Un club de hockey et… de lecture!

De jeunes joueurs de hockey du Nouveau-Brunswick participent à un club de lecture mis sur pied par leur entraîneur. Parce que savoir lire, ça compte !

Un club de hockey et… de lecture !
Photo : C. Burston

Comme tous les lundis d’hiver, c’est jour d’entraînement pour les Capitals de Shediac, équipe de hockey du sud-est du Nouveau-Brunswick. Pendant une heure, les joueurs de 9 et 10 ans enchaînent les exercices sous le regard attentif de leur entraîneur, Shane Doiron. Et leurs efforts ne s’arrêtent pas au dernier coup de sifflet. Lorsqu’ils quittent la glace, un autre entraînement les attend…

Dans le vestiaire, ils rangent leur équipement et sortent de leur sac une pochette en plastique. À l’intérieur ? Un roman jeunesse, un cahier, un crayon ! Tous les lundis, ces jeunes Acadiens discutent en petits groupes de la dizaine de pages qu’ils ont lues à la maison au cours de la semaine précédente. Leur entraîneur et quelques papas animent les échanges. «Aujourd’hui, un jeune m’a dit qu’il avait appris 14 mots en cinq pages ! » dit Shane Doiron.

C’est pour encourager ses joueurs à lire que cet Acadien de 36 ans, ex-hockeyeur et père de trois enfants, a lancé cette initiative il y a trois ans. Partout au Canada, les garçons éprouvent plus de difficultés que les filles en lecture – un important facteur de risque dans le décrochage scolaire. La situation est encore plus alarmante chez les élèves francophones du Nouveau-Brunswick, qui ont les pires résultats en la matière au pays.

Shane Doiron a lui-même pâti de ses difficultés en lecture. Ce fils d’une directrice d’école a grandi à Cap-Pelé, village côtier du sud-est de la province, où l’on parle le chiac (mélange d’anglais et de français). Il a délaissé ses études pendant quatre ans pour jouer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Mais ce défenseur de 90 kilos aux épaules carrées n’est pas parvenu à se hisser jusqu’aux équipes professionnelles. Le retour sur les bancs d’école a été difficile. « À l’Université de Moncton, je devais lire deux ou trois fois la même page pour comprendre », avoue-t-il.

Après un an, Shane s’est résigné à abandonner ses cours… et sa place dans les Aigles Bleus, l’équipe universitaire. « Un deuxième deuil », confie-t-il. Depuis, il a obtenu un diplôme de technicien en génie civil. Et s’est mis à la lecture. L’entraîneur, qui dévore désormais des briques de 500 pages, tente aujourd’hui de transmettre sa passion à ses joueurs.

Manon Jolicœur, chargée de cours en éducation à l’Université de Moncton, a aidé Shane Doiron à mettre sur pied son groupe de lecture dans le contexte de sa maîtrise. Elle a notamment sélectionné des romans en tenant compte des goûts des jeunes, dont Zamboni, de François Gravel (Boréal), La coupe Stanley, de Marc Couture (Phoenix), et La carte de hockey magique, de Michel Foisy (aux éditions du même nom). Des histoires de hockey qui ont « scoré ». « L’entraîneur a une grande influence, dit Manon Jolicœur, qui étudie pour son doctorat les facteurs de motivation à la lecture. Des jeunes ont dit à leurs parents qu’ils n’oseraient pas se présenter dans le vestiaire sans avoir lu ! »

Grâce à cette initiative, les joueurs ont tous découvert le plaisir de lire, affirme Manon Jolicœur, qui les a interviewés. Cer­tains ont même marqué des points dans leur bulletin. « Avant, j’avais C en lecture, dit le petit Sheldon, qui a lu cinq livres au sein du club. Maintenant, j’ai B. » Luc Drisdelle a pour sa part noté chez son fils une amélioration en mathématiques. « Il comprend mieux ses problèmes », dit le papa, un des animateurs du cercle littéraire.

Le fils de Shane Doiron, lui, est très motivé. « Le soir, il me dit : « Papa, viens, il faut qu’on fasse la lecture ! » », raconte l’entraîneur. C’est l’occasion pour eux de passer un moment privilégié ensemble. « J’encourage tous les papas à faire de même », dit l’entraîneur. Qui sait, s’ils se mettent de la partie, les hommes parviendront peut-être à mettre en échec le décrochage scolaire de leurs garçons…

 

Shane Doiron. Après l’entraînement sur la glace, ses jeunes joueurs
et lui discutent de livres dans le vestiaire. (Photo : Cole Burston)