Une réputation surfaite

L’État français passe souvent pour un modèle de stricte laïcité, mais les sommes importantes qu’il consacre aux écoles privées confessionnelles et à l’entretien des lieux de culte écorchent cette réputation.

Illustration : Éric Godin
Illustration : Éric Godin

Sur le plan de l’éducation, la laïcité de l’État français se différencie nettement du modèle américain. Si la religion et les signes religieux sont bannis de l’école publique (pas de foulard !), l’État, par contre, subventionne généreusement un important secteur privé, catholique à plus de 90 %. Près de 2,5 millions d’élèves français (du primaire et du secondaire) sur 12,5 millions fréquentent 9 000 établissements privés subventionnés à hauteur de 80 % de leurs coûts de fonctionnement (c’est 60 % au Québec). L’aide de l’État à ces écoles se chiffre à 10,5 milliards de dollars pour 2009. Dans la seule région parisienne, l’enseignement catholique attire 22 % de la population scolaire, et des milliers d’élèves sont refusés chaque année, faute de places. Comme au Québec, les établissements privés jouissent d’une réputation d’excellence.

Depuis que la loi sur la séparation de l’Église et de l’État (1905) a transféré aux pouvoirs publics la propriété des lieux de culte, avec charge de les entretenir, d’importantes sommes sont consacrées, à tous les paliers de gouvernement, à l’entretien des cathédrales, églises, temples, chapelles et synagogues construits avant cette date.

Avec la loi de 1905, l’État français s’enga­geait à « garantir le libre exercice des cultes ». Cette responsabilité incombe toujours au ministère de l’Intérieur, qui a, par exemple, été l’instigateur, en 2007, de la création de la Fondation pour les œuvres de l’islam de France, organisme qui centralise les dons destinés à la construction de mosquées. En 2004, Nicolas Sarkozy avait même émis l’idée que ce ministère, dans le cadre de sa mission, finance lui-même ces constructions. L’État laïque n’est pas sourd aux demandes des autorités religieuses.

Dans le secteur public, l’État ne dédaigne pas totalement les accommodements raisonnables. Dans tous les établissements d’éducation, dans l’armée et dans les prisons, les autorités ont l’obligation d’entretenir des aumôneries (locaux où l’on trouve les services d’un aumônier) si une demande existe. Depuis janvier 2008, le Bureau des cultes du ministère de l’Intérieur finance la formation de futurs imams… à l’Institut catholique de Paris ! Il ne s’agit pas de cours de théologie, mais d’une formation intitulée « Interculturalité, laïcité et religions », qui vise à l’intégration de ces futurs dirigeants religieux dans la société française. L’Université de Strasbourg a longtemps caressé le projet de créer une faculté de théologie musulmane, mais elle y a renoncé et offre plutôt, depuis un an, à sa Faculté de droit, un « master d’islamologie », portant sur la religion, la pensée et les cultures musulmanes.

« Heureux comme Dieu en France », dit un ancien dicton. Dans la France laïque, il n’est pas si malheureux que ça !

Accommodements raisonnables et signes religieux

L’expression « accommodement raisonnable » ne fait pas partie du vocabulaire français et est en général employée en France à propos du Québec. L’esprit dit « républicain » donne priorité à l’intégration et se montre peu favorable aux mesures d’exceptions culturelles ou religieuses. Sur la question des signes et des vêtements religieux dans le service public, la politique est claire : ils ne sont pas tolérés. La loi du 15 mars 2004 interdit aux élèves le port de signes religieux ostensibles dans les écoles, collèges et lycées publics. Les signes discrets sont par ailleurs tolérés.

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