Un Québécois, ça ressemble à quoi?

Après trois ans d’enquête, le sondeur Jean-Marc Léger et ses deux complices livrent la réponse dans Le Code Québec

Les auteurs du Code Québec, Jacques Nantel, Jean-Marc Léger et Pierre Duhamel (de gauche à droite), lors du lancement de leur livre le lundi 26 septembre, à Montréal. (Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne)
Les auteurs du Code Québec, Jacques Nantel, Jean-Marc Léger et Pierre Duhamel (de gauche à droite), lors du lancement de leur livre le lundi 26 septembre, à Montréal. (Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne)

Des Français modestes. Des Anglais enjoués. Des Américains pacifiques. Voici, essentiellement, ce que «sont» les Québécois, selon le sondeur Jean-Marc Léger.

Les Québécois forment aussi un peuple d’«extrême-centre», adepte du consensus à tout prix, à la fois fier, hédoniste, créatif… et empreint d’une culture de perdant, de victime.

Bref, le Québécois est un paradoxe ambulant…

Après trois ans d’efforts à sonder la «psyché québécoise» au moyen d’une multitude de sondages et d’entrevues, Jean-Marc Léger brosse un portrait complexe et nuancé des Québécois, dans un livre qui soulève déjà beaucoup d’intérêt: Le Code Québec. Coécrit avec le spécialiste en marketing Jacques Nantel et le journaliste Pierre Duhamel, ce livre offre aux Québécois un «miroir d’eux-mêmes», dit le sondeur.

«Mis à part la création de Léger Marketing, c’est ma plus grande réussite, dit-il. Ça a pris trois ans à l’écrire, mais ça fait 30 ans que je cumule de l’information, des statistiques, des idées. On avait un portrait parcellaire, des morceaux ici et là de ce qu’est la différence québécoise, mais on voulait un portrait plus général.»

Entrevue.

Ce livre aurait-il été envisageable il y a 10 ans?

Non, parce que les techniques ont évolué. Depuis qu’on fait des sondages sur Internet, les gens se livrent beaucoup plus. On est capables de lire au plus profond d’eux-mêmes. Ce n’est pas comme une entrevue téléphonique: les gens nous racontent toute leur vie, comme s’ils se parlaient à eux-mêmes.

Ensuite, la capacité de traitement des données s’est grandement améliorée. On a fait une série de sondages, il y en a pour des centaines de milliers de dollars! On a notamment utilisé la sémiométrie, une technique européenne qui mesure l’émotion. Il s’agit de donner son impression d’un mot, sur une échelle de – 3 à + 3, 0 étant neutre. On a testé 400 mots, pour se rendre compte que 115 d’entre eux avaient une charge émotive différente chez les francophones du Québec et les anglophones du reste du Canada. On a ainsi trouvé sept groupes de mots, qui expliquent la différence québécoise.

Le mot «heureux», par exemple, provient de 52 mots, dont «tendresse», «sensualité», «sociabilité», «chaleureux». Le mot «heureux», c’est le dénominateur commun. C’est aussi le premier trait identitaire des Québécois.


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Ça vous surprend?

Non. Depuis toujours, on parle de la joie de vivre québécoise. Le livre va plus loin. Derrière la joie de vivre, ce qu’on a découvert, c’est que les Québécois forment le peuple du «ici et maintenant». Quand on leur demande ce qui est le plus important, avoir du plaisir maintenant ou préparer l’avenir, ils répondent: avoir du plaisir. Les anglophones disent: préparer l’avenir. La joie de vivre québécoise, c’est être jouissif dans le temps présent. C’est aussi un manque de préparation, on est un peu inconscients face à l’avenir.

Les Québécois sont-ils si différents de leurs compatriotes du Canada anglais?

En fait, 71 % des attitudes et comportements des Québécois sont identiques à ceux des Canadiens anglais. On mange, on socialise, on baise comme n’importe qui! Nous nous sommes concentrés sur les 29 % qui font la différence.

Le Code Québec, par Pierre Duhamel, Jean-Marc Léger et Jacques Nantel, Les Éditions de l'Homme, 248 p.
Le Code Québec, par Jean-Marc Léger, Jacques Nantel et Pierre Duhamel, Les Éditions de l’Homme, 248 p.

Les Québécois ne veulent jamais prendre position, dites-vous. Comment avez-vous pu percer leur carapace?

