Un nouveau visage pour l’Iran

Le 12 juin est une date importante pour le monde et pour la paix. Quarante-six millions d’Iraniens iront aux urnes ce jour-là afin d’élire un président. Et leur choix influera sans doute sur les guerres que nous verrons ou ne verrons pas au Proche-Orient, dans le Golfe et même jusqu’au Pakistan.

Hossein Moussavi (Crédit: Hasan Sarbakhshian/AP/PC)

Le monde a besoin d’un président iranien capable de répondre à la main tendue de Barack Obama, pour en finir avec «l’axe du mal» inventé par les néoconservateurs de George W. Bush. Les Iraniens, héritiers d’une ancienne et riche civilisation, méritent mieux que l’image de fous furieux que le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, a parfois donnée d’eux par ses écarts de langage.

Pour qu’une chance de paix réapparaisse en Israël et en Palestine, pour que la guerre qui se déroule en Afghanistan et au Pakistan ne dégénère pas en conflit régional, pour que la menace d’une bombe atomique iranienne ne déclenche pas une attaque israélienne… le monde a besoin d’une nouvelle voix qui parlera persan.

Non pas que le président de l’Iran soit le premier homme de l’État. Le titre est trompeur. Le président des Iraniens n’a pas les pouvoirs d’un Nicolas Sarkozy. Mais il coordonne l’exécution de la politique du guide suprême, et en cela son rôle est déterminant.

Car l’Iran n’est pas une démocratie à l’occidentale. Personne ne peut s’y présenter à une élection sans que sa candidature soit agréée par le Conseil des gardiens et par l’autorité religieuse qui siège au sommet de l’État : le guide suprême. Un peu comme le pape des catholiques, ce guide, une fois nommé, exerce ses fonctions à vie et détient tous les pouvoirs.

Ali Khamenei – qui est guide suprême depuis la mort du fondateur de la République, l’imam Ruhollah Khomeiny – peut même destituer le président sans avoir à dire pourquoi.

Mais alors, c’est une dictature, direz-vous. Pas vraiment. La vie politique est intense en Iran : le gouvernement est critiqué, plusieurs partis s’affrontent, les idées sont débattues, l’issue des élections n’est pas réglée d’avance.

Quatre candidats sont d’ailleurs sur les rangs pour le poste de président, mais tout indique que la lutte se jouera entre Ahmadinejad et Mir Hossein Moussavi, 68 ans. Ce conservateur modéré est aussi qualifié de réformateur ouvert.

Architecte, peintre, Moussavi parle également l’arabe et l’anglais. Que le petit-fils de l’ayatollah Khomeiny ait assisté à sa première assemblée électorale confirme la crédibilité de l’aspirant dans les milieux religieux. Moussavi a été premier ministre de 1981 à 1989, pendant les terribles années de guerre avec l’Irak, et a travaillé dans l’ombre depuis, conseillant notamment les deux présidents qui ont précédé Ahmadinejad. Il siège en outre au Conseil de discernement, l’instance d’arbitrage du régime islamique. Ce travail dans les coulisses pourrait toutefois le handicaper au scrutin du 12 juin.

Mir Hossein Moussavi n’est guère connu des jeunes, qui forment 30 % de la population et qui sont déçus d’Ahmadinejad. Ces jeunes sont aujourd’hui… chômeurs ! Plus de 70 % des hommes de moins de 30 ans habitent chez leurs parents, faute de ressources pour fonder un foyer. Pourtant, la République a instruit ses enfants. Même en milieu rural, les filles ont des diplômes d’études secondaires. Ce qui ne les protège pas d’un chômage qui atteint les 50 %.

La richesse pétrolière n’a pas bien servi toutes les couches de la société. L’écart entre les riches et les pauvres est toujours aussi grand.

Avec ses 70 millions d’habitants, le pays demeure un formidable marché. Il a importé pour plus de 50 milliards de dollars de marchandises l’an dernier. Plus d’un million de voitures y ont été vendues (des Peugeot surtout, et pas d’américaines). En brisant l’isolement international causé par les sanctions de l’ONU – liées aux activités nucléaires du pays -, Moussavi pourrait redonner espoir aux jeunes.

Et le guide suprême, que pense-t-il ? Nul ne le sait.

Mais la « logique » de la sagesse théocratique dirait que le guide suprême estimait qu’un Ahmadinejad était nécessaire pour répondre à un George Bush plutôt vindicatif. Et qu’un Moussavi défendrait mieux les intérêts de l’Iran face à Obama. On verra le 12  juin si les Iraniens croient que le temps du changement est arrivé.

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Et encore

L’Iran en chiffres

Population : 70 millions d’habitants

Âge médian : 27 ans

PIB par habitant en 2008 : 12 800 $ US

Taux de chômage en 2008 : 12,5 %

La République islamique d’Iran a célébré en 2009 ses 30 ans d’existence.

 

 

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