Touche pas à ma bible !

Notre reportage sur les sites archéologiques en Terre Sainte a fait réagir vigoureusement dans tous les coins du Québec. Parole historique ou message de foi ? Des lecteurs se prononcent.


 

Il est regrettable que tous ces renseignements sur la Bible paraissent dans une revue populaire à fort tirage. Le public qui les reçoit n’est pas toujours préparé à les accueillir, d’autant plus qu’ils sont présentés en vrac, le plus souvent de façon à attirer l’œil, avec un souci certain d’assurer la vente du numéro.

Aucun bibliste n’ignore que la Bible contient des récits légendaires s’apparentant à des mythes déjà connus au Proche-Orient. Personne ne conteste non plus le fait que le Nouveau Testament fait abondamment référence au Premier Testament pour mieux affirmer que Jésus est le Messie attendu et emprunte des genres littéraires au milieu ambiant. La Bible a été écrite dans un milieu marqué par ses propres expressions culturelles, religieuses, sociales et ses modes de narration. Cependant, si on ne peut pas authentifier scientifiquement toutes les avancées bibliques et en démontrer toutes les assertions, ça ne prouve pas qu’il ne s’est rien passé, que tout a été inventé.

L’histoire dont témoigne la Bible est beaucoup plus riche qu’une succession de faits et de personnages ; elle constitue un approfondissement des origines du peuple juif et chrétien à la lumière de la foi. C’est de cette histoire issue de la foi du peuple de Dieu que rend compte la Bible. De la même façon, la parole de Dieu fait encore appel à la foi pour prendre place dans le cœur des croyantes et croyants d’aujourd’hui et permettre à Dieu de se faire connaître. L’archéologie ne peut rien enlever à ces écrits produits et lus au cœur des communautés croyantes. D’ailleurs, les nouveaux rapports établis entre l’archéologie et la Bible sont respectueux de la spécificité propre à chacun.

Cela étant dit, rappelons que le pape Pie XII a demandé, dans son encyclique Divino Afflante Spiritu (2e partie, § 3), que l’on tienne compte des différents genres littéraires de la Bible, pour avoir une juste interprétation des écrits. Cela signifie que déjà en 1943 le magistère de l’Église reconnaissait que l’ensemble du livre de la Bible n’a pas pour but de raconter des événements de façon journalistique, sous la forme d’un reportage que l’on pourrait vérifier spécifiquement, mais d’enseigner qui est le Dieu qui s’est fait connaître, comment il s’est choisi un peuple et a fait histoire avec lui afin de révéler son projet d’amour au monde. La richesse de ses écrits, passés au filtre de lectures et d’interprétations millénaires, réside dans ce que ceux-ci nous révèlent sur Dieu et sur la foi de son peuple.

Venons-en à la « question qui tue » : Jésus est-il né à Bethléem ou à Nazareth ? Encore là, il importe de revenir au genre littéraire « évangile ». Même si les Évangiles sont reconnus pour être la meilleure source historique portant sur Jésus, un « évangile » est d’abord une catéchèse sur Jésus, le Christ. Chacun à sa façon, à partir d’enseignements tirés de sources communes et particulières auxquelles ils avaient accès, selon les besoins des communautés chrétiennes auxquelles ils s’adressaient, les évangélistes ont présenté comment ils reconnaissent en Jésus de Nazareth le Messie attendu. Notons, à l’intention de ceux que l’histoire intéresse, que Flavius Joseph, historien du 1er siècle, mentionne ouvertement l’existence de Jésus dans son ouvrage Les Antiquités juives XVIII, III, 3.

Saint Marc n’a pas connu les récits de l’enfance de Jésus, tout au moins il n’en fait pas mention. Saint Jean introduit son Évangile par un long prologue portant sur le Verbe de Dieu incarné en Jésus. Matthieu et Luc ont connu une catéchèse sur l’enfance de Jésus. Dans ces passages, Matthieu insiste sur le rôle de Joseph, alors que Luc met davantage en évidence celui de Marie. Ces accents particuliers ne font qu’enrichir la mémoire chrétienne. Les deux enfants de Jésus s’entendent toutefois pour situer la naissance de Jésus à Bethléem, lieu de naissance de David. Est-ce que c’est pour accentuer la descendance davidique de Jésus et mieux faire ressortir le fait qu’il soit « roi d’Israël » ? Certains le croient, et c’est l’hypothèse retenue dans l’article de M. Côté. En a-t-on les preuves archéologiques (argument de base de l’auteur pour justifier toutes ses avancées) ? La réponse est non, pas plus d’ailleurs que pour Nazareth. Une chose est certaine : la naissance de Jésus à Bethléem porte le message que l’enfant qui vient de naître est le Messie attendu. La foi des premiers chrétiens s’exprime ainsi. Qu’il soit né à Bethléem ou à Nazareth ne change en rien cette affirmation de foi.

On peut pressentir que l’article de L’actualité n’est pas la dernière tentative visant à semer le doute chez les croyantes et croyants. Une formation biblique s’impose de plus en plus au cœur des communautés chrétiennes. Le dernier synode des évêques le rappelle. La seule homélie dominicale ne suffit plus à assurer la formation des croyantes et des croyants. Qui relèvera le défi ?

