Un demi-tour de calèche pour monsieur le maire

C’est la méthode Coderre: annoncer d’abord, vérifier après si ça se tient.

Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne
Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne

Les temps sont durs pour les moyens de transport parallèles à Montréal.

Quand ce n’est pas la station de Bixi qui est vide, c’est l’arrêt d’autobus qui a été déplacé pour cause de travaux. Bonne chance pour le retrouver: selon les indications écrites au feutre sur un carton, celui-ci est maintenant quelque part à Oslo ou à Puvirnituq, ce n’est pas clair. Ce n’est JAMAIS clair.

Pas le choix, il faudra prendre une voiture. Vite, on sort son téléphone, on ouvre une appli et… on texte à notre ami Hubert Thibodeau pour savoir s’il peut nous donner un lift.

Quand rien de tout ça ne fonctionne, il nous reste toujours la bonne vieille calèche. Haaaaa, le plaisir de payer cher pour se promener lentement dans un véhicule du passé, la narine gauche dans l’échappement des voitures, la droite dans la douce odeur du crottin. Enchanteur.

Pour les couples qui considèrent la fondue au fromage de l’épicerie comme le summum du romantisme, la balade en calèche dans le Vieux-Port est assurément un incontournable du voyage en amoureux à Montréal.

Pour l’apprécier, il suffit de se blottir contre sa douce sur le banc arrière et d’oublier ensemble que notre bonheur éphémère repose sur la vie malheureuse d’un cheval qui passera ses journées à trottiner sur de l’asphalte entre les autos, dans la nature bucolique de Montréal en 2016.

Au fil de la promenade, notre esprit vagabonde. On se demande alors si, quelque part en 2116, un petit couple montera dans une Honda Civic pour une balade romantique «comme dans le bon vieux temps». Probablement pas.


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Vous aurez deviné que je ne suis pas le plus grand amateur des calèches de Montréal. Denis Coderre non plus. Au point qu’il s’est levé un matin et a décidé de décréter un moratoire d’un an sur les calèches.

L’annonce s’est faite de façon cavalière, probablement pour être thématique.

La cinquantaine de conducteurs de calèche avaient une semaine pour trouver un nouvel emploi et un endroit où placer leur cheval. Dans le garage des beaux-parents, à côté des pneus d’hiver, peut-être?

Hier, la Cour supérieure a invalidé le moratoire. «Comment les cochers vont-ils vivre? Qu’adviendra-t-il des chevaux?» s’est demandé le juge, qui a visiblement mis plus de réflexion dans son verdict que Denis Coderre en avait mis dans son annonce.

Il faut comprendre le maire: il est monté sur ses grands chevaux (jeu de mots équestre assumé) parce que le temps pressait. Il fallait au plus vite protéger «la santé des chevaux et la sécurité des citoyens». Oui, l’épidémie d’enfants piétinés par des chevaux galeux devait cesser!

Denis était prêt à interdire les chevaux. Et quand Denis est prêt, tout le monde doit l’être avec lui. Comme la fois où Denis était prêt à répondre aux questions des journalistes, et tant pis pour les gens de Projet Montréal déjà en point de presse. Denis est «prêt pour le scrum»!

C’est la méthode Coderre: annoncer d’abord, vérifier après si ça se tient.

Les calèches font partie de l’identité montréalaise, nous disent les cochers. Grâce à Denis Coderre, mettre la charrue devant les bœufs, ou la calèche devant le cheval, est en voie d’en faire partie aussi.

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4 commentaires
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Quand nous aurons épuisé les réserves de pétrole dans 100 ou 150 ans,il faudra bien revenir comme au XIXème siècle pour se déplacer par des moyens hippomobiles ;nos voitures n’ayant plus de carburants pour les alimenter, elles finiront dans des musées.Alors aussi bien redonner aux calèches leurs lettres de noblesse.

C’est vraiment optimiste de voter part de penser qu’il y aura encore du pétrole dans 100 ans!
Il en restera sûrement un peu, mais à un prix tel que ça ne voudra plus rien dire

Quelqu’un a lu dans La Presse Plus le reportage de l’historien qui a fait deux tours de calèche dans Montréal en fin de semaine?

Des erreurs à la pelle sur l’histoire de Montréal par les deux cochers.

Coderre a peut-être un point…