Sport interuniversitaire : qui est responsable des blessures des athlètes ?

Les universités ont-elles le devoir de protéger leurs athlètes ? Cette question sera au cœur de la poursuite déposée par Kevin Kwasny, un ex-footballeur de l’Université Bishop’s lourdement handicapé à la suite d’une commotion cérébrale.

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Kevin Kwasny en 2010. – Photo : Francis Vachon/La Presse Canadienne

Les universités ont-elles le devoir de protéger leurs athlètes ?

Cette question sera au cœur de la poursuite déposée par Kevin Kwasny, un ex-footballeur de l’Université Bishop’s. Lourdement handicapé à la suite d’une commotion cérébrale, il réclame 9,3 millions de dollars de dommages à l’université.

L’affaire remonte à 2011. Lors d’un match interuniversitaire, l’ailier défensif subit un coup violent à la tête. Il se serait alors plaint de maux de tête et de malaises à son entraîneur, qui lui aurait ordonné de retourner en jeu. À la mi-temps, le joueur est pris de convulsions.

Après un coma de deux mois, l’ex-athlète passera trois ans en centre de réadaptation pour réapprendre à parler et à marcher. Invalide à 23 ans, Kevin Kwasny demeure paralysé du côté droit, avec des problèmes de vision et de mémoire. Il vit à Winnipeg, chez ses parents, qui tiennent l’Université Bishop’s responsable de son état.

Aussi tragique soit-elle, la cause de Kwasny n’est pas gagnée d’avance.

«Les responsabilités légales des universités envers les athlètes sont floues», affirme Ed Ratushny, professeur émérite en droit du sport à l’Université d’Ottawa.

La plupart des universités font signer à leurs athlètes une décharge qui exonère l’institution de certaines responsabilités liées à la pratique du sport. Ce qui suscite toutes sortes de questions : une telle décharge exempte-t-elle l’université en cas de négligence — de l’entraîneur, par exemple ? Et a-t-elle seulement valeur légale ? Et pourquoi poursuivre sa propre université plutôt que l’équipe adverse ? Au moment des audiences de la cause de Kevin Kwasny, il va «y avoir du sport» au tribunal, et la cause fera certainement jurisprudence.

De plus, les athlètes universitaires demeurent en position de faiblesse face aux institutions. La faute à leur statut d’amateurs non rémunérés, selon Ed Ratushy : «Dans le sport professionnel, ce sont habituellement les syndicats qui négocient des mesures de sécurité avec leur ligue».

La question de la protection des athlètes est d’autant plus compliquée que tous les athlètes universitaires accepteraient tacitement de mettre leur santé en péril quand ils pratiquent des sports de haut niveau, selon Pierre Lafontaine, directeur général de Sport interuniversitaire canadien, une association qui gouverne les sports universitaires au Canada.

«Tous les athlètes comprennent les défis du sport», dit-il, précisant que les universités font de plus en plus de travail pour «encadrer» leurs athlètes. Elles offrent des services de soutien psychologique aux blessés, par exemple, et des séances d’information sur les effets des commotions cérébrales.

Or, rien n’oblige une université à informer ses athlètes des risques. «Certaines universités ont des campagnes de sensibilisation sur la commotion cérébrale, d’autres pas», dit Harry Zarins, directeur général de l’Association canadienne des lésés cérébraux.

Aux États-Unis, c’est l’Association nationale du sport interuniversitaire (National Collegiate Athletics Association) — qui chapeaute les sports interuniversitaires — qui fait le travail d’information sur les campus. «Surtout depuis que les victimes de traumatismes crâniens multiplient les poursuites contre les universités américaines», dit Zarins. «Sport interuniversitaire canadien ferait bien de suivre l’exemple», ajoute-t-il.

Quelle que soit l’issue du procès de Kevin Kwasny, son recours contre l’Université Bishop’s poussera certainement les universités canadiennes à mieux informer les joueurs des risques qu’ils encourent.

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