Une révolution, six modèles

Automatisation des tâches, émergence de compétences, applications mobiles… Tout concourt à repenser l’avenir des professions libérales, chasse gardée d’une certaine élite.

(Photo: John Thys / AFP / Getty Images)
Le robot humanoïde Pepper est capable de percevoir les émotions des personnes avec lesquelles il interagit. (Photo: John Thys/AFP/Getty Images)

Médecins, avocats, comptables, enseignants, architectes, journalistes… Certains experts pourraient ne pas être épargnés par l’implantation de l’intelligence artificielle en milieu de travail. C’est ce qu’affirment Richard Susskind, conférencier britannique sur l’avenir des professions, et son fils Daniel Susskind, économiste, dans l’essai The Future of the Professions: How Technology Will Transform the Work of Human Experts (Oxford University Press, 2015).

The Future of the Professions, par Richard Susskind et Daniel Susskind, Oxford University Press, 256 p.
The Future of the Professions, par Richard Susskind et Daniel Susskind, Oxford University Press, 256 p.

Tous deux ont scruté l’évolution et l’avenir éventuel d’une dizaine de professions qui ont jusqu’à maintenant constitué la chasse gardée d’une élite pouvant monnayer son expertise au prix fort. Cette exclusivité pourrait devenir chose du passé, estiment-ils. Déjà, le phénomène de la «commoditization», soit la banalisation, est en progression dans les milieux professionnels: le travail de routine des experts est déconstruit en un ensemble de pratiques standards simplifiées qui peuvent être effectuées par des travailleurs non spécialisés et, un jour peut-être, par des machines intelligentes. L’automatisation des tâches, l’émergence de compétences communicationnelles et de traitement de données, les applications mobiles et les modèles d’affaires en ligne, entre autres choses, y concourent.

Bien que certaines tâches nécessiteront toujours le jugement d’un esprit humain ou une réflexion morale et éthique, elles ne seraient pas, selon les auteurs, en nombre suffisant pour freiner le mouvement de fond vers ce qu’ils appellent «l’ère postprofessions».

À leur avis, les professions d’aujourd’hui répondent à des besoins d’un autre temps. Trop souvent opaques et offrant des services dispendieux à une minorité, elles deviendront vite obsolètes dans une société où l’information circulera à grande vitesse, au bénéfice du plus grand nombre.

Six modèles de production et de partage des expertises pourraient révolutionner le modèle traditionnel de la pratique des professions, selon le duo Susskind.

robot-professions-bandeau-1Les réseaux

Au lieu de travailler en cabinet privé ou pour une entreprise, des professionnels, indépendants ou non, se regroupent de façon virtuelle dans le but de partager et d’optimiser leurs connaissances afin de répondre aux besoins particuliers de diverses clientèles. Par exemple, la création de plateformes Web permettant de localiser un médecin ou de consulter un avocat ad hoc, ou encore la modélisation des données d’un bâtiment afin qu’architectes, constructeurs et clients puissent le concevoir, le visualiser, faire des simulations et collaborer tout au cours d’un chantier.

robot-professions-bandeau-2Les «paraprofessionnels»

Des travailleurs non spécialisés utilisent des systèmes conçus par des professionnels pour accomplir des tâches jusque-là réservées aux experts. Un enseignant débutant qui se sert de conférences d’experts sur le Web ou de cours virtuels gratuits pour nourrir la matière de ses classes travaille déjà dans cet esprit.

robot-professions-bandeau-3L’ingénierie du savoir

Les connaissances et les savoir-faire nécessaires à la pratique d’une profession sont mis sur le Web à la disposition de travailleurs moins qualifiés. Les logiciels de préparation de déclarations de revenus et les outils en ligne visant la rédaction de contrats légaux illustrent le déploiement de ce modèle.

robot-professions-bandeau-4Les communautés en ligne

Dans l’esprit de Wikipédia et de Linux, des concepteurs de services professionnels en ligne et leurs utilisateurs mettent en commun savoirs et expériences sur des plateformes aux contenus édités, enrichis et maintenus à jour. Les auteurs donnent en exemple le site PatientsLikeMe, où des personnes atteintes de maladies échangent des informations sur leur traitement et leur expérience, et le site Global Voices, qui diffuse des reportages de journalistes du monde entier.

robot-professions-bandeau-5Le savoir intégré aux objets et à l’environnement

Les connaissances sont introduites au cœur même des systèmes, des processus, des pratiques, des objets, voire du corps humain. Par exemple, en comptabilité, des «agents informatisés» surveillent déjà les systèmes financiers afin de signaler toute irrégularité. En santé, le monitorage de signes vitaux se ferait à distance sur une base continue et automatisée.

robot-professions-bandeau-6Les machines et les robots

Des tâches complexes pourront être accomplies par des machines intelligentes, y compris certaines fonctions de counseling, d’évaluation et d’intervention. Les auteurs envisagent que les tâches les plus probables qui pourront être effectuées de façon plus ou moins autonome seront les diagnostics médicaux, l’analyse d’information financière, le design architectural et la prévision des jugements rendus en cour.

Les Susskind consacrent tout un chapitre aux conséquences de tels changements et aux inquiétudes qu’elles soulèvent, notamment dans les milieux professionnels. Quelles perspectives d’emploi espérer pour les futurs professionnels? Quelles tâches devraient toujours être réservées aux humains? Qui contrôlera l’information professionnelle partagée en ligne? Qui assurera la protection du public, actuellement exercée par les ordres professionnels?

L’humanité devra faire des choix, concluent les auteurs. Et plus vite qu’elle ne le croit.

Les commentaires sont fermés.

Une très bonne chose en ce qui regarde la médecine familiale! Ces médecins ne sont plus en mesure de donner un diagnostique sans passer par les instruments de mesures ce qu’ils n’ont pas dans leur clinique et tout finir par une visite à l’hôpital. Faut pas se demander pourquoi les hôpitaux ne fournissent pas à la charge pendant que ces médecins se cachent derrière leur bureau en attendant la paye.
Notre trop gros ministre n’y voit rien ou agit en hypocrite et ne pense qu’à gaspiller l’argent de la santé public vers le système privé.
J’ai bien hâte de voir ce ministre aller s’assoir lui aussi sur une chaine de bureau sans plus de responsabilités.

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