Un pape pas comme les autres ?

C’est un pape comme l’Église n’en a jamais connu : le premier issu du Nouveau Monde, le premier jésuite, le premier qui choisit le prénom de François. L’Argentin Jorge Mario Bergoglio fera-t-il pour autant souffler le vent de réforme qu’attendent de nombreux catholiques ?

Ceux qui rêvent d’une Église davantage sensible à la réalité des plus humbles ont de quoi espérer. Connu pour son engagement auprès des démunis, fils d’un cheminot émigré d’Italie, il se déplace en bus, a préféré un modeste appartement au palais de l’archevêque, et on dit qu’il n’aimait pas se faire appeler Éminence.

Mais un « brasseur de cage » ? Peu probable. Farouchement opposé à l’avortement et à la contraception, pas pressé d’ouvrir le sacerdoce aux femmes, l’homme de 76 ans a déclaré que le mariage gai était l’œuvre du diable. Les relations troubles de l’Église argentine avec la dictature militaire des années 1970 et 1980 pourraient aussi revenir le hanter.

« Il ne faut pas crier victoire trop vite, mais le choix de Bergoglio est vraiment unique », dit pourtant le jeune théologien québécois progressiste Xavier Gravend-Tirole, auteur de Lettres à Kateri, un manifeste pour le renouveau du catholicisme. « C’est un homme de la droite modérée, avec une propension évidente à défendre les pauvres et à combattre le néolibéralisme. Dans le passé, il s’est fait remarquer pour sa capacité d’écoute et de dialogue, ce qui augure bien pour sa gouvernance. Sa bonhomie et son côté sympathique, déjà visibles durant son premier discours, m’ont touché. Qu’il ait demandé qu’on prie pour lui montre qu’il ne se prend pas pour un infaillible… »