Sur Facebook, les groupes regorgent de fausses informations sur la pandémie

Théories du complot, publicités douteuses, liens louches, mèmes racistes : le réseau social peine à contenir le déluge d’informations discutables qui circulent dans les groupes de discussion dédié au coronavirus. L’actualité en a examiné six.

Crédit : L'actualité

Confrontés au flot important d’informations sur la pandémie, des milliers d’internautes se tournent vers les réseaux sociaux pour échanger et consulter les dernières nouvelles. Dans des groupes Facebook — publics ou privés, québécois comme étrangers — dédiés au coronavirus, on leur promet un portrait global de la situation, des chiffres mis à jour et des liens vers des articles incontournables.

L’actualité a suivi de près six de ces groupes* depuis le début de la pandémie et a parcouru les publications d’une vingtaine d’autres, du Québec et d’ailleurs. Des six sites, un seul a collé à sa raison d’être et n’a pas partagé de fausses informations. Les autres n’ont pas tenu leurs promesses. L’actualité y a trouvé un certain nombre de vraies nouvelles, mais surtout un amalgame d’informations trompeuses, de théories du complot, d’informations périmées, de publicités, de liens menant à des sites frauduleux, de canulars, de publications alarmistes, et plus encore.

Le cas d’un groupe Facebook québécois créé en janvier dernier en est un exemple. Sa description, reproduite plus bas, est rassurante et sérieuse : « Un groupe créé afin de suivre la progression du coronavirus ». Pourtant, dès ses débuts, le petit nombre de membres publiait essentiellement du contenu se voulant humoristique. Des mèmes, des questions dérisoires, des informations exagérées pour tourner la situation au ridicule. Et tous les membres, ou presque, semblaient participer aux blagues. Il y avait aussi des vidéos, des mèmes et des commentaires racistes à l’endroit des Chinois.

Fin février, quand le premier cas de COVID a été confirmé au Québec, le nombre de membres a rapidement augmenté — il atteint 900 à ce jour. Le nombre de publications quotidiennes a aussi grimpé. Et si des canulars ont continué d’être publiés régulièrement, le ton des échanges a progressivement changé. Si les administrateurs savaient que leur contenu était insouciant, voire raciste et mensonger, ils ne l’ont jamais précisé aux nouveaux venus.

Sur un groupe Facebook de nouvelles reliées au coronavirus, des canulars et des fausses informations sont partagés quotidiennement. Les administrateurs ont créé ce groupe il y a quelques mois, pour rire. Mais depuis sa création, il a attiré des centaines dabonnés à la recherche de vraies informations.

Pensant s’être abonnés à un groupe de nouvelles crédibles, des internautes ont commencé à y publier des liens vers des articles sérieux et à poser des questions sur la situation, ou même sur leur santé. En réponse, ceux-ci ont plutôt été dénigrés, trollés, exposés à des commentaires racistes.

« Je suis nouvelle ici, j’ai peur du coronavirus, je fais des provisions, etc. SVP, avant de poster quelque chose, soyez certains de vos sources ! C’est déjà assez capotant comme ça », écrivait une abonnée inquiète le 25 février. Un des commentaires : « Paraît que juste être en présence d’un Chinois peut vous donner le coronavirus ».

Avec les centaines de nouveaux abonnés qui ont afflué, le contenu a vite dérapé. Des théories du complot, des liens menant à des sites louches et des publicités douteuses y sont partagées régulièrement. Presque aucune nouvelle crédible n’y est publiée.

Par exemple, des neuf publications partagées le 18 avril, une contenait un lien vers une boutique de masques, trois relayaient des théories du complot, quatre n’avaient aucun rapport avec la COVID-19 et une menait à une vidéo montrant un homme interpeller un policier à un barrage routier.

Des fausses informations déjà vérifiées, mais presque pas signalées

Facebook est courant du nombre élevé de fausses informations concernant la pandémie qui circule sur sa plateforme. En réponse à la crise, le géant du Web a annoncé en avril qu’il renforçait son partenariat avec plusieurs organismes et médias de vérification des faits. Il s’est aussi engagé à avertir ses usagers lorsqu’ils ont interagi avec des publications trompeuses et dangereuses.

Les publications des groupes contenant de fausses informations sont signalées au réseau social par des membres, la plateforme en avertit l’administrateur par la suite. Si les signalements s’accumulent, Facebook peut déplacer le contenu du groupe vers le bas du fil d’actualité afin de prioriser le contenu fiable. L’an passé, la plateforme a aussi annoncé que de tels groupes seraient plus difficiles à trouver et ne seraient plus recommandés aux usagers. Pourtant, selon les observations de L’actualité, les informations dangereuses et trompeuses circulent presque librement sur les groupes Facebook, qu’ils soient publics ou privés.

Ainsi, le 30 mai dernier, sur un deuxième groupe québécois dont la totalité des publications concerne la pandémie, huit liens ont été partagés. Cinq relayaient des théories du complot, un autre menait à une vidéo YouTube qui détournait le sens d’un discours du directeur national de la santé publique Horacio Arruda sur le port du masque. Un autre lien dirigeait vers un épisode de l’émission de vulgarisation scientifique Découverte, de Radio-Canada, mais était accompagné d’un long texte parsemé de théories complotistes. Le dernier menait vers un texte d’opinion sur la violence policière en France.

Sur les huit liens externes, sept relayaient des fausses informations potentiellement dangereuses. Parmi elles : l’hydroxychloroquine pour guérir du virus (information démentie ici), le port du masque inefficace (nouvelle périmée, la situation a évolué depuis), les statistiques faussées (démentie ici) et le virus fabriqué en laboratoire (démentie ici).

Toutes ces informations ont été contredites par des médias et organismes de vérification des faits partenaires de Facebook. Il est pourtant impossible de le savoir en consultant le groupe.

Et que se passe-t-il si l’un des 6 000 membres de ce groupe dénonce et signale les informations trompeuses ? Il est menacé d’expulsion du forum, comme en témoigne cette publication agressive de l’administrateur, mécontent qu’une de ses publications ait été signalée à Facebook.

Capture d’écran/L’actualité

L’analyse de L’actualité a aussi démontré que plusieurs liens menant à des sites frauduleux étaient partagés sur ces groupes. Sur un groupe populaire, les nouvelles se mélangent aux publications partisanes d’un petit parti politique.

Certains groupes parmi ceux observés par L’actualité partageaient bel et bien des informations véridiques au départ, mais plusieurs ont été victimes de leur popularité. Puisque tout le monde peut y publier, la modération des discussions devient de plus en plus difficile.

Les groupes qui ont rempli leur mandat et n’ont presque pas partagé de fausses informations ont deux points en commun : un nombre restreint de gens ont le droit d’y publier des messages, et tous font partie d’une communauté, comme un quartier, une ville ou une municipalité.

Un internaute averti en vaut deux.

* Nous avons décidé de taire les noms des groupes Facebook observés dans cet article afin de ne pas amplifier leur portée et de ne pas relayer les messages dangereux qui y sont publiés.

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