Un acquis fragile

On peut s’étonner du désarroi de ces jeunes femmes instruites qui révèlent sur les réseaux sociaux qu’un homme influent leur a mis la main sur la cuisse et qu’elles n’ont pas su le rabrouer.

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La manif «La rue, la nuit, femmes sans peur» de 2010. Les luttes des années 1980 ne sont pas terminées… – Photo : François Pesant

Leurs parents auraient-ils donc tort de croire leur avoir donné tout le coffre à outils de l’estime de soi, de la force intérieure et de la protection légale ? Des sociologues nous diront un jour pourquoi elles n’utilisent pas les armes à leur disposition.

Je fais partie de cette génération qui a marché dans la rue, la nuit, à la fin des années 1970, en scandant : « La rue, la nuit, femmes sans peur. »

C’était une autre époque. La loi ne punissait pas les hommes qui battaient leur épouse. Et sur le marché du travail, dire non se payait au prix fort.

Mais les femmes étaient en marche. Égalité des salaires, partage du patrimoine, protocole policier d’accueil des victimes de violence, loi contre le harcèlement, nouvelles règles de conduite dans les milieux de travail… Des lois changeaient.

La sécurité physique des femmes, pensait-on alors, dépendait autant de leur indépendance économique que des policiers. L’éducation, la culture, les médias étaient autant de murs qu’il fallait percer pour changer l’image des femmes. Sur ces fronts-là aussi des femmes et des hommes combattaient. Au cinéma, c’était l’époque de Thelma et Louise, qui avaient la gâchette facile, et de Sigourney Weaver qui flinguait l’Alien. L’Américaine Farrah Fawcett triomphait dans le rôle d’une mère de trois enfants qui avait mis le feu au lit dans lequel dormait son mari violent, la police étant impuissante à la pro­téger. Nous suivions des cours d’autodéfense. La peur ne régirait pas nos vies.

Des hommes aussi changeaient. La manif des femmes sans peur a cessé, faute de rage nourricière. Et puis, des années plus tard, des voix ont dénoncé « les hommes roses », qui n’étaient plus « des vrais gars ». Et « Blur­red Lines » (lignes floues) devint une chanson populaire.

La tornade qui ravage les réseaux sociaux est-elle un signe que le vent tourne à nouveau ? La manif des femmes sans peur est réapparue à Montréal en 2010. Un nouveau cycle s’amorce peut-être. Dommage que ce soit à coups de dénonciations qui, faute de nommer les présumés agresseurs, font peser sur des dizaines d’hommes des soupçons ignobles.

Le Québec est l’un des endroits les plus sécuritaires au monde. Ses protocoles d’intervention policière en matière de violence sexuelle font l’envie de bien des pays. Pour endiguer la peur que certaines disent encore avoir chevillée au corps, reste-t-il des outils non utilisés ?

Au Parlement du Canada, il faut absolument établir des recours pour les députés. Les gestes d’hier ne doivent pas rester impunis.

L’affaire Ghomeshi a déclenché un tsunami. Pourtant, c’est une classique affaire de pouvoir, dans un milieu de travail toxique où personne n’a osé mettre sa carrière en danger pour défendre son droit, ou celui de ses collègues, à un climat exempt de harcèlement.

Si cette malheureuse histoire apporte quelques changements dans des milieux à indice d’octane élevé de pouvoir, ce sera ça de pris. Une génération découvre que l’égalité est un acquis fragile, soumis aux grands vents de l’acceptabilité sociale des comportements et qui doit être défendu. Parce que nos lits ont déjà brûlé. Et qu’ils pourraient brûler encore.

* * *

La sonde européenne Rosetta a percé, ces derniers jours, les secrets d’une comète, à 500 millions de kilomètres de la Terre. Il faut saluer l’exploit des hommes et des femmes qui œuvrent à nous faire voir plus loin… Et continuer de rêver que c’est ensemble que nous conquerrons le monde.

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1 commentaire
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Il faut que les générations future assistent à des cours de civisme ,des cours de comportement pendant leurs études primaire et secondaire. Il faut que Les jeunes garçons réalisent que certain comportements vis a vis des filles est indécent, rétrograde et passé date, Il faut que la honte habite les jeunes qui ont ces comportements, Ils ne faut pas attendre qu’ils deviennent adulte,c’est trop tard. Il faut aussi renforcer la volonté des jeunes filles a stopper et dénoncer ces comportements , leur inculpés un droit indéniable a se faire respecter. Ilf faut que les professeurs et les parents interviennent énergiquement au moindre gestes suspects envers les filles qui font partis de leur environnement. Il faut que les jeunes garçons prennent conscience que leurs agissements envers les filles doit être un respect constant et que le contraire serait une faiblesse, une lacune à corriger .