Une étoile est née

Première Québécoise à se hisser au palmarès des 25 meilleures joueuses de tennis au monde, Aleksandra Wozniak n’en finit plus d’accumuler les exploits. Et ce n’est que la pointe de la raquette  !

Photo : Sang Tan/AP/PC

Deux semaines après sa participation au mythique tournoi de Wimbledon, Aleksandra Wozniak arborait tou­jours un immense bleu sur sa cuisse gauche. « Un cadeau de Serena Williams », ironise-t-elle. Le 26 juin, la joueuse de tennis québécoise et sa partenaire allemande Sabine Lisicki affrontaient les redoutables sœurs Venus et Serena Williams. « J’étais au filet, raconte Aleksandra Wozniak. Serena Williams a reçu une balle flottante. Elle avait l’occasion de conclure facilement le point. Le court était grand ouvert et l’éthique du tennis exigeait qu’elle dirige la balle là où il n’y avait personne. Elle a plutôt choisi de me viser au corps. Elle s’est excusée du bout des lèvres. Mais il est clair qu’elle voulait me lancer un message. »

L’anecdote n’est pas banale. De toute évidence, Serena Williams a voulu se ven­ger de sa défaite de l’année der­nière face à la Québécoise, au tournoi de Stanford, et lui souhaiter la bienvenue parmi les plus grandes. Alors 21e joueuse mondiale (elle a perdu quelques rangs depuis), Aleksandra Wozniak fait désormais partie de l’élite, et ses adversaires l’ont à l’œil.

À la mi-juin, au tournoi d’Eastbourne, en Grande-Bretagne, la Blainvilloise a pulvérisé la championne de Roland-Garros, Svetlana Kuznetsova, cinquième joueuse mondiale. Cette performance lui a valu de faire les premières pages des quotidiens québécois, un exploit dans un pays obsédé par le hockey été comme hiver.

Première Québécoise à se hisser si haut dans le classement mondial, Aleksandra Wozniak, 21 ans, n’en finit plus d’accumuler les prouesses. Elle fut la première joueuse du Québec à gagner un match en tournoi du Grand Chelem (à Roland-Garros, en 2008) et la première aussi à remporter un tournoi de la Women’s Tennis Association (WTA), à Stanford, l’été dernier.

Et ce n’est pas fini, s’il faut en croire Eugène Lapierre, directeur de la Coupe Rogers. « Elle a les armes et la puissance pour rivaliser avec les meil­leures, dit-il. Elle a encore des choses à développer, malgré ses immenses progrès des dernières années. D’autres joueurs sont à leur apogée quand ils atteignent le top 100. Pas Aleksandra. Elle peut encore améliorer ses services. »

Elle est extrêmement sérieuse et disciplinée, souligne pour sa part Jean-François Manibal, directeur général de Tennis Québec. « Il faut la voir s’entraîner, sept heures par jour, au Centre national de tennis du parc Jarry pour le comprendre. Sa condition physique s’améliore constamment. Et elle gagne en maturité de semaine en semaine », s’émerveille-t-il.

Ce qui distingue Aleksandra Wozniak de tous les autres Québécois qui ont accédé au circuit mondial, c’est qu’elle « y croit ». Cette fille d’immigrants polonais arrivés au Canada en 1983 n’a pas peur de la pression ou du glamour. Au contraire, elle en raffole. Elle ne manque pas d’assurance, n’a pas de complexes. Son prochain défi ? « Me hisser parmi les 10 meilleures joueuses mondiales et remporter un jour un tournoi du Grand Chelem », confie-t-elle.

« Elle a tout ce qu’il faut pour y par­ve­nir. Mais revenir dans le top 20 et y demeurer constitue déjà un immense défi », rappelle Eugène Lapierre. À quelques jours de la Coupe Rogers, L’actualité a rencontré Alek­sandra Wozniak au Stade Uniprix, tout près du court central – où elle ne jouera pas cet été, puisque le volet féminin des Inter­nationaux du Canada a lieu à Toronto.

