Une génération de transition

Abandonnés dans le vestibule de l’histoire du Québec moderne, les X ne seront politiquement qu’une courroie de transmission entre les baby-boomers et la génération du millénaire.

Photo : Daphné Caron

Je suis une X. Ma génération, née grosso modo entre 1960 et 1980, souvent qualifiée de génération sacrifiée, fut dans l’ombre des tonitruants et nombreux boomers qui nous ont précédés. Comme beaucoup de X, j’ai étiré mes études parce que le marché du travail était bouché. No future. J’ai créé ma job. Toujours pigiste, je suis devenue entrepreneure. Nos égoïstes aînés avaient blindé leurs conditions de travail avec des « clauses orphelin ».

Nous avons appris la débrouillardise et le cynisme sur le tas. Nous sommes une génération d’indépendants, de tout-seuls. Notre angoisse existentielle a baissé d’un cran quand, en 1990, Richard Martineau lança La chasse à l’éléphant, un pamphlet qui attaquait ceux qui avaient fait de nous cette génération mal-aimée. Il nommait l’« ennemi », le baby-boomer, et nous mettait au monde comme groupe dans l’imaginaire québécois.

Depuis, Richard est devenu un notable, et nous accédons, tardivement, aux postes de pouvoir. Mais cette impression durable d’avoir été abandonnés dans le vestibule de l’histoire du Québec moderne persiste. Nous avons été élevés par et avec des baby-boomers. Leurs valeurs nous ont façonnés ; c’est contre eux que nous nous rebiffions, mais ce sont eux qui ont construit la société dans laquelle nous sommes encore.

En politique, ils ont longuement régné sur l’état post-Révolution tranquille, alors que nous avons passé un tour. Les seuls X chefs de parti auront été Mario Dumont et André Boisclair, et Dieu sait qu’on leur a reproché leur jeunesse ! Ils furent des ovnis.

Il semblerait cependant que nous tenions notre revanche en cette année électorale québécoise. Pour la première fois, en 2018, les boomers, les X et la génération suivante, les Y, auront le même poids électoral. Nous exercerons la balance du pouvoir. Il faudra nous séduire, nous, les désabusés. Les chefs actuels des grands partis sont des baby-boomers. Il n’est pas innocent que Jean-François Lisée ait promu Véronique Hivon vice-chef. Or, la méfiance des X envers le pouvoir est encore puissante. Quand le PQ propose un État fort, ça peut heurter l’ADN du X, qui a « du ressentiment dans l’sang », comme le chantait La Chicane. Il ne serait pas surprenant que bon nombre de X votent pour la CAQ…

Le discours, la vision des X ne sont pas en phase avec ce que désire l’époque : un optimisme sans faille, du « j’ai le droit » péremptoire en guise de slogan électoral, avec des autocollants de licornes sur les pare-chocs.

Un peu partout, on applaudit le rajeunissement de la garde politique. Emmanuel Macron en France, Justin Trudeau à Ottawa, Valérie Plante à la mairie de Montréal (quoique Denis Coderre soit né en 1963, mais un vieux 63…). La politique s’adapte à la société. Et cette dernière carbure en ce moment au jeunisme. Les « milléniaux », ex-enfants rois, sont devenus le peuple adolescent ; les citoyens rois. Ils ne sont pas plus nombreux que les X, mais leurs envies et leur présence se font dominantes. Les X au pouvoir ne seront qu’une génération de dirigeants de transition.

Il y aura sûrement, après les élections du 1er octobre, des changements de garde à la tête des partis perdants. Il est tout à fait imaginable (des rumeurs circulent déjà) que des X se présentent, prêts à piaffer quelques années dans l’opposition (cette posture sied congénitalement bien aux X !). Mais il y a fort à parier que ces chefs ne seront aux commandes que le temps que leurs partis respectifs se recomposent et que la génération du millénaire accède à la direction. Le discours, la vision des X ne sont pas en phase avec ce que désire l’époque : un optimisme sans faille, du « j’ai le droit » péremptoire en guise de slogan électoral, avec des autocollants de licornes sur les pare-chocs. En ce sens, les Y sont les enfants des boomers, leurs héritiers en droite ligne.

Encore une fois dans l’histoire, les X seront un entre-deux, une courroie de transmission, un pis-aller. Les « milléniaux » sont, en poids démographique, aussi (peu) nombreux que les X, mais leurs idées, leur conception du monde prévalent. Elles sont plus postmodernes, mieux adaptées, plus lisses. Ça nous apprendra à bougonner et à nous méfier de tout !

Mais au jeu du pouvoir, le triomphe des Y pourrait bien être de courte durée. Les Z, enfants des X, la première génération du tout numérique, celle née au tournant du XXIe siècle, arrivent en force. Ils sont tournés vers le monde comme aucune autre génération. Et comme leurs parents, ils sont indépendants et autonomes. Les mutations sociales qu’ils nous promettent seront profondes, et la politique n’y échappera pas.

