Un ombudsman mondial pour les jeunes ?

L’organisation des Nations unies a déjà un haut-commissaire aux droits de l’homme et un autre voué aux droits des réfugiés. Elle devrait d’urgence en nommer un pour défendre la cause… des générations futures.

Étudiants et manifestants: droits en péril ?
Photo: Nathalie Madore/La Presse Canadienne

Cette idée, lancée lors du sommet de Rio sur l’environnement, en 2012, continue de gagner des adeptes aux quatre coins du monde.

La crainte des jeunes ? Que le vieillissement accéléré de la population dans les sociétés occidentales se fasse à leurs dépens.

Selon Alice Vincent, du World Future Council, un organisme situé en Allemagne qui se veut le porte-parole des jeunes et de leurs descendants potentiels, les élus consacrent une part démesurée de leur temps et de leur énergie à se faire élire et à défendre leur siège. Or, « l’électorat ne prend pas en compte une partie importante de la population, soit les moins de 18 ans et les générations à venir », dénonce cette militante britannique de 27 ans.

C’est pour donner une voix à ces jeunes et aux enfants à naître qu’elle suggère que l’ONU nomme un haut-commissaire aux droits des générations futures.

Cet « ombudsman » agirait comme chien de garde, pour rappeler aux politiciens que leurs décisions actuelles — ou leur inaction — ont aussi des conséquences à long terme. Notamment sur l’environnement, la première victime de ce que nombre de jeunes appellent le fléau du « présentisme » : l’obsession du présent et des prochaines échéances électorales.

Cette préoccupation n’est pas neuve. Elle s’inspire directement du fameux rapport Brundtland (du nom de son auteure norvégienne), de l’ONU. Publié il y a près de 30 ans, ce rapport a popularisé le concept de « développement durable », censé s’appuyer sur trois piliers : économique, environnemental et social.

Mais le vieillissement rapide de la population en Occident donne un souffle nouveau à cette idée.

Au Québec, les créateurs du tout nouvel Institut des générations (et du Budget des jeunes, publié dans L’actualité) implorent le gouvernement de tout mettre en œuvre pour faire face au choc de… 2031. C’est à ce moment que les effets du vieillissement de la population se feront le plus sentir sur les finances publiques.

La cause de l’« équité entre les générations » gagne des adeptes ailleurs dans le monde, particulièrement en Europe, où le chômage chez les 25 ans et moins atteint des sommets — 45 % en Espagne et près de 50 % en Grèce.

En Grande-Bretagne, l’équité est même devenue un enjeu des prochaines élections, qui auront lieu ce printemps. Liz Emerson, présidente de l’Intergenerational Foundation, à Londres, dénonce régulièrement dans les médias l’écart entre les services publics offerts même aux plus fortunées des personnes âgées et ceux offerts aux jeunes. « Le critère principal pour obtenir un service public devrait être le besoin, pas l’âge des gens », martèle-t-elle.

Liz Emerson rêve que les droits des enfants à naître soient inscrits dans des lois — ou mieux encore, dans la Constitution des États.

La Hongrie a déjà un ombudsman pour les générations futures. Le pays de Galles a son commissaire au développement durable. La Norvège, la Finlande, l’Allemagne, la Nouvelle-Zélande, les Philippines, le Brésil et le Chili ont aussi des « chiens de garde » chargés de veiller à ce que les lois et règlements soient évalués selon leurs répercussions sur l’avenir avant d’être adoptés.

Alice Vincent, du World Future Council, s’en réjouit. « On aimerait que des gardiens des générations futures soient nommés à tous les niveaux de gouvernance », dans tous les pays, dit-elle. Et, bien sûr, à l’ONU.

Le Québec n’a pas d’« ombudsman » pour les jeunes. Mais la loi l’oblige à verser des sommes dans un Fonds des générations, pour réduire le fardeau futur de la dette.

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