Une onde de choc nommée Mario

Qu’on soit pour ou contre ses idées, le chef de l’Action démocratique du Québec a profondément marqué l’année 2002.

Le verdict est tombé dès la première minute de la rencontre. En une seule phrase. « Je suis venu pour empêcher quelqu’un de passer », a déclaré un collaborateur, à peine assis à la table autour de laquelle allait se dérouler la réunion qui, chaque automne, mène au choix des personnalités de l’année de L’actualité.

« Quelqu’un » ne devait donc pas passer. Celui que personne n’avait besoin de nommer. Parce que tout le monde savait de qui il s’agissait: Mario Dumont, le chef de l’Action démocratique du Québec (ADQ).

« Pourquoi ? ai-je demandé.

Parce que je suis contre ses idées. »

Le mot était lâché : les idées. On était à des années-lumière des discussions des automnes passés, si peu marquées par les politiciens. En cette fin de 2002, ils se bousculaient sur la liste des candidats. Mario Dumont, le ministre Joseph Facal (pour sa sortie en faveur d’une révision du modèle québécois), son collègue André Boisclair (pour son action afin de faire débloquer des dossiers sur la protection de l’environnement), le premier ministre du Canada, Jean Chrétien (pour son appui au protocole de Kyoto), le sénateur Pierre Claude Nolin (pour son rapport sur la décriminalisation de la marijuana), le premier ministre du Québec, Bernard Landry (pour son engagement relatif au progrès économique du Québec et sa lutte contre le chômage).

La cour était pleine de politiciens. De leurs idées, surtout. La droite, la gauche, le modèle québécois, alouette ! Les esprits se sont échauffés. Avec, en toile de fond, l’ombre d’un jeune homme de 32 ans. Certains diront que le seul mérite de Mario Dumont aura été « d’avoir été là ». Et que la vraie personnalité de l’année est un électorat en ébullition. Ce serait trop simple.

Qu’on soit pour ou contre les idées de l’ADQ, son chef a marqué 2002 comme nul autre. Il a encouragé des centaines de personnes, souvent des jeunes, à s’engager dans le domaine politique. Pour lutter avec lui. Ou contre lui ! Ses idées ont embrasé le débat public comme peu l’avaient fait depuis les premières heures du projet souverainiste québécois.

Bousculer, inspirer, contribuer, changer… Voilà des mots clés qui, année après année, dirigent les projecteurs sur la personnalité de L’actualité. Mario Dumont mérite donc bien son titre. Pour le meilleur, diront ses partisans. Ou pour le pire, diront ses adversaires, qui craignent de le voir prendre le pouvoir et dilapider un héritage de solidarité sociale bâti au cours des quatre dernières décennies.

Les personnalités de L’actualité s’évanouissent rarement dans la nature. Richard Desjardins, choisi en 1999 pour son engagement à défendre la forêt boréale québécoise, continue de bouleverser le paysage. La fondation qu’il a contribué à créer a réussi, en novembre, à protéger des tronçonneuses une forêt encore vierge d’Abitibi.

Ted Moses était à Paris et à Bruxelles en novembre pour expliquer aux Européens que les Québécois sont à l’avant-garde en matière de relations avec les autochtones. L’entente qu’il a signée – et qui lui a valu son titre l’an dernier – sert aujourd’hui de base à des initiatives de développement économique qui profiteront autant aux jeunes Cris qu’à l’ensemble de la société québécoise.

Car soyons francs. Si Québec n’était pas en voie de construire de nouveaux grands barrages hydroélectriques – sur la rivière Eastmain, notamment -, le gouvernement n’aurait probablement pas annulé en novembre les projets de mini-centrales qui irritaient les écologistes.

Comment Mario Dumont marquera-t-il 2003 ? Il est trop tôt pour le dire. Mais la volonté de changement à laquelle lui et son équipe donnent une voix n’est pas près de s’éteindre.

Les Québécois ne sont pas, contrairement à ce que disait récemment le cinéaste Pierre Falardeau, des peureux qui s’intéressent seulement à « leurs REER et au pH de leur piscine ». On leur a connu, dans le passé, de grandes audaces électorales. Faisant fi des campagnes de peur, ils ont élu en 1976 un jeune gouvernement du Parti québécois. Comme ils avaient, dans les années 1960, élu des libéraux même si le clergé reprenait en chaire le mot de Duplessis: « Le ciel est bleu et l’enfer est rouge. »

Selon un sondage CROP-L’actualité, bien peu de Québécois perçoivent l’ADQ comme un danger.

Les politiciens n’ont pas été les seuls en 2002 à nous étonner et à nous inciter à bâtir le Québec de demain. Du chanteur Daniel Bélanger, qui nous invite à « rêver mieux », à Skawenniio Barnes, élève de 14 ans qui défie l’apathie de sa communauté mohawk pour la doter d’une bibliothèque, les personnalités de l’année 2002 voient loin. Et pensent aux générations futures. L’actualité les salue.

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