Ils seront, peut-être, la revanche des X.

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19 commentaires
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Bien mal parti votre exposé madame Bazzo: « Nos égoïstes aînés avaient blindé leurs conditions de travail avec des « clauses orphelin « … Certes oui et il le fallait. Les boomers étaient des enfants de très grosses familles (8-10-12 et même 14 enfants), comparé aux familles d’aujourd’hui. Nous sommes arrivés dans un marché du travail dominé par les grosses compagnies anglaises surtout et les syndicats étaient la seule réponse à l’exploitation des travailleurs. Si tu ne faisais pas l’affaire du « boss » à l’époque, tu devais te chercher un autre job. Tu ne pouvais pas te permettre d’être malade ou de penser différemment de ton employeur. Comme disait Yvon Deschamps « Avec une job steady pi un bon boss, l’union, qu’ossa donne ? » . Et c’était exactement pour protéger ses enfants (les X) que les boomers se sont battus (contre les matraques de la police et gouvernements vendus) afin de ne pas se retrouver dans la rue par caprice du patron, avec leurs enfants. Qu’on nous blâme d’avoir fait des acquis est facile quand on n’a pas le courage de vouloir se battre pour en avoir d’autres. C’est sans doute l’erreur des boomers d’avoir trop voulu tout donner à sa marmaille. C’est sans doute de là qu’a commencé la dégringolade des familles et l’explosion spectaculaire du féminisme qui a ramené la grosseur des familles à 2 enfants et moins, d’où notre disparition lente mais certaine comme société française de souche. Continuez à blâmer les boomers si ça vous chante, mais la disparition des « de souche » ne sera pas leur œuvre mais la vôtre si vous continuez à ne pas le voir, et surtout ne rien faire.

Très bien dit. Les X oublis de dire que sans nous leur belles et longues études n’auraient pas eu lieu.

C’est assez stupéfiant cette notion de « génération sacrifiée ». Comme je suis né en 1955, je suis un « boomer » de facto, mais pas si loin que ça des X….

Souvent, je me dis que moi aussi (#metoo) j’ai aussi été sacrifié quelque part. Si ce n’est que mes sacrificateurs, c’était la génération précédente qui avait elle aussi été sacrifiée par la guerre (la deuxième guerre mondiale), laquelle génération précédente avait aussi été sacrifiée par la génération de 14-18 et ainsi de suite.

Si moi aussi j’ai été par divers aspects sacrifié, j’ai vu que certains « boomers » ont très bien réussi, au-delà de toutes espérances, j’ai remarqué aussi que des X ont très bien réussi (tandis que d’autres pas), que des Y ne sont pas en reste et que l’avenir de plusieurs milléniaux est prometteur.

Cet avenir sera-t-il prometteur pour tous ? Je me garde une petite gêne et encore quelque doute. Toutes les générations par définition en sont une de transition.

Chaque génération apporte son lot de « bouc émissaires ». Nous vivons encore dans toutes sortes de sociétés sacrificielles. Nous croyons que cela prend encore de sacrifier des personnes ou des choses à ceux qui (du plus haut) nous regardent (et que nous ignorons) lorsque ceux qui nous voient ne regardent probablement rien de tout cela ou alors il faudrait conclure que la cruauté nous vient du ciel.

Qu’est-ce que la reconnaissance justement ?

Il faudrait mieux comprendre ce qui amène des gens à vouloir exercer un pouvoir politique et comprendre pourquoi d’autres pas moins compétents ne s’y intéressent pas ou plutôt s’en détournent. L’exercice du pouvoir n’est-il pas par certains aspects une forme de perversion ? — La lecture d’Aristote, Platon et de quelques autres pourrait être vivement recommandée….

Pourquoi vouloir prendre une revanche par la bande par le truchement qui plus est de nouvelles générations ? N’est-ce pas une manière détournée pour toujours exercer encore et toujours le contrôle peu importe les époques ou le temps ?

Je suis ne en 1957. Un des derniers vrai « boomer ». L’erreur des X est double. 1- Ils nous reprochent de leur avoir refilé la facture des services sociaux, alors que nous payons amplement celle que nos parents nous ont refilée. Nous avons subi les hausses de taxes, les hausses d’impôt, l’emballement de l’inflation et des taux d’intérêt, etc. 2-Ils nous accusent de favoriser la pensée unique alors que c’est notre génération qui a jeté à terre la plupart des entraves à la liberté d’expression. Et les ténors des X sont parmi les plus intolérants en matière de débats d’opinions.

