Une bourse si je persévère

Un programme de lutte contre le décrochage scolaire a fait des miracles dans un quartier de Toronto. Et il pourrait en faire autant dans le sud-ouest de Montréal.

Image : Aaron McConomy, Colagene.com

Nathaniel Lafrance, 13 ans, n’aime pas l’école. Mais deux fois par semaine, il fait ses devoirs avec l’aide de tuteurs bénévoles dans le sous-sol de la Verdun Community Church. Cet élève de 2e secondaire participe à un programme de lutte contre le décrochage, « Passeport pour ma réussite ». Sa motivation ? « La bourse d’études de 2 500 dollars que j’obtiendrai à la fin », dit-il sans hésiter.

Quelque 125 élèves de 1re et 2e secondaire sont, comme Nathaniel, inscrits à ce programme, qui a d’abord été lancé à Toronto en 2001 sous le titre de « Pathways to Education » et qui a été mis en œuvre en 2007 à Verdun par l’organisme communautaire Toujours ensemble.

« Pathways to Education » a fait des miracles à Regent Park, quartier pauvre du sud-est de Toronto où dominent des tours d’habitation à loyer modique. Le taux de décrochage scolaire y est passé de 56  % en 2001 à 10 % aujourd’hui ! L’absentéisme, lui, a diminué de moitié. Devant ce succès, les autorités de l’Ontario ont accordé, en 2007, 19 millions de dollars à l’organisme de charité torontois Pathways to Education Canada afin qu’il mette son programme sur pied dans d’autres villes de la province, notamment à Kitchener et à Ottawa.

Toujours ensemble — qui est financé par Pathways, Centraide du Grand Montréal et la fondation de la famille J.W. McConnell — est le premier à avoir adopté ce modèle au Québec. La grande majorité des participants à « Passeport pour ma réussite » viennent de l’école secondaire Monseigneur-Richard, à Verdun, où près de la moitié des élèves décrochent avant la fin de leurs études — c’est deux fois plus que la moyenne québécoise.

Pour encourager les jeunes à persévérer, « Passeport pour ma réussite » offre deux séances hebdomadaires de tutorat scolaire. Les élèves doivent aussi assister chaque semaine à une soirée d’activité de groupe supervisée par un mentor (sport, danse hip-hop, atelier de cuisine, etc.). Ils rencontrent régulièrement un « conseiller-ressource » qui leur fournit un suivi personnalisé et fait le pont entre l’école et leurs parents. « Ce conseiller contacte le jeune dès qu’il s’absente d’une activité », dit Mathieu Sage, directeur du programme à Toujours ensemble.

À la rentrée, en septembre, les participants reçoivent des fournitures scolaires gratuites. Ils peuvent bénéficier de repas gratuits à la cafétéria de l’école, et leurs parents pourront se faire rembourser, en cours d’année, le coût du matériel didactique et d’un uniforme — obligatoire à l’école Monseigneur-Richard. Mais pour pouvoir profiter de ce soutien financier, les élèves doivent être présents à 70 % des séances de tutorat. S’ils y parviennent, ils recevront une bourse d’études post-secondaires de 500 dollars pour chaque année de participation (donc, 2 500 dollars au bout de cinq ans).

La formule séduit. Environ 95 % des élèves de la cohorte de 2007 se sont réinscrits en 2008. « Les jeunes et les parents embarquent ! » se réjouit Mathieu Sage. L’école Monseigneur-Richard aussi. Une enseignante a été libérée de certaines tâches pour discuter avec les conseillers des difficultés éprouvées par les élèves.

Richard Guillemette, directeur général de l’école, observe déjà des effets positifs. Le programme permet de rapprocher de l’école les parents qui se méfient des établissements scolaires à cause de mauvaises expériences. « Toujours ensemble a une bonne réputation dans la collectivité, dit-il. Les parents ne craignent pas d’être jugés par les employés de l’organisme. »

Il faudra néanmoins attendre que les participants atteignent la 3e secondaire, l’an prochain, pour bien mesurer les répercussions du programme. « C’est à ce moment-là que l’absentéisme devient un problème », dit Richard Guillemette. Et que la menace du décrochage plane…