Un nouveau palmarès !

Pour sa 9e édition, le palmarès des écoles secondaires se réinvente. On y parle de sport, d’instruction des mères et des forces des écoles qui ne sélectionnent pas. Un regard nouveau et audacieux sur la performance des écoles.


Photo: Louise Bilodeau

Les fonctionnaires qui pilotent la réforme de l’éducation devraient installer leur bureau à 10 km des terres froides du Labrador, dans le « mur » de Fermont. Ils pourraient y trouver de l’inspiration. C’est là, dans cette rangée de bâtiments de quatre étages longue d’un kilomètre, que se trouve la polyvalente Horizon-Blanc. Celle qui, dans tout le Québec, contribue le plus au succès de ses élèves. Voilà ce que nous apprend le tout nouveau palmarès des écoles secondaires de la province. Les collèges Charlemagne et Jean-de-Brébeuf, fréquentés par des fils et filles de l’élite montréalaise, obtiennent de meilleures moyennes aux examens. Mais c’est à Fermont qu’un élève a le plus de chances de progresser dans son apprentissage.

Depuis la publication de son premier palmarès des écoles secondaires, en 2000, L’actualité s’est toujours fait un devoir d’améliorer la façon d’évaluer la performance des écoles. Cette année, le magazine fait un pas de géant. Parents et élèves ont droit à un bulletin de deuxième génération, qui innove dans le fond comme dans la forme. «Nous avons déployé de grands efforts pour répondre aux critiques qui nous étaient adressées au cours des dernières années », dit Marcel Boyer, président par intérim de l’Institut économique de Montréal (IEDM), qui signe cettte étude. « Ce portrait tient compte du fait que les écoles sont différentes les unes des autres et il valorise celles qui font du bon travail auprès de leurs élèves. »

L’objectif, lui, reste le même : fournir au public des renseignements sur la performance des écoles. Et cette année, la quantité d’information a doublé. L’ancien palmarès posait une question : quelles sont les écoles où les élèves obtiennent les meilleurs résultats ? Le nouveau en ajoute une : quelles sont celles qui font le plus progresser leurs élèves ?

La réponse à ces questions vient sous la forme d’indicateurs de résultat et d’impact. Ce sont les deux clés du nouveau palmarès. Pour bien les comprendre, il faut imaginer le parcours de la 1re à la 5e année du secondaire comme l’ascension de l’Everest. Chaque école est une équipe d’alpinistes : les élèves sont les grimpeurs, la direction et le personnel enseignant, les sherpas. Les équipes ne sont pas toutes égales. Certaines ne sélectionnent que les meilleurs grimpeurs. Parce qu’ils ont des parents qui investissent temps et argent dans leurs études, ces grimpeurs d’élite ont une longueur d’avance sur les autres, comme s’ils avaient été héliportés au camp de base. D’autres groupes, moins bien équipés, prennent le départ au pied de la montagne. L’indicateur de résultat mesure l’altitude atteinte par les différentes équipes à la fin de l’ascension. C’est la note des élèves.

Les sherpas non plus ne sont pas tous égaux. Certains profs sont plus compétents que d’autres. L’implication du directeur, la motivation du personnel, la qualité des activités parascolaires varient d’une école à l’autre. L’indicateur d’impact évalue non pas l’altitude, mais la distance parcourue à partir du point de départ grâce au travail des sherpas. C’est la note du personnel de l’école. (Précision : une partie de cette note s’explique par la taille des classes. Il est plus facile d’influer sur la réussite d’une classe de 15 élèves que de 35. Les écoles de plus de 1 000 élèves qui obtiennent un bon indicateur d’impact — comme l’école Henri-Bourassa, à Montréal-Nord — ont d’autant plus de mérite.)

Un enfant studieux et aimant la compétition fonctionnera bien dans une école dont l’indicateur de résultat est élevé, explique l’économiste de l’IEDM Mathieu Laberge, qui a compilé les données du palmarès. « Mais les parents dont les enfants ont tendance à prendre du retard sur les autres devraient choisir une école qui obtient un fort indicateur d’impact. »

Le nouveau palmarès offre deux classements, reposant chacun sur un indicateur. Et des écoles publiques trônent au sommet de l’un comme de l’autre. La polyvalente Horizon-Blanc est championne de l’impact. Elle a trouvé la recette pour mener ses élèves à la réussite. Ses résultats aux examens officiels le prouvent : Horizon-Blanc occupe le 63e rang (sur 478 écoles) de l’autre classement, celui des résultats, ex æquo avec le collège de Montréal, établissement privé qui, lui, sélectionne ses élèves!

