Survivre à la fermeture des écoles (sans perdre la tête)

La travailleuse sociale Liz Faria, spécialisée en intervention jeunesse, mère de trois enfants et auteure du blogue A Mothership Down, a préparé une liste de conseils pour aider les parents à passer à travers les prochaines semaines.

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C’est un temps inédit qui s’amorce pour les parents québécois : une période prolongée avec les enfants qui n’est ni les vacances, ni le temps des fêtes, ni la relâche. Contrairement à ces moments qui sont synonymes de détente et de plaisir, il n’y aura pas d’activités spéciales au programme.

Ceux qui doivent poursuivre leurs tâches professionnelles à la maison verront leurs habilités à concilier le travail et la famille testées à leur maximum. Et bien sûr, l’anxiété générée par la crise de la COVID-19 rendra les choses encore plus difficiles.

La travailleuse sociale Liz Faria, spécialisée en intervention jeunesse, mère de trois enfants et auteure du blogue A Mothership Down, a préparé une liste de conseils pour aider les parents à passer à travers les prochaines semaines. Elle les partage ici avec nous.

Préserver la routine

Les enfants ont besoin de routine et de prévisibilité pour se sentir en sécurité. Combler ce besoin est encore plus important en période de crise.

S’il n’est pas bien grave de sortir du cadre à l’occasion, pendant les Fêtes ou les vacances, par exemple, c’est que ces moments contiennent suffisamment de repères pour que les enfants sachent à quoi s’attendre. Hélas, ces repères sont absents de la situation que nous vivons présentement.

Il est donc particulièrement important de créer une structure dans la vie quotidienne, et ce, le plus tôt possible. Ainsi, on devrait établir un horaire stable pour les repas, les sorties, les travaux scolaires s’il y en a. Idéalement, on conserve la même routine du soir et la même heure de coucher qu’à l’habitude.

Il est bien sûr possible de préserver une certaine flexibilité dans l’horaire ; l’idée n’est pas d’établir un régime militaire. Mais établir une structure au quotidien aidera à sécuriser les enfants et facilitera la gestion de la vie familiale. Ce n’est pas le moment de laisser le chaos s’installer dans la maison !

Informer sans inquiéter

L’incertitude que nous vivons collectivement en ce moment atteint des niveaux rarement égalés. Selon leur âge, les enfants sont plus ou moins conscients de ce qu’implique la crise de la COVID-19, mais ils détectent le stress des adultes qui les entourent.

Il faut expliquer aux enfants ce qui se passe, de façon factuelle, sans dramatiser la situation. Ils comprendront mieux pourquoi l’école est fermée et pourquoi il est important de limiter les contacts avec les autres. Heureusement, on peut leur dire que la majorité des enfants qui attrapent le virus ne sont pas très malades, et donc qu’ils n’ont pas à trop s’inquiéter pour leur propre santé.

C’est le moment de revoir les principales mesures de prévention des infections, en leur enseignant quels sont les conseils en vigueur présentement.

En discutant de la pandémie avec un autre adulte en présence d’enfants, on devrait peser ses mots en se rappelant que ceux-ci nous écoutent bien plus qu’on le pense… Pour exprimer ses soucis, mieux vaut se placer à l’abri des petites oreilles, sous peine de générer des angoisses inutiles.

Abaisser temporairement ses exigences

Travailler de la maison en présence des enfants, c’est DIFFICILE. Selon l’âge et la personnalité des petits, ça peut même parfois s’avérer pratiquement impossible.

Mais puisque beaucoup d’entre nous devront tout de même le faire, il faudra trouver des façons d’y arriver et cela passera inévitablement par un lâcher-prise. Ça peut vouloir dire d’allouer plus de temps d’écran aux enfants qu’à l’accoutumée ; de tolérer plus de désordre dans la maison ; de cuisiner des repas moins élaborés.

Réussir à accomplir ses tâches professionnelles dans ce contexte sera un exploit. On peut collectivement s’accorder le droit d’en faire moins dans les autres aspects de nos vies.

Faire preuve d’indulgence

Ce n’est pas le moment de sanctionner chaque comportement irritant. Au contraire, c’est le temps de se mettre en mode bienveillance. Nos enfants en auront besoin.

Les gestes inacceptables ne devraient évidemment pas être tolérés, mais pour les peccadilles, on peut se permettre de faire comme si on n’avait rien vu. On préservera ainsi nos réserves de patience. (Encore mieux : certains comportements désagréables pourraient même disparaître s’ils n’obtiennent aucune réaction…)

Créer de l’espace entre les membres de la famille

On aura besoin éventuellement de prendre une pause de nos enfants, et eux de nous. Si c’est possible, c’est une bonne idée de se réserver du temps à l’écart des autres à certains moments de la journée, question de recharger ses batteries et de faire le plein de tranquillité.

Ne pas oublier de prendre l’air

Éviter les contacts sociaux ne signifie pas qu’il faut rester enfermé à l’intérieur. Sortir jouer dans la cour ou faire une marche sera aussi bon pour la santé mentale que physique.

Mettre les enfants à contribution

Les enfants aiment se sentir utiles. C’est le moment de leur montrer qu’eux aussi peuvent aider la famille à passer à travers cette situation exceptionnelle.

S’ils n’ont pas déjà la responsabilité d’accomplir certaines tâches ménagères, c’est l’occasion parfaite pour s’y mettre. On intègre ces tâches à la routine quotidienne, et on n’oublie pas de leur dire à quel point leur participation est précieuse et appréciée.

De façon générale, on peut également leur rappeler qu’en sacrifiant leur vie scolaire et sociale pour un temps, ils contribuent à protéger des personnes plus vulnérables. La situation est parfaite pour enseigner le sens du devoir civique.

Créer des souvenirs spéciaux

S’il y a une chose qui est sûre présentement, c’est que nous nous souviendrons tous longtemps de ce printemps 2020. Pourquoi ne pas en profiter pour y rattacher des souvenirs positifs pour nos enfants ? Regarder un film en famille chaque soir après le souper ; cuisiner des desserts spéciaux ; faire dormir les petits dans une cabane improvisée ; etc. Peu importe, l’idée est de mettre un peu de magie dans un moment tout sauf ordinaire. Les souvenirs d’enfance se nourrissent de cette magie, et l’occasion est belle d’en créer.

Accepter que ce ne sera pas de la tarte

Oui, il y a aura des journées pénibles. Mais impossible de faire autrement. C’est le temps d’enseigner à nos enfants comment se serrer les coudes, comment prendre soin de soi et des autres et comment passer à travers une situation difficile en faisant simplement du mieux qu’on peut.

Bon courage à tous !

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