Travailler en coloriant un narval

Parents qui essayez de travailler tout en vous occupant de vos enfants, faites attention à vous, dit Léa Stréliski : si le coronavirus attaque les poumons, il se peut qu’à la longue, il vous gruge aussi la tête.

J’essaie d’écrire là, mais j’ai un narval à colorier. La personne qui veut que je le colorie m’indique qu’elle, elle prend ce crayon-là, mais que moi, je dois prendre ce crayon-ci. Le narval est sur une grande, grande feuille. Ma fille a fait le contour d’un de ses toutous. On a collé la feuille sur la table de la cuisine, sinon elle tenait mal parce qu’elle vient d’un rouleau. (Calmez-vous. Oui, j’ai dit rouleau).

La situation, malgré les blagues que je continue de faire chaque jour, reste tendue. Il neige mi-mars et on s’en fout. On est enfermés. J’essaie d’écrire, mais quelqu’un chante Coton ouaté en coloriant un cétacé. Ainsi va le quotidien des parents ces temps-ci. Du travail, mais du travail en ayant mal à la tête. Je déteste faire deux choses en même temps. Ma santé mentale de mère qui bosse tient à ça : savoir tout faire, mais une seule chose à la fois. C’est sur ce principe que j’ai échafaudé mon monde. Quand je suis avec mes enfants, je suis avec mes enfants. Quand je travaille, je travaille. Sinon je vire folle…

Je suis travailleuse autonome depuis presque 20 ans. J’ai des enfants depuis 10. Je déteste faire ce que j’appelle du split-screen. Sur un côté de ton écran, T’choupi va à la ferme. Sur l’autre, tu as un dossier de boulot que tu essaies de régler. 

Se faire interrompre est à la base assez frustrant pour les parents, mais intrinsèquement… Attendez, je dois aller voir le narval sous la mer. Elle a bientôt fini de le colorier… Il est très beau, multicolore. 

Se faire interrompre fait intrinsèquement partie de notre job parental, disais-je. J’entends tellement pas la fin des phrases de mon mari que j’ai fini par vouloir utiliser mon temps d’antenne à la radio pour lui parler. 

Ah… Attendez, je dois aller faire des cœurs sur une feuille. Elle a envie que je me lève et que j’aille faire des cœurs. Le télétravail, c’est ça. Se faire interrompre aux deux minutes. On ne sait pas vraiment combien de temps cette situation sanitaire va durer. Mais je pense qu’on doit faire attention. Il se peut que rapidement, notre santé mentale soit affectée. Le contexte est anxiogène et risque d’exacerber les tensions normales et déjà présentes dans nos relations, nos couples, nos dynamiques familiales. 

On doit s’en protéger. Le virus attaque les poumons, il se peut qu’à la longue, il nous gruge aussi la tête. Ce n’est déjà pas facile d’écrire un texte en coloriant un narval, une pandémie rajoute peut-être un léger stress. Soyez vigilant, ne laissez pas cette cochonnerie bouffer ce que vous avez de plus cher.

Le narval multicolore est terminé. Je m’en vais voir de quoi il a l’air.  

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