Un peu de nerf, que diable!

L’économie de la Chine et celle de l’Inde explosent. Tandis que le Québec entre en campagne électorale dans un insignifiant mou ambiant…

Si les premiers colons avaient mis à défricher la forêt la même mollesse que celle avec laquelle le Québec se lance en campagne électorale, l’Amérique française n’existerait probablement pas.

La Chine et l’Inde explosent. Le Québec, lui, a perdu 92 100 emplois manufacturiers au cours des quatre dernières années. Des pertes encore plus lourdes s’annoncent (lire le blogue de mon collègue Pierre Duhamel). Il y a des défis à relever à chaque coin de rue. Certains mettent en jeu le niveau de vie qu’auront nos enfants. Et qu’est-ce qu’on fait? On entre en campagne électorale dans un mou ambiant qui ferait honte à nos ancêtres.

Voici venu le moment d’élire les gens qui piloteront le bateau dans les tempêtes jusqu’en 2012. Cinq ans, c’est une éternité! Au rythme actuel, combien de dizaines de milliers d’autres emplois auront été perdus? Pendant que nos amis de l’Inde s’enrichissent même avec de l’air, le Québec n’a toujours pas de bourse du carbone

Pourquoi nos chefs ont-ils les pieds pris dans le ciment? Pourquoi avons-nous si peur de changer?

• Mettons les ressources naturelles du territoire au service du bien-être collectif. Exploitons intelligemment l’énergie des rivières si cela nous permet de construire de meilleures écoles, de réparer les routes et de faire arriver Internet haute vitesse dans toutes les régions.

• Ayons le courage de dégeler les droits de scolarité à l’université. Mettons en place un système à la Tony Blair, ou une variante, qui assurerait aux plus démunis les bourses nécessaires pour payer ces droits ou leur permettrait de ne les payer qu’une fois leur diplôme obtenu. Actuellement, les pauvres subventionnent les études des classes aisées. Une ignominie. Mais qui osera le dire, en dépit de la crainte de se mettre à dos les jeunes cadres des associations d’étudiants?

• Vendons notre hydroélectricité aux Américains si cela aide à purifier l’air de l’Amérique du Nord des gaz à effet de serre et si cela nous procure de l’argent pour construire enfin le grand hôpital universitaire qu’une commission d’enquête a recommandé il y a maintenant… 25 ans!

• En Irlande, une réglementation et un taux d’imposition favorables aux entreprises — mais des subventions arbitraires moins nombreuses qu’au Québec — soutiennent solidement la croissance. Que peut-on en apprendre?

• Parlons de création de richesse collective et individuelle. Pas des profits des banques ou des pétrolières, mais bien d’innovation!

• Justement, parlons-en, d’innovation. La politique du gouvernement Charest offre encore trop peu de soutien aux PME, clefs de voûte de l’économie québécoise et moteurs de la création d’emplois. Où sont les Cirque du Soleil de demain? Quelle PME environnementale sera la SNC-Lavalin de l’avenir si on la soutient aujourd’hui?

• Mettons fin au gaspillage de talents. À Montréal, à peine un jeune sur deux décroche un diplôme d’études secondaires. Le Québec a besoin d’une population instruite, formée. Qui a une solution?

• Soyons cohérents. Le terminal méthanier de Cacouna nous libérera de la dépendance pétrolière à l’égard de l’Alberta, disent ses partisans. On peut aussi dire qu’il rendra le Québec dépendant de la Libye ou de la Russie!

• Ne nous inspirons pas sans réserve des États-Unis en matière de productivité. Ils ont une approche à trop courte vue, épuisent leurs entreprises et leurs gens dans une folle course aux profits à court terme. Protégeons intelligemment la main-d’œuvre, soutenons notre économie — restons nous-mêmes, quoi! —, mais osons quand même abattre quelques vaches sacrées. (Un peu de privé en santé, comme aiguillon à la performance du secteur public, pourquoi pas? Deux vitesses qui marchent, ce serait peut-être mieux qu’une seule qui ne marche pas!)

Quel parti osera? En matière de politique économique, les verts et Québec solidaire ont tout à prouver. Les libéraux semblent reprendre leur bâton de pèlerin en faveur du développement économique. Le Parti québécois a déjà eu des idées novatrices qui ont contribué à l’enrichissement collectif (il suffit de penser au régime d’épargne-actions, né à la fin des années 1970). Qu’offrira le PQ d’André Boisclair? Les sondages de pré-campagne qui donnaient autant d’intentions de vote à l’ADQ risquent fort de n’être que le baromètre du mécontentement des gens à l’égard des deux options principales. La campagne pourrait donc surprendre. Certains électeurs utiliseront peut-être Internet pour bousculer les choses!

Surtout, de grâce, évitons de parler des accommodements raisonnables. En comparaison de ce qui se fait ailleurs dans le monde, le Québec est un modèle d’intégration harmonieuse de ses nouveaux arrivants. D’un parti à l’autre, les stratégies de réponse à ce défi-là seront sans doute assez similaires.

Les défis de l’économie, de l’éducation et de l’innovation sont tellement plus urgents. Tellement plus importants. À vos pics et à vos pelles!

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