Un Patriote errant

Il combat aux côtés de Papineau, puis s’exile aux États-Unis quand sa tête est mise à prix. Mais le Dr Joseph François D’Avignon a encore soif d’aventure : à 54 ans, il devient chirurgien pour l’armée nordiste durant la guerre civile américaine !

Ce doit être le rêve de tout historien : découvrir, dans un fonds d’archives inexploré, des documents d’un intérêt inestimable. Imaginez donc l’émoi de Jean Lamarre, professeur d’histoire au Collège militaire de Kingston, quand il a mis la main sur 68 lettres signées par un des anciens chefs des rébellions de 1837-1838, Joseph François D’Avignon, et écrites entre 1862 et 1865, alors que celui-ci participait à la guerre de Sécession. À partir de cette correspondance conservée aux Archives publiques de l’Ontario, Jean Lamarre a reconstitué l’histoire d’un homme aussi complexe qu’exceptionnel dans un ouvrage qui vient de paraître chez VLB, intitulé D’Avignon: Médecin, patriote et nordiste.

En 1837, lorsque la révolte commence à gronder contre le gouvernement impérial du Bas-Canada, D’Avignon est un jeune médecin de 30 ans, encore célibataire, qui vit dans la vallée du Richelieu. Fils de médecin, aîné d’une famille de

11 enfants, il est engagé depuis quelques années dans le mouvement patriotique, dont il est devenu l’un des éléments les plus radicaux. Contrairement à Louis-Joseph Papineau, qui continue à réclamer des réformes, D’Avignon n’attend plus rien de Londres et croit qu’il est temps de prendre les armes. Il passe aux actes lorsque la cavalerie britannique essaie d’entrer dans son village natal de Saint-Athanase. À la suite de cette escarmouche, il est identifié comme l’un des instigateurs de la révolte et il est arrêté pour « haute trahison ou menées séditieuses ». S’il est reconnu coupable, il risque la pendaison. Mais par un coup de théâtre digne d’un roman de cape et d’épée, ses amis attaquent le convoi qui le mène en prison. D’Avignon s’échappe et part se réfugier dans le nord de l’État de New York, d’où il assiste, impuissant, à la déroute des Patriotes.

L’échec de la rébellion rend D’Avignon si amer qu’il refuse de rentrer au pays après l’amnistie. Au joug colonial, il préfère de loin la démocratie républicaine — même si l’exil signifie pour lui l’abandon de sa langue maternelle. Il s’installe dans un village au sud de Plattsburgh et épouse une jeune Américaine d’origine irlandaise, avec qui il aura six enfants. Il mène une petite vie tranquille de médecin de campagne durant une vingtaine d’années. Mais voilà que la guerre de Sécession éclate. D’Avignon, qui a pourtant 54 ans, ne peut résister à l’envie de vivre une autre grande page d’histoire — d’autant plus qu’il a contracté certaines dettes et que l’armée paie bien. Il s’engage donc comme officier-chirurgien dans les troupes nordistes. À peine un mois après son départ, il reçoit une lettre l’informant que son épouse est décédée. Ses enfants, dont le plus jeune n’a que trois ans, sont confiés durant son absence à divers membres de sa famille. Son aîné, Eugene, est envoyé à Montréal, où il entreprend des études en pharmacie à l’Université McGill. C’est lui qui conservera précieusement toutes les lettres que son père lui a adressées.

Durant trois ans, D’Avignon accompagne son régiment d’infanterie sur les champs de bataille en Virginie, puis en Caroline du Nord, où on lui confie la direction d’un hôpital de campagne. Lorsqu’il revient chez lui à la fin de la guerre, en 1865, il jouit d’une certaine notoriété. Il retrouve ses enfants, ses patients, son verger. Il correspond aussi avec ses anciens amis patriotes et se tient au courant de la politique canadienne. Il demeure farouchement opposé à l’Angleterre, mais voit d’un bon œil le projet de confédération. Il s’éteindra le 20 avril 1867, quelques mois avant d’en voir la réalisation.

Pour en savoir plus :
D’Avignon: Médecin, patriote et nordiste, par Jean Lamarre, VLB, 192 p., 22,95 $.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie