Une mine d’emplois en Abitibi-Témiscamingue

Portée par une nouvelle ruée vers l’or, l’Abitibi-Témiscamingue a des milliers d’emplois à offrir. Et pas que dans les mines !

Abitibi : une mine d’emplois
Photo : Daniel Rompré

C’est le pays des géants. Sur le chantier de la future mine d’or à ciel ouvert de Malartic, à 25 km de Val-d’Or, tout est démesuré. Les camions de 240 tonnes, dont les pneus font deux fois ma taille. Les pelles excavatrices hydrauliques, hautes comme des immeubles de quatre étages. Et la fosse que ces mastodontes s’apprêtent à creuser, si profonde qu’elle pourrait contenir la tour Eiffel !

Propriété à 100 % de l’entreprise québécoise Corporation Minière Osisko, le gisement Canadian Malartic emploiera 465 personnes dès sa mise en production, en 2011, et par la suite pendant au moins 12 ans. Conducteurs de pelle, ingénieurs miniers, soudeurs, métallurgistes, géologues… Sans compter les 400 travailleurs en sous-traitance qui, depuis août dernier, s’activent à la construction du complexe. Ils seront 800 cet été. Une manne pour Malar­tic, boomtown née lors d’une première ruée vers l’or, en 1939, mais éprouvée par les fermetures de mines et la crise forestière. Car l’explosion actuelle dans le secteur minier crée aussi de l’emploi dans d’autres domaines. Au total, quelque 9 000 postes sont à pourvoir dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue d’ici 2013 – surtout en raison des départs à la retraite.

« Canadian Malartic, c’est le chantier numéro un dans la région », dit Robert Mailhot, vice-président aux ressources humaines d’Osisko. « Nous avons déjà reçu 11 000 CV de tout le Québec, mais notre priorité est d’engager des gens d’ici », ajoute ce colosse aux yeux d’acier. Le plus bas salaire, celui de journalier, s’élève à 20 dollars l’heure. Et on peut rentrer chez soi le soir : la mine est située à cinq minutes de route du centre-ville de Malartic !

Son implantation a néanmoins engendré un grand déménagement (138 résidences ont été déplacées dans un nouveau quartier, où l’école, la garderie, le centre communautaire, etc., ont été reconstruits). Elle a aussi soulevé une tempête de critiques quant à ses répercussions sur le plan social et environnemental à long terme – d’autant qu’Osisko a entrepris le relogement avant d’avoir obtenu l’autorisation du BAPE. Un comité de suivi indépendant a finalement été mis sur pied, qui doit notamment informer la population sur ces répercussions et les mesures destinées à les atténuer.

Après avoir plongé durant la crise financière, le prix des métaux industriels (zinc, cuivre, nickel) s’est raffermi depuis fin 2009. L’or est, quant à lui, redevenu une valeur refuge avec la récession (1 110 dollars l’once début février). Dans la région, dix mines, dont huit d’or (en incluant celle de Malartic), sont sur le point de démarrer, s’ajoutant aux neuf déjà en activité. Et de nombreux autres sites en sont au stade de l’exploration.

De quoi faire baisser le taux de chômage dans cette région touchée par la crise forestière (9,5 % en 2009, contre 8,5 % pour l’ensemble du Québec). Des travailleurs forestiers au chômage sont d’ailleurs incités à se reconvertir en travailleurs miniers. « Cette reconversion est plus facile dans une mine à ciel ouvert que souterraine », observe l’anthropologue Sylvain Beaupré, de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). « En surface, la machinerie ressemble davantage à celle des chantiers forestiers. »

La reconversion de Daniel Tardif, ex-Montréalais de 32 ans, semble a priori moins évidente. Venu à Rouyn-Noranda pour enseigner la philo au cégep en 2008, il vient de commencer un DEP en extraction de minerai après s’être retrouvé au chômage. « Je suis tombé amoureux de la région et je ne voulais pas retourner à Montréal, dit ce bachelier en philo et en littérature. Cette formation professionnelle m’emballe : je suis sûr de trouver un emploi, et avec un salaire de plus du double de celui que j’avais comme prof. »

Le boum minier entraîne des créations d’emplois dans une foule d’autres secteurs. Environ 70 % des postes à pourvoir dans la région ne sont d’ailleurs pas liés à l’exploitation des ressources naturelles. La construction, notamment, est en croissance, le taux d’inoccupation des logements étant proche de zéro tant à Rouyn-Noranda qu’à Val-d’Or. Parmi les grands chantiers : la construction, par l’UQAT, de nouveaux pavillons et résidences sur ses campus de ces deux villes. Un agrandissement devenu indispensable avec l’augmentation du nombre de programmes et celle des effectifs étudiants (30 % de 2003 à 2008), étrangers et autochtones, entre autres. (L’automne dernier, des étudiants autochtones ont dû renoncer à leur session faute d’avoir trouvé un logement.) Et comme partout au Québec, les services et la santé sont eux aussi des secteurs où la demande de main-d’œuvre est forte.

« Quand j’étais au secondaire, dans les années 1990, nos parents nous pous­saient à partir pour étudier et travailler. Aujourd’hui, les ados nous disent qu’ils reviendront », souligne Simon Gaivin, 25 ans, cheveux en épis, qui est agent de développement pour Valorisation Abitibi-Témiscamingue. Ce comité, lancé par la Conférence régionale des élus, a élaboré en 2008 une stratégie pour attirer la main-d’œuvre.

Les chiffres le confirment : de plus en plus de jeunes rentrent (73 % des 20-34 ans en 2004-2005, contre 63 % en 1999-2000) et le solde migratoire s’améliore chaque année (de – 2 765 habitants en 2000 à – 392 en 2007). « La région est jeune et tout est à faire », poursuit Simon Gaivin, qui a lui-même vécu en Arizona et à Montréal avant de rentrer au bercail. « C’est un terreau fertile pour les nou­velles idées : l’esprit des bâtisseurs est resté. »