PAÛVRE PAÛVRE PETITE MOI

OUIYE ! OUIYE ! OUIYE! ALORS !

PAÛVRE! PAÛVRE! Mme BecSec
C’est Triste triste!
Elle est gravement Étiente.
La Générationite Aiguë qui la câble lui noue les entrailles
Elle fait de la fièreve
Elle mélange tout
Le temps qui passe, les individus qui le forgent
Et sombre dans la jalousie, la rancœur, l’accablement, le repli sur soi.
Para No Ya…! Comprends tu ça? comprends tu ça!

Génération pour Générer une Nation … C’est optimiste, constructif, rassembleur
Et ça prend du temps

Ça fait plus de trente ans que vous nous les cassez. « Comme beaucoup de X, j’ai étiré mes études parce que le marché du travail était bouché. » Pauvres petits, à 17 ans pas le choix que d’aller travailler, dans une job minable, à un salaire minable (43$/semaine brut), après avoir payé ma pension à mes parents (20$) et l’autobus, restait des « peanuts » et vous me parlez de marché du travail bouché? Pour avoir une job un peu meilleur, il fallait être parfaitement bilingue (ce qui supposait que vous pouviez traduire), pour un salaire inférieur à celui de vos collègues anglophones et souvent avec un taux de productivité supérieur (évidemment la traduction devait se faire sur votre temps). J’avais les aptitudes, le talent, le potentiel d’étudier en sciences, mais à l’époque, une jeune femme entrait sur le marché du travail en attendant de se marier puis de fonder une famille. Ai-je blâmé mes parent? Pourquoi! Pour avoir été de leur temps? Ce n’eut été que puéril et contre productif.

Chaque génération est confronté à ses propres défis pour se tailler une place qui lui conviendra, plus ou moins!

Je suis né en 1959, la dernière des Boomers. Malgré la loi 101 et une francisation progressive (mieux que 1950), les employeurs nous demandent encore d’être parfaitement bilingues, souvent pour un petit salaire de crève-faim. Et ça n’ira pas en s’améliorant…

On a été un admirateur, Madame, de vos chroniques et de vos émissions depuis longtemps. Aujourd’hui, avec votre billet et vos attaques gratuites, condescendantes et irrévérencieuses sur les »boomers » et ces générations qui nous ont précédé et qui ont façonné positivement la société d’aujourd’hui, vous venez de nous ramener à la réalité! On ne connait pas de »boomers » qui se sont attaqués gratuitement aux générations antérieures, qui ont vécu les deux périodes de »Guerre mondiale » et de la Grande dépression! Vous avez connu, vous, ces époques ou la technologie n’était qu’à ses premiers balbutiements? Ou la population, pour une très grande majorité vivait et s’éclairait à la chandelle, à la lampe à l’huile? Ou la femme de la maison (ie. le féminisme n’avait pas encore vu la lumière du jour) cuisinait sur le poêle à bois, faisait la lessive à l’aide d’un moulin à tordeur, étendait les vêtements sur une corde à linge à l’extérieur (ie. même en hiver), repassait les vêtements de sa marmaille à l’aide d’un fer à repasser qu’elle devait réchauffer sur le poêle à bois parce que l’électricité n’existait pas! Cette période ou la majorité de la population dans les zones rurales, en particulier, ne connaissait pas l’accommodement des services sanitaires – la ‘bécosse’ à l’extérieur était l’option la plus rapprochée à la modernité! Et que dire de la ‘femme de la maison’ qui devait ajouter à son train de ménage de la maison en allant traire les vaches après sa dure journée de travail, quand ce n’était pas de faire les foins ou de faire la cueillette des légumes du jardin pour la préparation du souper pour sa marmaille de 8, 9, 10 ou 12 enfants! Non, Madame, je vous conseillerais de retourner à vos livres d’étude, à vos livres d’histoire, surtout, et peut-être d’avoir le courage de présenter des excuses officielles à tous les ‘boomers’ du Québec qui ne méritent pas ce genre de traitement de votre part. Cela nous surprend quelque peu que »L’Actualité » vous ait permis de sortir une telle ânerie dans sa propre publication!

C’est toujours facile de blâmer les aînés, ils ne seront plus là pour se défendre! Mais, dans le fond, chaque génération fait face à ses propres défis. Les boomers ont voulu changer le monde et ils n’ont réussi qu’en partie, ça c’est probablement leur plus grand échec. Ils auraient pu dire la même chose que Mme Bazzo dans leur temps mais au lieu de le faire, ils ont décidé de se battre contre à peu près tout le monde, l’église, Duplessis, les anglais, le fédéral, l’impérialisme, le capitalisme et j’en passe! Mais il y a une chose que nous avions conservé, c’est le respect pour nos aînés et malgré le fait qu’ils aient mis beaucoup d’entraves dans nos projets, nous les respections et nous nous sommes soumis à la démocratie.

