Tendances 2015 – Sexualité : cochez oui, cochez non

Les transgenres revendiquent leur place dans la société, et égratignent au passage la définition des mots «homme» et «femme».

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Photo : Dennis Van Tine/ZumaPress/Keystone

Avec son chandail bleu à capuchon et sa barbe de quelques jours, Samuel Champagne a l’air d’un jeune homme comme les autres. Ça n’a pas toujours été le cas : il est né dans un corps de fille.

« Je me sentais différent, j’avais l’impression de ne “fitter” nulle part », m’explique l’homme de 29 ans, qui a commencé à vivre sous une identité masculine il y a deux ans. Il a entrepris de modifier son corps, pour que les autres voient enfin l’homme qu’il était déjà dans sa tête. Il prend de la testostérone, ce qui a rendu sa voix plus grave, et subit une série d’interventions chirurgicales pour enlever les morceaux qu’il avait « en trop » et ajouter les morceaux « manquants ». Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille, mais sa famille et ses amis ne l’ont pas rejeté, m’assure avec un large sourire cet étudiant de doctorat en littérature.

Il aurait sans doute fait ces changements plus tôt s’il avait été exposé à des modèles positifs de transsexuels, mais ils étaient rares dans les médias jusqu’à récemment, souligne-t-il. Signe des temps, des téléséries américaines, comme Orange Is the New Black, mettent désormais en vedette des personnages transsexuels loin de la caricature habituelle. Mieux, une vraie transsexuelle joue dans cette série, la sexy Laverne Cox (photo), qui a fait la une du magazine Time en juin. La culture trans se décline aussi dans les arts visuels et la littérature : fin septembre, Montréal accueillait l’exposition de photos Trans Time, et Samuel Champagne publiait en début d’année Garçon manqué (Éditions de Mortagne), un des premiers romans québécois pour ados dont le personnage principal est un jeune transsexuel.

Les astres s’alignent pour que les trans pren­nent leur place dans l’espace public. Grâce à la prise massive d’hormones, qui modifie rapidement les caractères sexuels secondaires — grain de la peau, pilosité, masse musculaire et répartition de la graisse corporelle —, les transsexuels peuvent vivre en société sous l’identité sexuelle de leur choix avant de subir une opération génitale. Nom­bre d’entre eux passent incognito… jusqu’à ce qu’on leur demande une pièce d’identité à la banque ou à l’aéroport, par exemple.

Le permis de conduire, la carte d’assurance maladie et l’acte de naissance comportent tous la mention « sexe ». Une petite case, « F » ou « M », que nous cochons machinalement sur les formulaires, mais qui est le cauchemar des trans. La Direction de l’état civil du Québec exige en effet qu’une opération génitale soit réalisée avant d’accepter de modifier cette mention.

En raison de ces foutus papiers d’identité, « certains trans n’arri­vent pas à se trouver un emploi ou un logement », dit Julie-Maude Beauchesne, présidente d’AlterHéros, un organisme voué à la démystification de la diversité sexuelle. Elle-même s’est déjà fait confisquer son permis de conduire par un policier zélé.

Un « F » figure maintenant sur son permis, mais elle continue de se battre pour les autres, surtout ceux qui ne souhaitent pas passer sur la table d’opération. « Beaucoup ne veulent pas aller jusque-là. Ils veulent simplement se faire appeler “madame” ou “monsieur” dans la vie de tous les jours. On veut “dégénitaliser” la transsexualité », dit-elle. Après huit ans de travail pour con­vaincre les élus, Julie-Maude Beauchesne et le Conseil québécois LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et trans) ont gagné une première manche, en décembre 2013. Le projet de loi 35, adopté à l’Assemblée nationale, modifiera le Code civil pour que le changement de la mention de sexe soit autorisé sans intervention chirurgicale préalable.

Mais un an plus tard, cet article de la loi n’est toujours pas en vigueur. Il pourrait l’être avant Noël, affirme-t-on au cabinet de la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. Il fallait pren­dre le temps de cerner ce « sujet délicat ».

Les trans ébranlent chez beaucoup d’entre nous de profondes convictions quant à la définition des mots « homme » et « femme ». C’est ce qui explique sans doute les réactions viscérales de certaines personnes, comme si la construction de leur propre identité était remise en question.

« Ce que ça remet en question, en fait, c’est la construction sociale des identités, les normes de genre que l’on impose aux garçons et aux filles dans notre société. Mais ces normes sont subjectives et artificielles », explique Françoise Susset, psychologue à l’Institut pour la santé des minorités sexuelles.

Les normes de genre définis­sent ce qui est féminin et masculin et s’expriment dans les comportements, les attitudes, l’habillement. Elles semblent même devenir de plus en plus rigides. « Il y a une trentaine d’années, garçons et filles pouvaient porter les mêmes vêtements unisexes. Il y a actuellement un processus de polarisation des genres. Vêtements et jouets sont de plus en plus stéréotypés, observe Françoise Susset. Dans ce contexte, on devrait voir les transsexuels comme des personnes qui peuvent nous gui­der hors de la prison des rôles sociosexuels, dans lesquels, encore en 2014, nous sommes tous enfermés. »

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Transsexuel
Personne qui s’identifie au sexe opposé à son sexe de naissance et entreprend des démarches légales ou médicales pour réduire ce conflit identitaire. On désigne la personne transsexuelle par le sexe auquel elle s’identifie : une femme transsexuelle est une personne née dans un corps d’homme qui fait des démarches pour être reconnue comme femme. Touche environ 1 personne sur 1 000.

Transgenre
Personne qui ne s’identifie qu’en partie ou pas du tout à son sexe de naissance. Elle peut se définir, par exemple, à 40 % femme et à 60 % homme, ou encore ressentir qu’elle n’appartient à aucun des deux genres. Elle tient surtout à la reconnaissance sociale de son identité de genre. Touche environ 1 personne sur 200.

Trans
Terme englobant transsexuels et transgenres.

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Si la tendance se maintient…

L’actualité du 15 avril 2016, selon Mathieu Charlebois

mathieu

CONFUSION AU SERVICE DES PICTOGRAMMES

« On ne sait plus quoi mettre sur le dessin ! » m’explique Guy Gariépy, dessinateur de pictogrammes de portes de toilettes depuis 40 ans. « Avant, c’était la petite madame en robe et le petit monsieur pas de robe. Aujourd’hui, il y a de tout. » Sa solution : ajouter une cravate au pictogramme de femme et un sac à main à celui d’homme.

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Solution : Scinder en deux les picogrammes H et F verticalement et horizontalement, le reconstituer en joignant ensemble les parties du haut et en inversant celles du bas. Résultat : en haut moitié homme à gauche et moitié femme à droite et en bas, moitié femme à gauche et moitié homme à droite.