La médaille d’or des résultats va à l’École internationale de Montréal (qui sélectionne ses élèves). Elle partage le premier rang avec cinq collèges privés de la région de Montréal — Saint-Sacrement, Jean-Eudes, Charlemagne, Sainte-Anne de Lachine et Jean-de-Brébeuf —, mais son influence sur la réussite des élèves est plus grande (à indicateur de résultat égal, c’est l’indicateur d’impact qui détermine la position dans le classement). Conclusion : le réseau public a la capacité de faire des miracles avec les jeunes d’une petite ville minière isolée et de faire progresser la crème des élèves de Montréal, mieux que les collèges privés. Pas mal!

L’autre grande nouveauté est la présentation sous forme de graphique, plutôt que de tableau, des portraits individuels. En un coup d’œil, on voit l’évolution sur cinq ans des indicateurs de résultat (la courbe bleue) et d’impact (la verte). Une courbe verte ascendante tirera habituellement la bleue vers le haut (l’école a une influence plus grande sur le succès des élèves ; par conséquent, les notes grimpent). Le contraire est aussi vrai : une courbe verte descendante devrait entraîner dans sa chute la courbe des résultats.

Le calcul de ces courbes a nécessité une année de travail. Avant d’entreprendre la collecte des données, les économistes de l’IEDM ont dû élaborer des modèles mathématiques pour représenter le plus fidèlement possible la réalité du monde scolaire. L’indicateur de résultat est principalement calculé à partir des moyennes obtenues aux épreuves officielles du ministère de l’Éducation — sciences physiques, mathématiques et histoire de 4e secondaire, ainsi que français, anglais et mathématiques de 5e. Ce sont les seules notes fiables, puisque tous les élèves de la province passent le même examen, en même temps. Les notes de résultat accordées par l’IEDM varient de 0 à 100, 0 étant attribué aux écoles les plus faibles et 100 aux plus fortes. La moyenne a été fixée à 60.

Ici encore, le palmarès se distingue des précédents : on a donné plus de poids à la langue d’enseignement et aux mathématiques dans le calcul. « Nous voulions que la note reflète l’importance que le ministère de l’Éducation accorde à ces matières, auxquelles il réserve plus d’heures de cours », explique l’économiste et expert en éducation Clément Lemelin. Ce professeur à la retraite de l’UQAM a agi comme consultant auprès de l’IEDM pour l’élaboration du palmarès.

Calculer l’indicateur d’impact est plus complexe. Le défi a consisté à isoler la variable « école » des multiples facteurs qui influent sur la réussite d’un élève : le temps que les parents consacrent à l’aide aux devoirs, la discipline imposée à la maison, l’accès à des livres. « On pourrait énumérer plus de 200 facteurs extra-scolaires, dit Clément Lemelin. Mais nous ne pouvions interroger chacun des élèves. Nous avons donc choisi des données mesurables à l’échelle du Québec. »

Quatre variables ont été utilisées. D’abord, la sélection des élèves à l’inscription : l’école les sélectionne-t-elle tous, ou en partie, ou pas du tout ? Un établissement qui n’accepte que les « bollés » aura de bons résultats aux examens, peu importe les compétences des enseignants. Ensuite, la scolarité moyenne des mères des élèves : les recherches montrent que l’instruction de la mère joue un rôle primordial dans la réussite scolaire des enfants, encore plus que celle du père (voir « Maman modèle »). Enfin, on a tenu compte de la proportion d’élèves en retard (s’ils sont moins nombreux, le travail des profs est facilité) et du revenu des parents (une famille aisée peut payer à ses enfants des activités pédagogiques et des cours privés).

Ces quatre variables ont servi à la construction d’un modèle mathématique permettant d’attribuer une note au personnel d’une école. Comment l’IEDM s’y est-il pris ? Prenons l’école secondaire de Cabano, au Témiscouata. Tous les élèves — même les moins studieux — sont acceptés. La plupart des mères ont à peine plus qu’un diplôme d’études secondaires. Un jeune sur quatre est en retard d’au moins un an dans son cheminement. Et les parents ne sont pas riches. Le revenu moyen des ménages est de 61 588 dollars, soit 20 000 de moins que la moyenne québécoise. En accordant des points à chacune de ces données, on peut prédire une note pour l’indicateur de résultat. Dans ce cas-ci, la note obtenue selon le modèle mathématique des économistes de l’IEDM est faible (51,6). Mais la note calculée à partir des examens officiels s’est avérée plus élevée (57,2). C’est la différence entre ces deux notes (5,6) qui est attribuée à l’« impact » de l’école, c’est-à-dire sa capacité de mener les élèves au succès. (En normalisant cette note sur une échelle de 0 à 100, on obtient un indicateur d’impact de 70,7.)

