Soyons un peu volages !

Jean Charest a bien raison de flirter avec l’Europe et le Canada. Le lit commercial états-unien se refroidit.

On ne le redit pas assez souvent. Avec plus de 80 % de leurs exportations vendues aux États-Unis, les entreprises québécoises sont dans la position des épouses d’une autre époque qui, faute d’avoir prévu le pire, se retrouvaient à la rue si leur mari les quittait. Trop dépendantes !

Le vent de protectionnisme qui se lève aux États-Unis (voir « Est-ce la fin du rêve nord-américain ? ») pourrait être le signe dont elles ont besoin pour regarder ailleurs. Les bons partis ne manquent pas. L’Europe, évidemment. Mais aussi le Canada. Encore faut-il faire tomber les barrières interprovinciales, qui font du reste du pays un amant terriblement compliqué administrativement, alors qu’on vend à New York si facilement. (Merci au ministre québécois Raymond Bachand de travailler là-dessus.)

Il faut se rendre à l’évidence, le lit américain se refroidit. Et ce ne sont ni Barack Obama ni Hillary Clinton qui le réchaufferont. Lors du débat du 26 février dernier, qui opposait ces candidats démocrates à la présidentielle, ils ont tous les deux déclaré que s’ils devenaient président des États-Unis, ils lanceraient un ultimatum au Canada et au Mexique : ou ces deux pays accepteraient de renégocier les clauses de l’ALENA, ou les États-Unis s’en retireraient.

Les conséquences pour le Canada, et encore plus pour le Québec, seraient dramatiques. Car l’ALENA, entré en vigueur en 1994 sous Bill Clinton, tout comme l’accord de libre-échange avec les États-Unis, signé il y a 20 ans, sont au cœur de la prospérité québécoise.

Les plus optimistes diront que les déclarations des deux démocrates ont été faites en pleine campagne électorale, dans un État américain (l’Ohio) durement touché par les pertes d’emplois liées aux délocalisations, que ces promesses s’adressaient à des cols bleus malmenés par les fermetures d’usines. Dans d’autres États, la Californie par exemple, Hillary Clinton a plutôt convenu que l’ALENA avait contribué à créer des emplois aux États-Unis. Mais les déclarations du 26 février sont un indice de plus que la relation tiédit.

Même si les démocrates perdent la présidentielle et que c’est le républicain John McCain qui gagne, le protectionnisme américain se durcira. L’inexorable perte de puissance économique des États-Unis au profit d’autres blocs commerciaux, comme la Chine ou l’Inde, l’accentuera. Les Américains utiliseront les urnes pour marquer vigoureusement leur rejet des années Bush, avec leur cortège de guerres et de reculs économiques. Le Sénat et la Chambre des représentants seront largement démocrates. Les pressions pour renégocier les clauses des accords commerciaux seront très fortes. Pour ne pas dire tectoniques.

Il faut donc se réjouir que Jean Charest et son gouvernement mettent toute la gomme pour ouvrir de nouveaux espaces économiques aux entreprises québécoises, poursuivant ainsi des initiatives lancées par des gouvernements du Parti québécois.

Que nous soyons souverainistes ou fédéralistes, nous avons tous intérêt à voir s’accentuer le commerce avec le reste du Canada et avec l’Europe.

Depuis les débuts de l’Amérique du Nord, le commerce a suivi des routes nord-sud. Le développement des richesses pétrolières de l’Alberta, celui des richesses minières de la Saskatchewan et du Nord rendent aujourd’hui plus attrayantes les routes est-ouest ! Explorons-les. Un jour viendra peut-être où les exportations vers les autres provinces créeront autant d’emplois que celles vers l’étranger. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. (En 2004, les exportations vers l’étranger ont généré 643 000 emplois, contre à peine 474 000 pour celles vers les autres provinces.)

Les entreprises québécoises pourraient trouver une chaleur nouvelle sous la couette canadienne ou l’édredon européen. Allez, soyons un peu volages !

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