Dans les sondages, si on leur laisse le choix, les Québécois vont toujours choisir le milieu. C’est le peuple du milieu. Un parti politique qui serait le parti du peut-être gagnerait toutes les élections. L’extrême centre, ça existe au Québec. C’est pour cette raison qu’on a voulu forcer les Québécois à prendre position, au moyen de tests binaires. On a demandé, par exemple: «Qu’est-ce qui est le plus important pour vous? Avoir un consensus à tout prix? Ou gagner?» Il n’y avait pas de «je ne sais pas, de peut-être.» Pour les francophones, le consensus est extrêmement important. Pour les anglophones, c’est gagner qui est important. C’est ce qui explique le grand écart entre les anglos et les francos.

Quelle a été votre plus grande surprise?

L’élément majeur, c’est qu’on n’est pas des Français. Quand on demande aux Québécois s’ils se sentent plus proches de la culture française, anglaise ou américaine, les deux tiers choisissent l’identité anglaise et américaine.

On n’est pas des Français qui vivent en Amérique, mais des Américains qui parlent français. Ça donne tout un ton. On a une américanité plus forte qu’on le pense.

Il y aussi une fracture générationnelle, les jeunes se sentent moins français que leurs aînés…

Oui, et la preuve, c’est la différence entre nos conclusions et celles de Jacques Bouchard, en 1978, dans son livre Les 36 cordes sensibles des Québécois. Des six «racines vitales» identifiées par Bouchard, seules les racines américaines, latines et terriennes existent encore aujourd’hui. Les racines catholiques, minoritaires et françaises ont presque disparu. Le Québec a beaucoup évolué depuis 40 ans.

Les politiciens devraient-ils lire Le Code Québec?

Je l’espère. Depuis 30 ans, on est définis par ce que nous ne sommes pas. On n’est pas des Américains, pas des capitalistes, pas des Anglais, pas des fédéralistes… On est très forts pour dire ce qu’on ne veut pas être. On n’est pas forts pour dire ce qu’on est. C’est l’objectif de ce livre, qui se veut positif. C’est un pep talk. Ce sont des vitamines qu’on veut donner aux Québécois. Il faut être fiers de ce qu’on est, conscients de nos bons et mauvais côtés. La première leçon de ce livre, pour les politiciens, c’est que les Québécois veulent des gens créatifs qui cherchent le consensus. Or, les politiciens sont conflictuels, toujours en maudit, en train de se chicaner, jamais en train d’apporter des solutions. Tout ce que les Québécois n’aiment pas…


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Vous qualifiez les Québécois de villageois. Pourquoi?

Le Québec parle comme une nation, mais agit de façon régionale. Les aptitudes et comportements des gens se différencient d’une région à l’autre. Les habitants de la Beauce, du sud de l’Estrie et de l’Outaouais, par exemple, ont un comportement différent du reste du Québec. Ils sont plus ouverts, entrepreneurs, affairistes. Nous les appelons les frontaliers. C’est une découverte. Dans les régions ressources, les priorités sont différentes. Le travail, la famille et la patrie prennent le dessus. Toutes ces différences surprennent les Anglo-Canadiens. Pour eux, le Québec se résume souvent à Montréal d’un côté, et du reste du Québec de l’autre.

Vous avez d’ailleurs traduit votre livre en anglais (Cracking the Quebec Code). Pensez-vous qu’il y aura un intérêt au Canada anglais?

Oui, parce que les Anglo-Canadiens ne nous comprennent pas! C’est le fameux What Does Quebec Want. Ils ont de la difficulté à comprendre pourquoi on peut voter Bloc, puis NPD, puis Trudeau l’élection suivante… On peut changer d’humeur en moins d’une minute. On est cyclothymiques. Ils ne comprennent pas ça. Nous sommes très sociables, ouverts, heureux, mais aussi très fiers. Il ne faut pas que tu nous attaques… Cette réalité, les gens vont mieux la comprendre, dans le reste du Canada, en lisant notre livre.

Pour les Québécois, notre livre est plutôt un miroir. Certaines découvertes vont plaire aux lecteurs, d’autres non. L’un des traits qu’on identifie, c’est notre culture de victime. Certains n’aimeront pas entendre ça. Mais c’est la vérité, au Québec, c’est toujours la faute des autres. La mère patrie nous a abandonnés. Les Anglais nous assimilent, notre culture s’américanise… C’est toujours la faute des autres. Jamais celle des Québécois.

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«On n’est pas des Français qui vivent en Amérique, mais des Américains qui parlent français.
Eh ben ca lui aura pris 500 sondages pour en arriver là!
N’importe quel Québécois qui est allé une fois dans sa vie en France savait ca. Mais de là à dire qu’on est américains? On a rien de leur assurance, de leur agressivité, de leur unilinguisme, de leur obésité, de leur violence, de leur racisme, de leur gentillesse au volant.

Il manque un gros morceau au portrait: le Québecois est un être profondément colonisé. Pour moi c’est toujours ce qui me frappe chez mes concitoyens. Le côté terriblement colonisé. Et ça me fait toujours mal..

Nous sommes américains puisque nous vivons sur le continent de l’amérique du nord. Le problème concernant le nom Américain est dû au fait que les résidents des États-Unis se sont arrogés le nom d’Américain comme s’ils n’y avait qu’eux sur le continent. De la part des soi disant Américians ce n’est pas une surprise car ils se croient numéro UN de la planète, rien de moins.

Ils oublient que la très grande majorité des inventions sous license américaine sont le produit du travail d’immigrants dont ils ont expressément tenté de vider le continent Européen durant et après la deuxième guerre mondiale.

Vous exprimez très bien le fait que les Québécois se sentent profondément colonisé. C’est le produit de l’excellent travail des péquoistes qui ont joué la carte anti anglophone en brandissant la conquête du Canada il y a plus de trois siècle pour en faire un fait actuel, ce qui est considéré comme étant de la politique émotionelle que l’on peut trafiquer avec aisance.

Ben l`fun de vouloir absolument nous faire « fitter » dans un moule mais LE Québécois, ça n’existe pas.

Comme toute entité nationale, nous sommes composés de millions d’individus avec leur personnalité propre, leurs désirs, leurs peurs, leurs ambitions, etc… qui diffèrent de l’un à l’autre. Tenter de nous incorporer dans un modèle est totalement stupide car personne ne se reconnaîtra dans la personnalité ainsi définie.

Léger, le frère de la députée et ex-ministre péquiste tente de vendre des livres. Point!

Si vous avez vraiment un problème d’identité, voyez un psychiatre. pas un écrivain.

Je vous conseillerais, si vous me permettez, d’étudier les tests d’orientation. Ils sont justement basés sur les caractéristiques particulières à chaque groupe. On appelle ça des sous-cultures. Ça ne veut pas dire que tous les membres d’un groupe ont tous les mêmes goûts et aptitudes, mais ça indique que certains traits reviennent plus souvent dans ce groupe plutôt que dans un autre. Par exemple, si un individu aime le hockey, y’a plus de chances qu’il soit canadien que tunisien. Mais ça veut dire aussi que si vous êtes canadien et que vous n’aimez le hockey, les amateurs de ce sport vont vous taper sur les nerfs beaucoup plus que d’autres, puisqu’il y en aura partout autour de vous…
Comme y’a encore beaucoup de séparatistes au Québec, malheureusement pour les autres, et vice-et-versa!

Je ne peux vous donner totalement raison, toute société tend vers des comportement qui lui sont propres. Celui que j’aimerais donné comme exemple est qu’en général, nous n’aimons pas la chicane, on n’aime pas faire de la peine.
Avez-vous déjà regardé un « show de chaises » à la télé française. Très souvent, c’est à qui va enterrer l’autre, si on réussi à parler par dessus l’autre et l’empêcher de s’exprimer, on a gagné, peut importe la pertinence de ce qu’on l’on dit. Au Québec, il y a plus de René Simard que de Thierry Ardisson.
Il m’arrive de penser que cela est dû à l’hiver qui nous a toujours accompagné pendant que nous construisions notre société. À une époque où les français coupaient des têtes, nous, en pleine hiver, au cœur d’un environnement pas encore dompté, c’est un voisin, pas tant aimé que ça qui pouvait nous sauver la vie.
Ça laisse des traces qui prennent plus d’une génération à disparaître.
Porter attention à comment on insulte dans une société peut être révélateur. Au Etats-Unis on dira « c’est un loser », en France on dira « c’est un con » au Québec on dira « c’est un écœurant » Je serais curieux pour la Chine. Et, est-ce que je me trompe si pour l’Italie, l’insulte suprême est « Cocu »?
Maintenant, peut-on penser que pour François, la sociologie est inutile?

Ne vous en faites pas concernant les commentaires de François1. Son cerveau est programmé pour une réaction allergique à tout ce qui peut avoir une connection de près ou de loin au Parti Québécois. Je lui avais conseillé de consulter pour cette pathologie mais les résultats se font attendre…

Personellement , ça fait longtemps que je crois qu’on est encore colonisé dans l’âme. ……..Plier une feuille de papier pendant 200 ans et ensuite essayé de la déplier tout d’un coup …….pas possible….il faut du temps avant que la feuille se déplie…………….alors ….tirez votre conclusion !

M. François 1, j’hésite entre vous suggérer un psychologue ou un psychiatre, mais sûrement que l’un et l’autre pourraient vous être fort utiles pour tenter d’apaiser un peu tout ce fiel qui vous habite…

En fait, le Québécois est un américain qui parle anglais en utilisant des mots en français. Parce la langue parlée nest pas le français.

Ha! Ha! Ha! C’est vraiment comique ça, on dirais que ça laisse entendre qu’il n’y a pas de francophones hors Québec… les séparatistes, ils me font bien rire. Si les québécois sont si heureux, pourquoi chialent-ils tout le temps?

Extrêmes centristes à la recherche du consensus… Il faudrait d’abord s’entendre sur le mot consensus. Est-ce l’expression d’une majorité remuée par le dernier témoignage d’une victime ou d’un indigné à TLMEP ? Ou le résultat d’un travail patient d’analyse et de réflexion d’une société qui s’informe et se mobilise ? D’un peuple qui réagit, ou qui agit ?

Lorsqu’on s’intéresse à la généalogie, les Québécois réalisent souvent qu’ils ont dans leur lignée des membres des Premières Nations. J’ai commencé à lire votre livre par la fin et le mot consensuel m’a immédiatement ramenée au cercle de la vie valorisé par ces peuples qui ont certainement sauvé de la mort les envahisseurs venus d’Europe. Il me semble qu’il serait possible d’en tenir compte. Les Québécois ne se sont pas installés sur un territoire vierge. Certains auteurs établissent même un lien entre liberté, fraternité et égalité et les peuples vivant en Amérique. Dans la mixité que vous décrivez et qui serait la nôtre, est-ce que cette réalité n’est pas manquante? La majorité d’entre nous seraient de culture française, influencés par des autochtones, vivant dans une société anglaise avec un mode de vie américain. J’ai vraiment apprécié l’entrevue à TMEP et celle de l’Actualité. J’ai acheté le livre ce matin. Il me reste à en faire le tour.

Beaucoup de personnes n’ont pas étudié en histoire et malheureusement s’attarde au bourrage de crâne des péquoistes.

Durant la grande période de colonisation, trois empires se faisaient concurrence. Les Anglais, les Français et les Espagnol.
Prenons comme exemple l’Afrique et l’Amérique du Sud.

En Afrique les pays les plus productifs et mieux nantis, sous toutes réserves, sont les pays qui furent colonisés par l’Angleterre. Les pays colonisées par la France sont en perpétuel discorde tel que l’ensemble des pays de racine latine le sont depuis leur constitution. Et leur PIB sont les plus pauvres du continent Africain.

Alors que l’Angleterre a laissé aux pays qu’elle a colonisé une administration, système scolaire et hospitalier digne de ce nom derrnière eux, la France a laissé qu’une système en déroute dont les pays en souffrent les conséquences jusqu’aujourd’hui.

Si le Canada était demeuré entre les mains de la France, nous serions tous des « Américains » tel que l’ensemble des États située entre le Mississipi et les Rocheuses lors de la vente de la Louisiane aux Américains par cette chère mère patrie, la France pour éponger une partie de leurs dettes pour tenter de conquérir la « Petite Bretagne », aujourd’hui appelé la bretagne situé au Nord-Ouest de la France, propriété de la Grande Bretagne à cette époque.

Pour ceux qui n’ont jamais voyager, les personnes qui parlent la langue française présentement en Louisiane ont 70 ans et plus malgré que leurs décendants représentent environ 6% de la population.

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