Sur la route des églises

Un tipi, une sphère de béton, une sacoche… Les églises construites au Québec du milieu des années 1950 à la fin des années 1960 ont un point en commun : l’audace ! Plusieurs architectes de renom ont signé ces œuvres originales qui ont donné un essor à l’architecture religieuse québécoise moderne.

Sur la route des églises
Photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec

Ce renouveau découle entre autres du Concile de Vatican II, convoqué par Jean XXIII au début des années 1960. Désormais, les célébrations religieuses exigent la participation active des fidèles, en union étroite avec le célébrant. « Ils doivent donc être plus près du prêtre », explique Jocelyn Groulx, directeur du Conseil du patrimoine religieux du Québec. Les architectes en prennent note : fini les longues nefs rectangulaires ; place aux plans carrés, circulaires ou polygonaux.

Au cours de la même période, les évêques de Montréal émettent leurs directives sur la construction des églises, en accord avec les principes adoptés par l’épiscopat allemand en 1949 : l’exubérance et la richesse n’ont plus leur place dans les lieux de culte. La construction et l’ornementation des églises se feront dorénavant dans un esprit de pauvreté, première des vertus évangéliques. L’église « n’est plus la maison de Dieu pour laquelle rien n’est trop beau ni trop riche », écrit l’historien Claude Bergeron dans L’architecture des églises du Québec 1940-1985. « On exige toutefois qu’elle possède « une dignité incomparable », sans allure bourgeoise ni prolétaire. »

Autre nouveauté : la chorale et l’orgue quittent le jubé et trouvent place dans le sanctuaire, près de l’autel. Les jubés n’ayant plus leur raison d’exister, les églises n’ont plus à être aussi hautes.

Ces églises sont parmi les dernières à avoir été construites au Québec. Plusieurs sont aujourd’hui fermées. Certaines ont été vendues ou carrément détruites. Au moins une autre, à Montréal, tombera bientôt sous le pic des démolisseurs.

Voici, à quelques jours de Pâques, un tour d’horizon en 15 photos des églises les plus marquantes bâties pendant la Révolution tranquille.

Sources

– BERGERON, Claude. L’architecture des églises du Québec 1940-1985, Presses de l’Université Laval, 1987.
– Pour la préservation du patrimoine religieux moderne,
Fondation du patrimoine religieux du Québec, mars 2001.
– Conseil du patrimoine religieux du Québec.

Saint-Marc, La Baie, 1955-1956

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Saint-Marc, La Baie, 1955-1956

Cette église du diocèse de Chicoutimi a lancé la vague de modernisme dans l’architecture religieuse québécoise, voire nord-américaine. Elle a également inauguré la remarquable série d’églises blanches qui allaient être construites au Saguenay-Lac-Saint-Jean dans les années subséquentes.

Architecte : Paul-Marie Côté. Statut : vendue il y a quelques années au groupe évangéliste La Bible parle.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Notre-Dame-du-Bel-Amour, Montréal, 1955-1957

Première d’une douzaine d’églises singulières dessinées par Roger D’Astous entre les années 1955 et 1965, Notre-Dame-du-Bel-Amour a été la plus moderne du Québec à l’époque où sa construction a été amorcée. Architecte prolifique, D’Astous a aussi contribué à la conception de la station de métro Beaubien, de l’hôtel Château Champlain et du Village olympique.

Architecte : Roger D’Astous. Statut : fermée.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Notre-Dame-des-Champs, Repentigny, 1962-1963

Après 1960, au Québec, les architectes ont abandonné la structure classique des églises. Cela a donné lieu à un foisonnement de styles nouveaux qui semblaient n’obéir à aucune règle. Parmi les églises les plus étonnantes du diocèse de Montréal, Notre-Dame-des-Champs a beaucoup fait parler. Pour certains, sa forme évoquait des mains jointes en prière, pour d’autres, la lyre du roi David. D’aucuns l’ont comparé à une burette contenant le vin eucharistique ou encore à une… sacoche !

Architectes : Roger D’Astous et Jean-Paul Pothier. Statut : en fonction.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Notre-Dame-de-Fatima, Jonquière, 1962-1963

L’église est composée de deux demi-cônes décalés faits de béton et réunis par une bande de verre coloré par laquelle pénètre la lumière du jour. La forme conique rappelle celle des tipis et fait référence au passé autochtone de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. L’église a été fermée il y a cinq ans.

Architectes : Léonce Desgagné et Paul-Marie Côté. Statut : à vendre.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Notre-Dame-d’Anjou, Anjou, 1961-1962

Les clochers – et parfois les cloches – ont subi de profondes transformations dans les années 1960. Jadis imposants, ils deviennent légers, aériens. Dans certains cas, ils sont complètement séparés de l’église. Il arrive même qu’une croix plantée dans le sol ou fixée au sommet du toit, comme c’est le cas ici, tienne lieu de clocher. Et les cloches ? Elles sont souvent remplacées par un haut-parleur… Architecte : André Blouin. Statut : en fonction.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Christ-Roi, Joliette, 1952-1953

Cette église est l’une des premières au Québec dont la structure est faite de bois lamellé-collé. Ce n’est pas tant pour sa beauté que les architectes avaient opté pour ce matériau, qui sera par la suite repris aux quatre coins de la province, mais pour sa légèreté et son élasticité par rapport à l’acier. Ils voulaient ainsi préserver la stabilité de l’église, construite sur un sol glaiseux.