Comment expliquer votre progression fulgurante des derniers mois ?

– Il n’y a pas de miracle. J’ai toujours cru en moi et j’ai toujours eu une attitude positive. Je joue au tennis depuis l’âge de trois ans et je n’ai jamais perdu le plaisir de frapper des balles. Mon père, Antoni, m’a tout appris et il est encore mon entraîneur aujourd’hui. Ma famille n’a jamais cessé de me soutenir. Pour accéder au sommet, il n’y a pas de secret. Il faut aimer son sport, être persévérant, travailler fort, avoir des entraînements de qualité, se donner des objectifs. Surtout, il faut que cette passion vienne de toi, qu’elle ne soit imposée par personne. L’année 2007 a été pour moi une année très difficile, marquée par plusieurs blessures. J’ai décidé ensuite de redoubler d’ardeur et de me relever. J’ai amélioré ma condition physique grâce à un préparateur physique et à une nutritionniste. Les résultats ont suivi !

La vie sur le circuit international ressemble pour beaucoup à une vie de rêve : les voyages, l’argent, le glamour et tout. Cela correspond-il à la réalité ?

– Quand on appartient au top 50 ou, encore mieux, au top 25, c’est une vie fabuleuse, en effet. Je suis maintenant connue des sœurs Williams, de Dinara Safina et de toutes les meil­leures joueuses. Je fais partie de ce groupe sélect. Je suis aussi beaucoup plus populaire au Québec et dans le reste du Canada. On me reconnaît au restaurant ou dans la rue. On m’invite à la télé et à la radio. Tout cela me fait grand plaisir, surtout que je n’ai que très rarement la chance de jouer devant mon public. Cela dit, la vie sur le circuit demeure difficile. Les meilleures joueuses ne font pas la fête souvent. On joue son match et on rentre à l’hôtel pour se reposer en vue du prochain. Plus je monte dans le classement, plus j’affronte des joueuses prêtes à tout pour me battre.

Que vous faudrait-il pour vous hisser parmi les 10 meilleures joueuses mondiales et remporter un tournoi du Grand Chelem ?

– Pour que je puisse espérer progresser encore, la prochaine étape sera de me trouver un commanditaire qui me permettrait d’être toujours accompagnée d’un entraîneur physique. Les joueuses du top 10 peuvent s’offrir ce luxe. Cela leur évite des blessures et leur permet de donner, jour après jour, de grandes performances. Mon commanditaire principal, IRIS, me permet déjà d’être accompagnée par mon entraîneur de tennis, ce qui est une excellente chose. J’ai pu emmener mon père avec moi quatre semaines en Europe cet été. Mais il me faudrait trouver un autre commanditaire pour aller plus loin. Ce n’est pas facile.

Depuis l’émergence des Anna Kournikouva et Maria Sharapova, les joueuses de tennis se font de plus en plus coquettes. Ressentez-vous une pression à cet égard ?

– Une pression ? Pas du tout ! Au contraire. Les joueuses adorent soigner leur image. Je fais partie de celles qui sont très soucieuses de cet aspect. C’est aussi une responsabilité, pour les personnalités publiques, que de veiller à leur apparence. Je suis une passionnée de mode. Après ma carrière, je compte bien lancer ma propre collection de vêtements, comme Venus Williams l’a fait. 

Tous les sports professionnels sont aux prises avec des problèmes de dopage. Qu’en est-il au tennis ?

– Nous subissons régulièrement des contrôles antidopage sévères. Les joueuses qui font partie des 50 premières dans le classement mondial font l’objet d’une plus grande attention. Cela dit, il y a sûrement du dopage, comme dans tous les sports, et on voit certains athlètes se transformer. Mais je n’en sais pas plus à ce sujet et ça ne m’intéresse pas.