Dans bien des sociétés, les aînés sont une source de sagesse pour les générations qui suivent. Prenez les autochtones, ce sont les aînés qui perpétuent le savoir traditionnel et la cohésion de la société. Malheureusement, c’est cela que le Québec a perdu et ça risque de se perpétuer à l’avenir… Pôvre X…

Bravo madame Bazzo,
Enfin une X qui ose dire ce que les autres X pensent. Notre génération a du apprendre à se la fermer, à entrer dans le rang, à se contenter de ce qui restait, et surtout à ne rien revendiquer. Nous avons maintenant cinquante ans, assez d’expérience et de vécu pour chialer, et il faudrait s’en priver parce que cela n’est pas de mode? Pis quoi encore!

Regardez qui critique cet article, encore les Boomers. Oui c’est vrai, vous les Boomers vous avez ouvert la voie, revendiqué et crée beaucoup de choses, mais vous avez tout pris pour vous. La pyramide démographique parle d’elle-même. Vous aviez le pouvoir du nombre et l’avez amplement utilisé. Maintenant ce sont les Y, les milléniaux et les Z qui nous poussent dans le c… . Hey, attendez votre tour.

Les boomers ont tout pris? Pris quoi? Arrivé sur le marché du travail en 1979, il m’a fallu quatre pour obtenir un emploi digne de ce nom, malgré une formation universitaire. Le taux de chômage frisait les 15% et l’inflation tournait autour de 13%. À l’époque, pas de congés parentaux (15 semaines d’assurance-chômage pour un accouchement), de très maigres allocations familiales, Sans ouplier tous les progrès technologiques qui vous facilitent la vie. Aujourd’hui, je paie pour tout cela, sans avoir pu en profiter.

Bonjour, Marie-France,

C’est vraiment dommage de tomber dans ce piège des conflits intergénérationnels.

Il nous faut impérativement nous élever au-dessus de ces débats puériles et, avec une plus grande simplicité et plus d’humilité, reconnaître que nous nous laissons tous manipuler par des scénaristes qui sont les seuls gagnants de cette stérilisation incessante des classes d’âge.

CORRECTIF
Bonjour, Marie-France,
C’est vraiment dommage de tomber dans ce piège des conflits intergénérationnels.
Il nous faut impérativement nous élever au-dessus de ces débats puérils et, avec une plus grande simplicité et plus d’humilité, reconnaître que nous nous laissons tous manipuler par des scénaristes qui sont les seuls gagnants de cette stérilisation incessante des classes d’âge.

Madame Bazzo s’inclut dans la génération X et si l’on se fie à Wikipedia elle serait née en 1961, sauf que Statistique Canada définit la génération des baby-boomers comme celle appartenant aux personnes nées entre 1945 et 1965. Elle serait une « late » baby-boomer.
Je soupçonne madame Bazzo de n’avoir jamais lu une convention collective qui contenait une clause de disparité, sinon elle aurait su que les clauses de disparités dites « orphelines » touchent la date d’embauche des nouveaux salariés et qu’elles peuvent s’étendre à tout groupe d’âge autant les jeunes que les vieux bien que les jeunes sont plus susceptibles d’être atteints par ces clauses. Soulignons que ces clauses sont ou ont été présentes dans une minorité de conventions collectives et qu’elles sont illégales selon la Loi des normes du travail depuis l’année 2000.

Intéressant… Sauf que Emmanuel Macron, Valérie Plante, Justin Trudeau, Jagmeet Singh sont tous des X et incarnent le renouveau de la classe politique et en donnent plus que le client en demande pour beaucoup côté valeurs « progressistes »… Est-ce qu’on exagère pas le caractère disruptif des milléniaux? Est-ce qu’on exagère pas le désengagement des X? D’accord, Zuckerberg est un millénial, mais les fondateurs de Google, celui de Tesla et SpaceX (Elon Musk), d’Amazon et de Blue Origin (Jef Bezos), les fondateurs de Twitter, de Wikipedia, de Linux (Linus T.) de Wikileaks (Julian Assange), du bitcoin, etc sont bel et bien des X… (Jobs et Gates sont des boomers, comme Obama, Bill Clinton et Trump).

Mme Bazzo,
En tant que baby boomer je pleure des larmes de crocodile sur la complainte des X.

On pleure tellement aussi pour tous ces enfants rois (Génération X) qui ont subit les pires sévices de la part des méchants ‘boomers’ depuis le début de l’Humanité. Chers ‘boomers’ soyez plus tolérant et compréhensif envers cette génération qui ne cesse de vivre le martyr!

J’aimerais ajouté que ma famille est sortie de la misère lorsque le syndicat est entré dans la choppe.