’entreprise Billots Sélect Mégantic, à Lac-Mégantic.

À la MFR du Granit, 20 % des élèves sont des filles. Jessica Veilleux (à gauche), 18 ans, et Myriam Bergeron-Bolduc, 17 ans, terminent cette année leurs études en production laitière. La première poursuivra ses études au cégep dans un programme de techniques de la santé animale et la seconde compte travailler.

Dans le garage de l’école, des élèves entretiennent et réparent leurs outils de travail : des tracteurs, des débardeurs, etc. C’est aussi l’occasion d’apprendre à souder.

Les jeunes s’apprêtent à dîner à la cafétéria de l’école. Après le repas, deux élèves devront rincer les assiettes avant de les mettre dans le lave-vaisselle. Dans les MFR, les adolescents apprennent la vie en communauté. Deux semaines par mois, ils étudient à l’école et vivent dans un modeste internat – agrémenté de tables de billard et de baby-foot ainsi que d’un cinéma maison. Ils déménagent ensuite chez un fermier, où ils effectuent un stage pendant deux semaines. 

Depuis 10 ans, Claude Boulanger est maître de stage à la MFR du Granit. Le producteur laitier de 49 ans, bénévole, héberge des élèves dans sa ferme et leur transmet son savoir. Il verse aussi 25 $ par semaine dans le compte de ses stagiaires, qui pourront, grâce à cet argent, séjourner pendant deux semaines en France à la fin de leurs études. « Si j’avais eu accès à une MFR quand j’étais jeune, j’aurais peut-être continué d’étudier », dit le fermier, qui a lâché l’école en  2e secondaire.

Claude Boulanger et son fils, Éric, finissant en production laitière à la MFR. Le jeune homme de 17 ans, qui aide son père à récolter du foin, prendra un jour la relève de la ferme familiale.

Des enfants dans la MFR ? Eh oui ! Les 50 élèves de l’école primaire de Saint-Romain partagent leur établissement avec les 85 adolescents de la MFR. « L’ouverture de la MFR a permis de sauver l’école du village [dont la clientèle déclinait] », dit Chantal Vigneault (voir la photo suivante), directrice des deux établissements. Le bâtiment abrite aussi un centre de la petite enfance.

Les élèves la surnomment la « maman de semaine ». Pétillante, chaleureuse, Chantal Vigneault, 42 ans, se réjouit de diriger ces deux petites écoles. « J’ai le temps de m’investir auprès des élèves, dit la directrice, qui demeure néanmoins bien occupée. Les parents sont aussi mobilisés. »

Petite pause « Mr. Freeze » dans le stationnement de l’école. Plus que quelques jours avant la fin de l’année scolaire et le fameux bal des finissants. La fête aura lieu dans une auberge du coin, au bord de l’eau.

 

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