Tout ça dans un petit vaccin

Rarement un homme a-t-il été aussi heureux d’avoir mal au bras que notre chroniqueur, le lendemain de son vaccin. Récit de son émerveillement quant à l’efficacité de la campagne en cours.

portishead1, FilippoBacci, Kemal Yildirim / Getty Images / Montage L'actualité

Je n’ai pas pris de selfie de vaccin.

Je n’ai rien contre la pratique, bien au contraire. Chaque autoportrait post-piqûre que je croise sur Facebook, c’est une personne que j’aime en sécurité. Chaque photo est donc réjouissante. Inspirante. Plus que l’inévitable joke de 5G qui vient avec, en tout cas. (Oh, vraiment, Sylvain ? Internet va plus vite chez vous depuis ton vaccin ? Je n’avais pas ri de même depuis la fois où mon chien s’est fait écraser.)

Je n’ai pas pris de selfie de vaccin, disais-je donc. De un, j’étais trop occupé à essayer d’oublier qu’on rentrait une aiguille dans ma chair, et oh shit shit shit, je sens l’aiguille rentrer, haaaaaaaa, respire respire respire. Et de deux, c’est difficile de prendre une bonne photo à travers le flou des larmes.

Parce que oui, j’ai pleuré. Un peu.

De soulagement, bien sûr. Comme tout le monde, j’ai hâte que ce soit terminé. J’ai hâte de n’aller nulle part et de ne voir personne, mais par choix.

J’étais aussi un peu ému de voir « la machine » fonctionner aussi bien. Le ministère de la Santé a organisé tout ça juste avec des fax ? Impressionnant. Ça m’a rappelé pourquoi je me fâche si souvent au sujet de la politique. On m’a souvent décrit, moi et mes blagues, comme un cynique.

Je ne suis pas cynique ; je suis ambitieux.

Cette campagne de vaccination, c’est l’État qui fonctionne. Pour une fois, diront certains. C’est le gouvernement qui met toutes ses énergies à la bonne place, entre deux tentatives de faire passer des autoroutes pour du développement durable. C’est la meilleure version possible de la mise en commun des ressources, comme un potluck sans les trois personnes qui apportent du pain. On ne devrait jamais se contenter de moins que ça.

Mais surtout, je repensais à un balado écouté la veille, à propos du premier vaccin, celui contre la variole.

Imaginez… Vous vivez au VIIe siècle, en Inde, et vous priez Shitala Mata, déesse de la variole.

Vous en guérissez ? C’est grâce à elle. Vous en mourez ? C’est sa faute. Contrairement au Dieu chrétien, Shitala ne prend pas de pause le dimanche. On en meurt tous les jours.

Imaginez encore… Vous vivez en 1520, tranquille, dans ce qu’on appellera par la suite l’Amérique du Sud. Vous serrez la main d’un Européen pour la première fois. C’était avant le Purell, et cette poignée de main avec extra-variole va décimer l’Empire inca bien plus efficacement que les mousquets espagnols.

À la même époque, mais en Chine cette fois, on vous propose de sniffer une petite poudre. « Qu’est-ce ? », demandez-vous. « C’est ce qu’on a obtenu en grattant la cicatrice d’une personne malade de la variole », vous répond-on. « Oh ! » Netflix n’a pas encore été inventé et il n’y a pas grand-chose à faire pour se désennuyer, alors vous acceptez. Vos chances de survivre à la prochaine épidémie augmentent un peu.

Imaginez toujours… Vous vivez à la fin du XVIIIe siècle, et on vous injecte du pus prélevé dans les plaies d’une vache atteinte d’un genre de variole bovine, parce qu’on a remarqué que les femmes qui traient les vaches ne meurent jamais de la variole. C’est bizarre, mais ça reste mieux que de finir sa vie couvert de pustules.

Imaginez encore… Vous naissez en 1980 et une maladie qui a tué des milliards d’enfants et d’adultes à travers l’histoire est désormais officiellement disparue de la surface de la Terre.

Pas besoin d’imaginer le reste. Nous sommes en 2021, et je reçois le vaccin contre la COVID. La chaise sur laquelle je fais semblant de ne pas avoir peur des aiguilles est placée au sommet d’une montagne de connaissances humaines dont la hauteur me donne le vertige.

On aimerait que le vaccin vienne avec un sentiment d’invulnérabilité, et sortir de là avec l’impression qu’on peut traverser la rue sans regarder tellement on est en sécurité. À la place, on obtient… presque rien, sinon un mal de bras le lendemain. Pour les vrais résultats, il faut encore attendre que le vaccin fasse effet en nous, et dans le bras du voisin, et dans le bras du voisin du voisin. Sans oublier la deuxième dose.

En attendant, on ouvre Facebook, on voit défiler un paquet de selfies de vaccins, on devine les sourires sous les masques et ça fait du bien. Quelle belle ironie que la sortie de ces longs mois d’isolement et de solitude passe par faire quelque chose tous ensemble. Vous, moi, et ceux qui sont passés avant nous, qui ont dit « Du pus de vache ? Envoie-moi ça dans le bras ! »

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Merci beaucoup pour ce petit rappel de l’évolution et de l’utilité des vaccins, il contribuera sans doute à augmenter notre pourcentage de vaccinés. Mais bien sûr, le seul effet qu’il fera aux conspirationnistes purs et durs (les rares qui risquent de vous lire), c’est de les mettre en colère. Je ne sais pas si le profond fossé entre Québécois qu’a creusé la pandémie se refermera un jour. Un de mes amis de longue date a embarqué très tôt dans le bateau qu’a construit Didier Raoult avec la chloroquine, ce qui l’a par la suite amené à devenir un sympathisant de Jair Bolsonaro, un type qui semble aujourd’hui se servir de la fausse solution qu’est la chloroquine pour empirer l’épidémie à son profit. Mon ancien ami et moi, nous avons eu l’été dernier quelques discussions acerbes et une querelle finale très amère. Comme nous avons tous deux presque 70 ans, je ne crois pas qu’il nous reste assez de temps pour cheminer jusqu’à un pardon mutuel. J’imagine que ce genre d’histoire est arrivé à de nombreuses personnes en privé, pendant que les leaders antimasques déployaient dans l’espace public une vague de mépris et de haine à l’endroit de ceux qu’ils appellent «moutons». Quand la poussière sera retombée, il faudra composer avec les conséquences de tout cela, et ce ne sera pas facile.

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Il est en effet très dommage que votre discussion sur la philosophie du Pr Raoûlt ait créé un froid (peut-être insurmontable entre vous et votre (vos amis)) . Cela démontre que l’un et l’autre êtes incapables d’accepter que l’autre ait droit à ses idées et croyances sans en venir au coups et à la guerre. C’est ce qu’on appelle ¨vouloir convaincre à tout prix¨ en ayant la certitude de détenir LA Vérité .
Personnellement, je ne suis ni conspirationniste, ni complotiste ou anti-vaccin ou quoique ce soit du genre. Je suis vacciné et j’attends ma deuxième dose d’ici juillet, étant dans votre tranche d’âge aussi.
Par contre, m’ayant renseigné sur le protocole du Pr Raoûlt, il n’en demeure pas moins, et ce malgré votre conviction sous-entendue de charlatanisme, il est un fait indéniable que ce dernier est et reste une sommité mondiale en infectiologie, et que si son protocole avait été suivi, bien des vies auraient été sauvées. Il n’a jamais prétendu que la chloroquine était LE remède à la Covid, mais qu’elle était un excellent médicament préventif de traitement.
Cela n’a pas empêché le politique et le BigPharma d’avoir eu raison de lui… avec les moyen$$$.