Les renseignements sur la sélection des élèves et la scolarité de la mère apparaissent pour la première fois dans un palmarès des écoles du Québec. Les données sur la sélection n’étant pas transmises par le ministère de l’Éducation, l’IEDM a dû faire enquête. « Personne, pas même le Ministère, ne tient une liste des écoles qui sélectionnent ou pas les élèves, dit l’économiste Mathieu Laberge. Nous avons dû communiquer avec chaque école. Un travail de moine. » Pour obtenir des statistiques sur la scolarité de la mère, l’IEDM a dû faire appel à la Commission d’accès à l’information. Par souci de confidentialité, ces données ne sont pas publiques, explique l’économiste.

Enfin, dernière innovation dans les portraits individuels : la présence, ou non, d’un symbole. Il s’agit d’un ballon de soccer. S’il figure dans le tableau, cela signifie que l’école participe au programme ISO-Actif, de la Fédération québécoise du sport étudiant. Cette association fait la promotion de saines habitudes de vie — une cafétéria sans poutine, par exemple (voir « Se raccrocher à un panier »).

L’Institut économique de Montréal

Créé en 1999 par des économistes, des universitaires et des entrepreneurs de Montréal, l’IEDM est un organisme de recherche et d’éducation indépendant, non partisan et sans but lucratif. Dirigé par Marcel Boyer, il est financé uniquement par des donateurs privés. De nombreux chercheurs canadiens et québécois y sont associés. Par ses études et ses conférences, l’IEDM alimente des débats sur les politiques publiques au Québec et au Canada. Il préconise généralement des réformes qui laissent place à la responsabilité et aux choix individuels, en s’inspirant notamment de celles qui sont appliquées avec succès ailleurs dans le monde. Jusqu’à l’an dernier, l’IEDM produisait le Bulletin des écoles secondaires du Québec en collaboration avec l’Institut Fraser, de Vancouver. Cette année, il produit en solo le premier Portrait des écoles secondaires du Québec en s’appuyant sur une nouvelle approche, plus susceptible, selon lui, de rendre compte de la performance des écoles du Québec.

Une longue-vue, voilà ce qu’est le nouveau palmarès. Elle est pointée vers l’Everest. Au lecteur, maintenant, d’observer les grimpeurs et les sherpas.

Le palmarès sur le Web

Vous cherchez une école forte en maths ? en français ? Sur le Web, L’actualité offre aux parents et aux élèves un outil pour approfondir leur recherche d’écoles. Sur la page « Comment se compare votre école  ? », on peut faire deux choses :

• Consulter les notes moyennes aux examens officiels : chaque école a une fiche de présentation incluant les résultats moyens aux épreuves uniques (français, anglais, maths, sciences physiques, histoire) sur une période de
cinq ans.

• Comparer les résultats avec ceux d’autres écoles : on peut créer un palmarès local et personnalisé en sélectionnant de deux à cinq établissements et le critère de comparaison (indicateur de résultat, d’impact, notes moyennes en maths, en français, ou autre).

L’intervalle de confiance

Les sondages ont leur marge d’erreur. Le nouveau palmarès, lui, a son intervalle de confiance. Comme dans toute recherche statistique, le résultat donné n’est pas absolu. Il peut varier légèrement (être un peu plus élevé ou un peu plus bas). Un exemple : l’école secondaire Fernand-Lefebvre, à Sorel-Tracy, obtient une note à l’indicateur de résultat de 48,5.

L’intervalle de confiance de cette école est 49,9 – 47,1. Cela signifie que tous les établissements dont la note se situe entre 49,9 et 47,1 — dans ce cas-ci, 32 écoles — ont un résultat équivalent à Fernand-Lefebvre. Chaque école a son intervalle de confiance pour l’indicateur de résultat comme pour celui de l’impact. On peut les consulter dans le site de l’Institut économique de Montréal.

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