Architectes : René et Gérard Charbonneau. Statut : en fonction.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Saint-Gérard-Magella, Saint-Jean-sur-Richelieu, 1961-1962

Cette église surprend par la courbe de son toit et sa forme asymétrique. Le presbytère a été aménagé non pas dans un bâtiment détaché de l’église, comme le voulait la tradition, mais dans une aile qui fait partie de l’ensemble. Ses architectes ont entre autres signé les plans de la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, à Montréal.

Architectes : Affleck, Desbarats, Dimakopoulos, Lebensold, Sise. Statut : en fonction.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Christ-Roi, Gaspé, 1968-1969

Construite en cèdre rouge, Christ-Roi est la seule cathédrale en bois d’Amérique du Nord. Rappelant un hangar, elle est percée de lanterneaux et d’une série de fenêtres placées sous la corniche qui fournissent un éclairage naturel indirect. Le choeur est ainsi plongé dans une pénombre chaleureuse qui invite au recueillement.

Architecte : Gérard Notebaert. Statut : en fonction.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Sainte-Germaine-Cousin, Montréal, 1960-1962

Cette église réunit les deux tendances qui prédominaient au début des années 1960 – particulièrement au Saguenay-Lac-Saint-Jean -, soit la structure en plans inclinés (évoquant une tente) et l’extérieur tout en blanc. Elle se distingue toutefois des autres églises du diocèse de Montréal par sa forme pyramidale et par la croix grecque constituée par les arêtes de la toiture.

Architecte : Gérard Notebaert. Statut : fermée depuis plusieurs années. L’évêché attend l’autorisation de la Ville pour la démolir.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Saint-Louis-de-France, Sainte-Foy, 1960-1961

Saint-Louis-de-France est la première église du diocèse de Québec qui a été construite selon un plan centré, c’est-à-dire en forme de cercle ou de polygone. Plus de 1 200 fidèles pouvaient y prendre place sans jamais se trouver à plus de 18 m du chœur. Sa forme lui a valu une certaine renommée, même si ce type d’église existait déjà à Montréal, à Sherbrooke et à Hull.

Architectes : Blatter, Caron et Côté. Statut : en fonction.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


St. Augustine of Canterbury, Saint-Bruno-de-Montarville, 1966-1967

Le style austère, d’inspiration médiévale, de l’église catholique anglophone de Saint-Bruno évoque les châteaux fortifiés anglais. Basse et fermée sur elle-même, elle se fond aux résidences voisines au point de passer presque inaperçue. La salle paroissiale se trouve à côté de l’église, et non pas au sous-sol, comme cela se fait généralement.

Architectes : Victor Prus;  Longpré, Marchand et Gaudreau. Statut : en fonction.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Saint-Raphaël, Jonquière 1959-1960

En 1961, cette église a valu à ses architectes une des deux médailles d’argent accordées aux églises dans le cadre des Médailles Massey, concours d’architecture canadien. Elle est composée de deux pans inclinés, courbés comme la toile d’une tente, et espacés de 1,2 m au sommet afin de ménager une source lumineuse sur toute la longueur de l’église. La cheminée de la chaufferie, sur le côté de l’église, fait partie intégrante de la structure du clocher !

Architectes : Evans Saint-Gelais et Fernand Tremblay. Statut : en fonction.

Crédit photo: Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Saint-Jean-Baptiste, Nicolet, 1961-1962

Évoquant à la fois le biodôme de Montréal et l’Opéra de Sydney, en Australie, la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Nicolet se distingue surtout par son immense vitrail de 50 m sur 21 m qui occupe toute la façade, œuvre de Jean-Paul Charland. Son architecture la rapproche de la salle de spectacle non seulement par la somptuosité de son entrée, mais aussi par la disposition des bancs en demi-cercle et l’inclinaison du plancher vers l’autel.

Architecte : Gérard Malouin. Statut : en fonction.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003


Saint-René-Goupil, Montréal, 1963-1964

Petite église de béton et d’ardoise, Saint-René-Goupil a une allure austère qui n’a rien de très invitant. Pourtant, à l’intérieur, le liège des murs et le bois des plafonds et des lustres donnent à la nef et au chœur une chaleur insoupçonnée.

Architectes : Roger D’Astous et Jean-Paul Pothier. Statut : en fonction.

Crédit photo : Conseil du patrimoine religieux du Québec, 2003

Saint-Marcel, Chibougamau, 1962-1964

Les architectes la voulaient simple, voire un peu rude, à l’image, disaient-ils, des habitants de cette ville du Nord-du-Québec. Ils auront plutôt construit un monument de style romano-byzantin, raffiné et distingué, qui contraste avec le dépouillement de cette région minière. Saint-Marcel est l’une des églises les plus étonnantes à avoir été construites au Québec au cours de cette période.

Architectes : Saint-Gelais, Tremblay et Tremblay. Statut : démolie en 1998.

Crédit photo : Diocèse d’Amos