Un pont entre les partis

Le remplacement du pont Champlain sera le dossier phare de 2014, celui qui testera la capacité de collaboration des politiciens municipaux, provinciaux et fédéraux. Celui qui forcera aussi des milliers de Québécois à repenser leurs habitudes de vie. Et de transport. Car l’impensable est à nos portes.

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Le pont le plus fréquenté du Canada, son plus important corridor commercial vers l’est des États-Unis, pourrait être fermé pour des raisons de sécurité avant que le nouvel ouvrage soit achevé, en 2021.

On a déjà un avant-goût des manchettes. Comment un pays développé a-t-il pu faire preuve d’un tel aveuglement ? Comment a-t-on pu aussi mal évaluer la durée de vie d’une infrastructure d’une telle importance ?

La première ministre du Québec, Pauline Marois, s’est dite prête à travailler pour « livrer » un pont en 2017. Elle veut discuter avec Ottawa. Bravo. Champlain se dégrade rapidement, le coût des travaux nécessaires pour allonger sa durée de vie grimpe en flèche, il faut agir.

Les Scandinaves ont bâti en quatre ans un pont à haubans à deux niveaux (ferroviaire et routier) et un tunnel pour relier deux pays, le Danemark et la Suède ! Au total, l’Øresund fait 16 km. Un défi autrement plus compliqué que celui de relier Brossard et Montréal au-dessus du fleuve Saint-Laurent.

Si les Scandinaves ont réussi, on devrait pouvoir faire travailler ensemble le ministre fédéral Denis Lebel, la première ministre Pauline Marois et le maire de Montréal, Denis Coderre, non ?

Le gouvernement fédéral rendra public d’ici Noël le « dossier d’affaires » commandé à PricewaterhouseCoopers, qui dressera la liste des coûts de différentes options de construction et de financement. Ottawa veut un péage. (Pas aussi élevé que les 66 dollars par voiture du pont scandinave.) Il veut aussi que Québec paie la facture de tout transport en commun qui sera intégré au pont.

Ottawa se dit prêt à agir avec célérité. Mais cela voudra dire qu’on laisse tomber l’idée d’un concours international susceptible de doter Montréal d’un « beau » pont, qui deviendrait son Golden Gate (celui de San Francisco), une image de référence connue mondialement. Le grand ingénieur français Michel Virlogeux affirme déjà que seul un pont à haubans rendrait justice à l’emplacement !

Pour s’offrir un « beau » pont, les Québécois seraient-ils prêts à changer leurs habitudes de manière à limiter les surcharges sur Champlain et en prolonger ainsi la durée de vie ?

« Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise », disait le Français Jean Monnet, grand artisan de la collaboration entre les Alliés durant les deux guerres mondiales. Avant Monnet, les armées européennes ne pouvaient troquer de pièces de rechange, faute de normes communes ! (Mémoires, Fayard, 1976.)

Le pont qui remplacera Champlain a besoin d’un Jean Monnet ! De quelqu’un qui mobilisera les troupes autour d’une vision, celle du plus grand bien commun, par-delà les obstacles politiques.

Les gouvernements devront aider les gens à changer progressivement leurs habitudes : stationnements incitatifs supplémentaires, voies réservées aux autobus, nombre accru de trains de banlieue et de wagons de métro… Il faut leur donner des raisons de ne pas rouler sur le pont Champlain !

Faire payer les automobilistes solitaires à certaines heures ? Interdire les camions aux heures de pointe ? S’interroger sérieusement sur les meilleurs moyens de circuler entre l’île et ses rives ?

La nécessité est devant nous. L’année 2014 doit être celle du changement.

À LIRE : L’excellent entretien avec l’ingénieur Michel Virlogeux sur les défis que pose le remplacement de Champlain.

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Un autre grand défi qui attend les gouvernements concernant le pont Champlain… tenir à l’écart les escrocs qui voudront s’en mettre plein les poches !

Au lieu d’ajouter un train léger sur rail au pont Champlain, pourquoi ne pas prolonger la ligne verte du Métro jusqu’à Brossard.