Raymond Dumais, bibliste
Institut de pastorale de l’ArchidiocÈse de Rimouski

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Aujourd’hui, on veut que je croie à la toute-puissance de la science de l’archéologie et de l’exégèse biblique, et que je cesse de croire que Jésus est né à Bethléem. Au début des années 1970, lorsque j’étudiais en diététique, on voulait que je croie à la toute-puissance de la science et que je cesse de croire dans les vertus particulières de l’huile d’olive. La « science » avait alors réussi à démontrer que l’huile de maïs et la margarine qu’on en tire étaient le top pour la santé, en raison de leur gras polyinsaturés. On connaît la suite… Ô dieu science, quand tu nous tiens…
Jacques Hébert
SAINT-JÉRÔME

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Il y a dans la Bible bien des histoires autour de la naissance spectaculaire de Jésus. Avec le temps, j’ai appris à lire ces textes avec un regard critique et objectif, ce qui n’a pas pour autant ébranlé ma foi. Je découvre un Christ historique qui a connu la douleur humaine. Son histoire ne diffère pas de la nôtre.
Joslyne Vierginat André
SAINT-LAURENT

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L’homme n’est pas encore parvenu à interpréter toute l’histoire biblique. La Bible est un livre ouvert. Personne sur la terre n’a le droit de le fermer et personne ne l’aura non plus.
Denis Blais
SHAWINIGAN

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Le reportage de Roch Côté est fort intéressant… mais peu original. En effet, depuis de nombreuses années, des articles visent à infirmer à peu près tout ce qui est écrit dans la Bible, et on finit par avoir une image tronquée de ces écrits. Bien que la Bible contienne de nombreux récits romancés, de grandes parties de cet ouvrage sont historiquement avérées et archéologiquement démontrées. À ce propos, l’ouvrage d’Israel Finkelstein ne contient pas de preuves irréfutables de ce qu’il avance. L’auteur ne fait qu’interpréter différemment ce qu’il voit. À quand un article qui présenterait — à la stupéfaction probable de vos lecteurs — les nombreux faits bibliques qui s’avèrent fondés selon les consensus actuels des archéologues et historiens ? Voilà qui ferait jaser !
Ugo Marsolais
SAINT-HUBERT

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Votre article sur la Bible était déplacé à l’approche de Noël. Pourquoi ne pas en publier un sur la religion de la paix ? Jésus n’a jamais dit de tuer les infidèles ni les jeunes filles, comme un père l’a fait à Mississauga, en Ontario, l’an dernier.
Jean Paul Struyven
PETERBOROUGH (ONT.)

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Un rapport présenté par le réseau PBS sur des fouilles archéologiques menées sur le site de Jéricho conclut que la ville a été détruite et incendiée de l’intérieur par ses propres citoyens, en révolte contre des abus de pouvoir. Ces villageois auraient accueilli un petit groupe de réfugiés du désert, d’origine égyptienne, et adopté leur idéologie, jugée assez égalitaire. Ces faits pourraient bien avoir inspiré l’épopée d’un dénommé Moïse et d’une ville anéantie par miracle. Les Juifs seraient donc les premiers « marxistes » de l’histoire.
Jean Marie Beaucage
REPENTIGNY

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Le recours au terme « enquête » pour désigner l’ensemble de vos articles et l’utilisation du point d’interrogation dans le titre « Une histoire inventée ? » me laissent perplexe. Premièrement, une enquête devrait étudier l’ensemble des données sur la question. J’estime que l’exercice proposé manque de rigueur, car une seule spécialiste de tendance rationaliste a été consultée pour les faits se rapportant au Nouveau Testament. Il faut savoir qu’il y a des exégètes catholiques ou protestants qui croient aux récits de la naissance de Jésus tels qu’ils sont présentés dans les Évangiles. Deuxièmement, c’est avec un point d’exclamation, et non d’interrogation, qu’il aurait fallu ponctuer le titre. En effet, un seul spécialiste, soit un archéologue révisionniste, a exposé ses thèses dans le texte. Il faudrait lire l’article « Des recensions et critiques de La Bible dévoilée », dans Wikipédia, pour constater que cet ouvrage est tendancieux. Bref, une enquête et une question subjectives font de la Bible une histoire inventée ! À l’approche de la période des Fêtes, il aurait plutôt fallu comprendre la vraie histoire de la Bible : l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ.
Alain Normandin
SHERBROOKE

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Nous pouvons historiquement prouver la naissance de Jésus. Né sous Hérode le Grand en l’an 4 de notre ère. Mais, en définitive, il faut en revenir à notre foi. Si vous ne l’avez point, continuez à chercher un sens à votre vie.
Hervé Caron
LAVAL

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Cet article est ridicule et révoltant, pour ne pas dire déprimant, tellement on en lit de semblables depuis quelque temps. Les historiens pathétiques, ce sont justement ceux qui ne considèrent pas la Bible comme un document historique. Les Évangiles ont été écrits après la vie de Jésus ; il était donc normal pour leurs auteurs, des hommes normaux, d’oublier certains détails. J’ai acheté votre magazine en kiosque et je regrette d’avoir payé pour une telle absurdité. Le reste du magazine était toutefois intéressant.
Marc-Antoine Légaré
SAINT-EUSTACHE

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