Technouilles, les femmes ?

Les femmes sont de plus en plus à l’aise avec les technologies. Mais les filles peuvent en apprendre aux grands-mères!


Photo de Marie-Reine Mattera

Des femmes incapables d’allumer ou d’éteindre leur ordinateur, Gilles Létourneau, technicien en informatique, en dépannait souvent lorsqu’il s’est lancé dans les affaires, en 2000. La majorité des femmes manient aujourd’hui la souris aussi aisément que leur grand-mère le fer à repasser  ! Enfin, presque. « La moitié des clientes ne savent pas à quoi sert le bouton de droite, dit-il. Mais c’est aussi vrai pour les hommes  ! »

Les Québécoises sont de moins en moins technouilles. Et le sondage CROP mené pour L’actualité le confirme  : presque les deux tiers disent connaître très bien (14 %) ou plutôt bien (47 %) les technologies — ordinateur, téléphone cellulaire et autres gadgets. Ce taux grimpe à 82 % chez les 18-34 ans, mais fléchit à 40 % chez les 55 ans et plus. Entre les générations Nintendo et Bobino, un fossé numérique demeure…

Des entreprises se créent pour le combler. Depuis un an, In Servio, située à Saint-Bruno, offre aux 50 ans et plus un soutien informatique à distance. Environ 60 % de la clientèle est féminine. « Les hommes de ce groupe d’âge n’ont pas plus de connaissances informatiques que les femmes », dit son président, Jean-Luc Gélinas. Mais avant de demander de l’aide, ils « zigonnent ». « Un peu comme lorsqu’ils s’égarent en voiture, lance l’ingénieur en informatique de 43 ans. Le plus souvent, ils se mettent dans le pétrin  ! »

Les femmes préfèrent s’en remettre à des connaisseurs. Quand vient le temps d’acheter un ordinateur, plus de la moitié des Québécoises disent suivre les conseils de membres de leur famille, d’amis ou de collègues, révèle notre sondage. Près du sixième d’entre elles se fient au vendeur (le quart chez les 55 ans et plus) et 3 % à la publicité. Mais environ le cinquième font leur choix après avoir comparé les divers modèles.

Entre le travail, les enfants et les tâches domestiques, les femmes n’ont ni le temps ni l’envie de s’initier à l’univers des gigaoctets. Que le gadget soit le plus perfectionné sur le marché leur importe peu. « Les femmes veulent juste qu’il fonctionne », dit Genevieve Bell, anthropologue et directrice d’Intel, qui évalue l’expérience des utilisateurs. « Et tout de suite  ! »

L’appareil est pratique et simple à utiliser  ? Elles l’achètent. « Les femmes ont toujours été des consommatrices précoces de technologies, dit Genevieve Bell. Au 20 e siècle, elles o nt été les premières à utiliser les appareils électriques, comme la cuisinière et la machine à laver. »

Les femmes utilisent aujourd’hui autant le téléphone cellulaire que les hommes et davantage l’appareil photo numérique, selon Solutions Research Group, maison de recherche présente au Canada et aux États-Unis. Elles sont aussi un peu plus actives dans les sites Web de réseautage personnel, tels que Facebook et MySpace.

Les technologies changent, les champs d’intérêt demeurent. « Les femmes ont inventé les salons de conversation au 18 e siècle, en France », dit Isabelle Juppé, auteure de La femme digitale (éd. JC Lattès, 2008) et épouse du politicien français Alain Juppé. « Celles du 21 e siècle conçoivent des blogues ou participent à des forums en ligne afin d’échanger leurs opinions et de l’information. »

Après Internet, les femmes percent l’univers masculin des jeux vidéo et informatiques. En 2007, elles représentaient près de 40 % des joueurs américains, selon l’Entertainment Software Association (ESA), aux États-Unis. La parité est même atteinte pour ce qui est de la console Nintendo DS, dont les jeux de simulation (on peut devenir une star, un vétérinaire ou un chef cuisinier) sont populaires. Portative, dotée d’un écran tactile rabattable, cette console est offerte en rose et se glisse dans le sac à main…

Rose et mini. C’est la stratégie de certains fabricants pour séduire la clientèle féminine. « Les technologies sont trop souvent conçues par des hommes qui ont des idées toutes faites sur les femmes », déplore Isabelle Juppé, qui croit qu’il faut inciter les filles à étudier dans ce secteur.

Au Québec, seulement 11,8 % des ingénieurs sont des femmes. « Dans les programmes universitaires de sciences et de génie, la représentation féminine ne cesse de chuter », signale Nadia Ghazzali, titulaire de la Chaire CRSNG-Industrielle Alliance pour les femmes en sciences et génie de l’Université Laval. « La proportion de femmes est passée de 16,3 % à 12,2 % de 1999 à 2007. » La situation est pire en génie informatique et électrique.

Pour renverser la tendance, des femmes s’organisent. Karen A. Panetta, p rofesseure associée au Département de génie électrique et informatique de l’Université Tufts, dans le Massachusetts, a fondé les Nerd Girls, club d’étudiantes en génie dont la mission est de construire une voiture à énergie solaire. Elle compte faire de leur aventure une série de téléréalité. « Il faut atteindre les filles là où elles sont  : devant leur téléviseur », dit Karen A. Panetta, présidente du comité des femmes de l’Institute of Electrical and Electronics Engineers, une association internationale.

Loin des intrigues amoureuses, l’émission présentera le processus de création de la voiture et, bien sûr, les Nerd Girls, des filles « ordinaires », qui aiment les vêtements, le maquillage, mais aussi le génie. Avis aux nerdettes du Québec  : on cherche des candidates partout dans le monde  !