Sur les traces de l’inventeur du mot «courriel»

C’est l’un des grands succès de la néologie québécoise… et l’un de ses plus épais mystères. Mais «courriel» n’est pas né dans les bureaux de l’Office québécois de la langue française !

Sur les traces de l’inventeur de «courriel»
Photo: iStock

Le mot circulait en effet depuis un moment quand l’organisme l’a approuvé, en 1997. À ce jour, le doute persiste sur la véritable identité de son concepteur.

Une part du mérite reviendrait à Jean-Claude Guédon, professeur de littérature comparée à l’Université de Montréal. Il aurait fait œuvre de pionnier en glissant le terme dans un ouvrage paru chez Gallimard en 1996, La planète cyber.

« Il s’agit de la première occurrence imprimée. C’est par ce canal que le terme s’est ancré dans la langue, avance-t-il. Une ou deux personnes m’ont déjà abordé presque agressivement en disant que c’était elles qui avaient créé « courriel ». Grand bien leur fasse ! J’ai inventé le mot indépendamment, mais je ne prétends pas avoir été le seul ou le premier. »

André Clas, professeur de linguistique et traduction retraité de l’Université de Montréal, affirme y avoir songé « vers 1983 ou 1985 », bien avant son confrère. Il s’estime également à l’origine du succès du terme, pour l’avoir inséré, « quelque part entre 1985 et 1995 », dans la revue savante de traduction qu’il a longtemps dirigée, Meta. « Nous avions des abonnés dans une centaine de pays. Je ne revendique pas l’exclusivité du mot, mais celle de sa diffusion. Jean-Claude Guédon ? Il est arrivé trop tard. »

La francophonie devait être mûre pour ce « courriel », conçu par plusieurs personnes en même temps des deux côtés de l’Atlantique. En novembre 1994, par exemple, un dénommé Dimitri Janczak, de l’École supérieure d’informatique et applications de Lorraine, en France, a suggéré les néologismes « courrel » et « courriel » dans un forum de discussion.

Le linguiste Jean-Claude Boulanger, professeur à l’Université Laval, leur dispute lui aussi la paternité du terme. « C’est moi qui l’ai créé avec une équipe d’étudiants, soutient-il. À l’hiver 1989, dans un séminaire de néologie, on a fait un exercice de création de mots et on a eu cette idée en groupe. Un étudiant a écrit son travail de session sur le sujet. L’été suivant, il a décroché un contrat à l’OQLF et il leur a fait part de notre trouvaille. L’Office l’a reprise sans mentionner la source. »

Ladite dissertation ? Envolée. L’étudiant ? Évanoui. Et personne à l’OQLF n’a souvenir de cet épisode. L’énigme demeure entière…

 

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