Un campus de quartier dans Centre-Sud

Depuis un an, la commission scolaire de Montréal a investi un million de dollars dans l’école secondaire Pierre-Dupuy, dans le quartier Centre-Sud. Elle rêve maintenant de créer un « campus » !

Un campus de quartier dans Centre-Sud
Robert Ledoux – Photos : Mathieu Rivard

Il y a deux ans, Fabienne et Laurent Gimonet ont magasiné l’école secondaire publique de leur fils, Philippe. Après quelques visites, ces Français d’origine, établis à Montréal depuis près de 20 ans, ont choisi l’unique école secondaire de leur quartier, Pierre-Dupuy, qui traîne pourtant une mauvaise réputation. Ils ne l’ont pas regretté. « L’école est propre, les élèves sont bien encadrés et les enseignants ne comptent pas leurs heures », dit la mère, âgée de 48 ans. Guide au Musée McCord d’histoire canadienne, elle siège au conseil d’établissement, ainsi que son mari.

Située dans le Centre-Sud, quartier défavorisé à l’est du centre-ville (revenu familial médian de 35 000 dollars), Pierre-Dupuy fait depuis longtemps figure de cancre. Son taux de décrochage est le plus élevé de la métropole : en 2007-2008, plus des trois quarts de ses élèves ont abandonné leurs études sans avoir obtenu leur diplôme. Mais cette situation est en voie de s’améliorer.

Depuis l’automne 2008, la commission scolaire de Montréal (CSDM) a investi un million de dollars dans l’école. Elle en investira presque autant l’an prochain. « Il faut donner un coup de barre », dit sa présidente, Diane De Courcy. Pierre-Dupuy figure au bas du palmarès des écoles secondaires que publie L’actualité depuis 10 ans. La CSDM nie toutefois avoir agi en raison de ce classement.

Grâce au million de dollars investis, l’école s’est équipée de 24 tableaux blancs interactifs (TBI), devenant ainsi la première « cyberécole » de la CSDM. Trois enseignants, un psychologue, un technicien en loisirs et un conseiller pédagogique, notamment, ont grossi ses rangs. Un mur d’escalade a même été aménagé dans le gymnase, tandis que des tables de ping-pong et des consoles de jeu vidéo Wii ont été installées dans une salle de récréation. Devant l’école, deux terrains de minisoccer recouverts de matériau synthétique ont aussi été aménagés grâce à la collaboration de la Ville de Montréal. « Ils n’ont pas été abîmés ni vandalisés », dit, en les montrant, Robert Ledoux, que la CSDM a recruté à titre de chargé de projet dans le Centre-Sud. « Les résidants du quartier en sont fiers. »

Tous ces efforts ont été fournis parce que la CSDM voit grand non seulement pour l’école Pierre-Dupuy, mais pour tout le Centre-Sud, qui abrite une population en moyenne peu scolarisée et de plus en plus multiethnique. Elle rêve d’y créer un jour un « campus », c’est-à-dire un réseau qui regroupera les cinq écoles primaires, en plus de Pierre-Dupuy. Ainsi, les élèves de l’une des écoles primaires pourraient suivre un cours spécialisé ou un programme particulier sans sélection (par exemple en art dramatique, en horti­culture ou en gastronomie) dans une école voisine spécialisée dans ce domaine. « C’est peut-être ça l’avenir, dit Diane De Courcy : offrir des programmes particuliers non pas dans une seule école, mais dans plusieurs situées dans le même quartier. »

Dans cet esprit, la CSDM a mis en service, l’an dernier, une navette qui relie entre elles les écoles primaires et secondaire du Centre-Sud. En ce matin d’octobre, une dizaine de mousses de l’école primaire Saint-Anselme montent, avec leur enseignante, dans l’autobus jaune qui leur sert de navette. Ces élèves de maternelle suivent, pour une période de 10 semaines, des ateliers d’horticulture dans un beau laboratoire de l’école Garneau, siège du « 80, ruelle de l’Avenir » (voir « Gaz Métro et sa ruelle », 15 oct. 2009).

Leur enseignante, Sylvie Roy, apprécie le concept. « Nous avons accès à des locaux bien équipés, entre autres de profonds éviers. À notre école, j’aurais dû donner le cours dans la salle des enseignants. Nous aurions été constamment dérangés. » À Garneau, elle bénéficie en outre de l’assistance d’un animateur de Projet 80, organisme qui offre des activités de loisir dans le quartier. Un bémol, cependant. « On est parfois contraints de prendre un autobus de la ville, car la navette a déjà été réservée par d’autres classes », se plaint un brin la femme de 50 ans.

Le « campus » va bon train. Chaque école primaire élabore une activité parascolaire particulière à laquelle tous les élèves du quartier pourraient participer dès septembre, espère Diane De Courcy. L’école Pierre-Dupuy, elle, fait tout pour attirer dans ses murs les jeunes du quartier, tentés d’aller étudier ailleurs. Pendant l’année scolaire, elle organise dans son gymnase trois tournois de soccer entre les écoles primaires du quartier. « Cela permet aux enfants et aux parents de découvrir leur école secondaire », dit Robert Ledoux.

Directeur d’école à la retraite, Robert Ledoux, 58 ans, est le nouveau « standardiste » du Centre-Sud ! Il assure la liaison entre Pierre-Dupuy, les écoles primaires, le Centre de santé et de services sociaux Jeanne-Mance, les organismes communautaires, la police et la Ville, qui mènent de concert des activités dans le quartier – notamment l’aménagement d’une clinique de pédiatrie sociale à l’école primaire Champlain. « Je « branche » les gens entre eux, dit Robert Ledoux, un petit barbu grisonnant. Il faut se concerter si l’on veut améliorer la qualité de la vie dans le quartier. » Et le sort des jeunes.

La directrice de Pierre-Dupuy, Ginette Rioux, est aussi bien déterminée à redorer le blason de son établissement. Cette femme de 56 ans, qui a elle-même choisi de travailler à Pierre-Dupuy, note déjà des progrès. En 2008-2009, 14 des 34 diplômés de l’école ont poursuivi leurs études au cégep, contre 2 sur 27 l’année précédente. « Ce taux de 41 % est le meilleur depuis cinq ans », dit-elle. Mais il y a mieux. « Des élèves de 5e ne voulaient plus s’en aller, en juin dernier, parce que Pierre-Dupuy était enfin en train de devenir, disaient-ils, « une vraie école »… »

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