Un impôt religieux

Même si l’Allemagne est un État laïque, les contribuables paient des impôts à l’État… et à leur Église. L’impôt ecclésiastique représente un ajout de 8 % ou 9 % à l’impôt général selon les Länder (États).

Illustration : Éric Godin
Illustration : Éric Godin

Par exemple, un Allemand baptisé dans la religion catholique doit payer l’impôt de cette Église, et son employeur en fait le prélèvement sur son salaire. Il ne peut s’en libérer qu’en renonçant officiellement à son appartenance religieuse et, du même coup, à certains services fournis par l’Église qu’il quitte. L’impôt ecclésiastique rapporte annuellement à l’Église catholique plus de six milliards de dollars, une somme identique à ce que reçoit l’Église protestante.

Au pays de Luther, les principales Églises sont reconnues comme des collectivités de droit public, c’est-à-dire qu’elles remplissent une mission d’intérêt général reconnue par l’État. Plutôt que de mettre l’accent sur la séparation, l’Allemagne préfère un régime de collaboration. Les Églises gèrent des hôpitaux, des garderies, des écoles, des foyers pour handicapés et pour personnes âgées, des aumôneries, elles s’occupent de funérailles, etc.

Toutefois, précise la loi constitutive du pays, « il n’y a pas d’Église d’État » et « la liberté de croyance et de conscience est inviolable ». La démocratie allemande est laïque par le fait que l’État est neutre et ne favorise aucun culte en particulier, ce qui ne l’empêche pas d’imposer l’ensei­gnement religieux dans les écoles.

« L’instruction religieuse est une matière d’enseignement régulière dans les écoles publiques », prescrit la loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne. Ce sont les autorités religieuses – protestantes, catholiques et juives – qui déterminent le contenu de cet enseignement et le modifient à leur gré. Les parents peuvent demander une dispense pour leurs enfants, mais à peine 5 % le font, car cet enseignement est souvent décrit comme historique et interreligieux plutôt que vraiment confessionnel.

Depuis quelques années, dans les écoles publiques, des classes destinées à la minorité turque musulmane (2,8 millions de personnes) se multiplient dans les grandes villes du pays. On y enseigne l’islam sur une base historique et philosophique, mais les cours se donnent en allemand et le programme vise à réintégrer une population scolaire dont le taux d’échec est élevé. Les jeunes filles peuvent y porter le foulard, comme d’ailleurs dans toutes les écoles du pays.

Accommodements raisonnables et signes religieux

La situation allemande n’est pas simple. En 2003, le plus haut tribunal du pays déclarait légal le port du foulard islamique par les enseignantes, mais laissait les Länder libres de légiférer autrement. Huit Länder sur seize ont par la suite adopté des lois interdisant au personnel enseignant des écoles publiques de porter des vêtements ou des symboles religieux… mais cinq d’entre eux ont fait une exception pour les symboles chrétiens ou juifs, considérant qu’ils font partie d’une tradition culturelle. Dans les Länder de Hesse et de Berlin, l’interdiction des symboles religieux s’étend au personnel du secteur judiciaire ainsi qu’aux policiers et aux gardiens de prison.