Un congé sabbatique… à 19 ans

Faire une pause avant d’entrer à l’université : bonne idée ou perte de temps et d’argent ?

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Le congé sabbatique est en hausse chez les jeunes, qui veulent vivre de nouvelles expériences, mieux se connaître et trouver leur voie. « Depuis la réforme scolaire, le cheminement est plus individualisé et les étudiants peuvent y intégrer une période de repos et de réflexion », dit Jean-François Jarry, conseiller d’orientation au collège de Maisonneuve, à Montréal.

Difficile d’avoir des chiffres exacts sur le phénomène. Les dernières données de Statistique Canada (Enquête auprès des jeunes en transition, publiée en 2011) indiquent que près du tiers des jeunes au pays font une pause d’au moins quatre mois entre le secondaire et les études supérieures, généralement pour travailler afin de payer leurs études.

Au Québec, la proportion de personnes qui font ce choix est de 15 % après le secondaire. Non seulement les jeunes doivent y fréquenter le cégep avant d’aller à l’université, mais le coût des études supérieures y est moins élevé que dans les autres provinces. C’est donc souvent après une ou deux sessions au cégep que les étudiants vont céder à l’appel du congé sabbatique, ou encore après l’obtention de leur diplôme d’études collégiales. Dans ce dernier cas, les universités se montrent compréhensives à leur égard : à McGill, notamment, les nouveaux admis peuvent prendre un an de congé avant de com­mencer leur bac (sauf en médecine, en médecine dentaire et en droit).

Selon un sondage CROP-L’actualité, 49 % des répondants, toutes générations confondues, jugent que la sabbatique chez les jeunes est une « expérience intéressante, voire un enrichissement personnel », contre 30 % qui y voient une « perte de temps et d’argent » (20 % ne se prononcent pas). Chose certaine, tous n’en retirent pas les mêmes bénéfices. Profitable pour les uns, une sabbatique peut s’avérer infructueuse, ou même néfaste, pour d’autres. Le point avec Jean-François Jarry.

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Y a-t-il un moment idéal pour entamer un congé sabbatique ?

Le moment choisi a peu d’importance, mais il est fortement recommandé de l’amorcer une fois la session terminée, ou de respecter les échéanciers d’annu­lation. Mis à part une raison valable, comme la maladie ou le décès d’un proche, si l’étudiant décide de cesser ses cours au beau milieu d’une session, il récoltera un échec qui restera dans son dossier scolaire. Ses notes et sa cote de rendement au collégial, la cote R, seront touchées, et ce sera difficile à rattraper.

Quels sont les avantages d’une telle coupure ?

Certains étudiants sont désillusionnés, démotivés, surtout dans le cas de programmes généraux préuniversitaires qui ne leur semblent pas assez concrets. C’est plus rare chez ceux du secteur technique. LAT04_ENTRETIEN_JARRY_exergue

Une coupure peut leur permettre de trouver un sens à leurs études après avoir pris le temps de réfléchir à leur projet de carrière, ou de saisir la valeur de l’éducation après avoir occupé un emploi peu motivant.

Quoi qu’il en soit, une coupure permet aussi de gagner en maturité, en confiance, en autonomie financière, ou d’avoir un meilleur sens des responsabilités. Mais attention : si la sabbatique se résume à occuper un emploi rémunéré, cela peut limiter l’accessibilité à l’aide financière aux études. Il faut donc penser à économiser pendant son congé ! L’étudiant risque par ailleurs de s’habituer à un train de vie élevé et d’avoir moins le goût de revenir sur les bancs d’école.

Est-ce souvent le cas ?

Étudier implique des sacrifices et de la discipline : on s’en rend moins compte quand on est en plein dedans ! Après un arrêt, le retour peut être ardu. Selon la durée du congé, on peut aussi oublier des notions indispensables à la compréhension des prochains cours. Dans certaines matières, comme les mathématiques, on perd rapidement la main si on ne répète pas les opérations de façon régulière.

Bien des parents redoutent de voir leur jeune retarder ses études, et donc, son entrée sur le marché du travail. Quelles questions devraient-ils lui poser avant qu’il franchisse le pas ?

D’abord, ils devraient lui demander d’où lui vient l’idée de prendre un congé. Si problème il y a, peut-il le régler autrement ? Pourquoi, par exem­ple, ne pas réduire la charge d’études en prolongeant le cégep de une ou deux sessions ? Les parents peuvent aussi demander au jeune d’énumérer les inconvénients d’un tel congé pour voir s’il est conscient des conséquences possibles.

Y a-t-il des étudiants auxquels vous le déconseillez ?

Je ne peux pas dire aux gens quoi faire, mais je les pousse à s’interroger. Avant de se lancer, il faut être conscient de ses ressources et de ses obstacles. Souvent, l’étudiant se rend compte par lui-même qu’il manque d’organisation, qu’il est trop porté à la procrastination ou à passer de longues journées à jouer à des jeux vidéos et à dormir.

Planifier son congé donne de meilleures chances de l’optimiser. Ce n’est toutefois pas une garantie de réussite. Même quelqu’un d’ultra-organisé peut être déçu de sa sabbatique, et il arrive que le congé ne mène à aucune réflexion concluante.


TQcBP

Devrait-on valoriser le congé sabbatique chez les jeunes ? Nicolas Gagnon-McMahon et Mylène Laliberté ont fait une pause dans leurs études pour voyager et effectuer du travail humanitaire. Ils racontent à Guylaine Tremblay comment ce temps d’arrêt a été déterminant dans leur vie. Ne manquez pas l’émission Banc public, le 28 mars à 21 h sur les ondes de Télé-Québec.