Soyez prêts, les vacances achèvent

Le Québec a intérêt à profiter de ses vacances cet été, car il lui faudra se retrousser les manches à l’automne.

L’été, c’est le temps des vacances. Un moment idéal pour parler du travail, puisqu’il n’est pas là pour se défendre. Et si une chose a besoin de se faire remettre à sa place, c’est bien le travail !

Il paraît qu’on ne travaille pas assez au Québec. À écouter Lucien Bouchard, il faudrait presque se sentir coupable de partir en vacances. L’ex-premier ministre s’inquiétait, l’automne dernier, du fait que depuis 30 ans les Québécois travaillaient moins que les autres Nord-Américains. Et les Chinois, eux, prennent-ils une pause en juillet ? Non, l’horloge made in China ne s’arrête jamais. La société québécoise est vraiment en péril, et les choses s’annoncent d’autant plus mal que les jeunes refusent de travailler aussi fort que leurs parents. C’est le bouquet ! Celui qui ornera le cercueil du Québec dans 50 ans ?

Si le problème, au lieu de venir de la base, émanait de plus haut ?

Difficile de blâmer l’employé qui refuse de mettre les bouchées doubles quand il bosse pour un patron sans vision ou une entreprise sans âme. De la même façon, la nation a besoin d’un effort collectif, mais ceux qui sont aux commandes se révèlent incapables de susciter l’enthousiasme. Il suffit de se rappeler la dernière campagne électorale pour s’en convaincre.

La plus récente trouvaille de Jean Charest pour redonner du cœur à l’ouvrage aux Québécois est de miser sur l’attrait du chèque de paye. Grâce à ses réductions d’impôts, voilà le citoyen-travailleur plus riche de… quoi ? Quatre cents dollars par année ? ! Et tant pis si la dette du Québec continue de grimper. Achetez maintenant, vos enfants paieront plus tard.

La panne d’inspiration sévit aussi à Ottawa. Les jeunes sont prêts à s’investir sans compter pour la cause de l’environnement. Et que fait Stephen Harper pour leur donner foi en l’avenir ? Il repousse aux calendes grecques tout effort sérieux pour réduire les gaz à effet de serre. Appliquez-vous à remplir vos bacs verts ; nous, nous avons des sables bitumineux à extraire.

Les deux chefs de gouvernement feraient bien d’être un peu plus attentifs à ce qui se discute autour de la machine à café ou du pichet de sangria. Car depuis que Lucien Bouchard et ses lucides se sont manifestés pour la première fois, il y a deux ans, les Québécois semblent avoir retrouvé le goût du débat. Les blogues d’opinion fleurissent, les décibels montent de plusieurs crans à droite comme à gauche, au point que seuls les très durs d’oreille restent encore sourds au grondement qui s’amplifie.

Nous avons intérêt à prendre de bonnes vacances cet été, car le travail ne manquera pas à la rentrée ! Deux grands chantiers se mettront en branle, la commission sur les accommodements raisonnables et celle sur le financement de la santé.

Toutes deux permettront de faire le point sur ce que nous devenons et sur ce que nous voulons devenir. Non, le Québec n’est plus à l’heure de Maria Chapdelaine, et n’en déplaise à certains, il ne peut se passer des immigrants pour assurer son avenir. Et oui, les nouveaux voisins peuvent parfois bousculer les petites habitudes des uns. À moins de déménager, il faut apprendre à vivre ensemble.

En santé, les enjeux n’en sont pas moins fondamentaux, comme le souligne notre chroniqueur Pierre Fortin dans ce numéro (p. 48). Le secteur privé prend de plus en plus de place dans le système ; la tendance ne s’inversera pas. C’est aux Québécois de décider s’ils veulent continuer d’improviser ou s’ils ont le courage de repenser les façons de faire.

Nous aurons la chance cet automne de nous mettre à l’ouvrage sur des thèmes qui pourraient définir notre société pendant de nombreuses années, voire des décennies. Les Québécois sont prêts à se retrousser les manches. Il ne leur manque que l’inspiration pour le faire.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie