Un yacht… n’est pas une chaloupe !

La mollesse et la rouerie avec lesquelles des élus et ex-élus syndicaux et municipaux du Québec ont expliqué récemment leurs écarts de conduite, ou ceux de leurs subordonnés, laissent pantois. Et elles font craindre le pire quant à ce que révéleront les enquêtes policières qui se déroulent dans le secteur de la construction.

Que trouvera-t-on au bout de cet arc-en-ciel de copinage ? Déjà, la GRC a arrêté deux fonctionnaires de l’Agence du revenu du Canada soupçonnés de complicité dans une affaire de fraude fiscale de plus de 4,5 millions…

Le Québec n’est pas la Somalie ou le Myanmar, les deux pays jugés les plus corrompus par Transparency International, organisme indépendant qui lutte depuis des années contre la corruption. La police, les entreprises et le secteur public font un travail rigoureux pour limiter les tentations et punir les fautifs. Les parlementaires sont encadrés et les mœurs politiques se sont assainies, même si ça ne protège pas de tous les dérapages, comme l’a prouvé le scandale des commandites. Côté municipal et syndical, toutefois, il reste bien du boulot à faire !

Les élus municipaux ne sont pas tenus de suivre une formation en éthique et gouvernance. L’Union des municipalités du Québec offre une formation optionnelle. L’éthique y est l’un des 15 sujets couverts en deux jours ! À la CSN comme à la FTQ, on admet que même si on formait déjà les trésoriers à la saine gestion des cotisations des membres, les centrales ont besoin de rafraîchir leurs connaissances. Les deux directions s’offraient d’ailleurs, fin avril, à des dates différentes, une rencontre avec le directeur de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, Michel Nadeau. « Nous allons aussi nous doter d’un nouveau code de gouvernance, dit René Roy, secrétaire général de la FTQ. Les normes morales instaurées sous Louis Laberge doivent être mises à jour. »

Selon Transparency International, les secteurs de l’armement, de la construction et des travaux publics sont les plus vulnérables au trafic d’influence. Leurs dirigeants devraient être les plus vigilants!

Les premières réactions du président de la FTQ, Michel Arsenault, à l’enquête de nos collègues de la SRC sur les notes de frais frauduleuses d’un de ses dirigeants étaient désolantes. Il lui a fallu deux jours pour commenter l’affaire. Le dirigeant fautif avait été congédié ? Arsenault aurait dû le dire tout de suite et annoncer les correctifs apportés. Il fallait être un phare dans la tempête. Pas un écran de fumée de plus !

Les militants de la FTQ qui se défoncent pour franciser les ouvriers immigrants ou syndiquer des milieux mal nantis méritaient mieux que les pitoyables explications tardives de leur chef.

L’ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino n’a pas fait mieux en démissionnant de Dessau après que la presse eut révélé qu’il avait séjourné sur le bateau du promoteur Tony Accurso, peu avant que la Ville accorde à ce dernier, et à Dessau, un mégacontrat pour l’installation de compteurs d’eau. Dans le communiqué publié pour annoncer la démission de Zampino, le mot « yacht » n’apparaît pas une seule fois ! On parle d’« embarcation ». Pourtant, c’est bien sur un yacht qui se loue 60 000 dollars la semaine que Zampino a séjourné, pas dans une chaloupe ou un canot !

Ce vétéran comptant 20 ans de vie publique refuse d’admettre son erreur et se pose en victime de l’inquisition des médias et d’une campagne électorale agressive. « C’t’une maladresse. » Maladresse, mon œil !

La tentation de profiter d’une fonction confiée par des électeurs pour favoriser son enrichissement personnel est universelle. C’est pourquoi les institutions mettent en place des mécanismes pour la tenir en échec : codes, règles, comités de surveillance. Souhaitons que l’enquête en cours dans le monde de la construction déclenche une vague de resserrement des contrôles.

Selon Transparency International, on peut s’attendre à ce que les tentatives de corruption augmentent avec la crise économique.

Une société floridienne de relations publiques y a même vu une bonne occasion d’affaires. TransMedia Group a acheté les noms de domaine ethicsrehab.com et moralcollege.com. Car il ne suffit pas, selon son président, de congédier les fautifs. Il faut leur imposer une « rééducation », les former pour qu’ils ne transportent pas simplement ailleurs leur manque d’éthique !

Des cures de désintox pour fonctionnaires et élus corrompus ? Pourquoi pas !

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La suite des événements :

Compteurs d’eau : la Ville fait le point

Une ligne pour donner des tuyaux

 

 

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