Universités: posons les vraies questions

Les étudiants n’assumeront que le tiers de la hausse des droits de scolarité. Mais les universités sauront-elles en bien gérer le fruit ?

Photo: Univ. de Montréal

Si on fait le calcul, la hausse des droits de scolarité pro­posée par le gouvernement du Québec est une bonne affaire pour les étudiants.

Après coup, les droits resteront inférieurs de 40 % à la moyenne des autres pro­vinces. La facture sera de 350 millions de dollars, mais les étudiants n’en assumeront que le tiers. Car, d’une part, le gouvernement augmentera l’aide financière aux études de 130 millions en s’assurant que seuls les étudiants dont le revenu des parents est supérieur à la moyenne seront frappés par la hausse. Et, d’autre part, les étudiants et leurs familles pourront encaisser 100 millions de dollars de plus en crédits d’impôt fédéral et provincial pour frais de scolarité (droits et frais afférents). Ainsi, les deux tiers de la hausse, soit 230 millions sur 350, seront payés non par les étudiants, mais par l’ensem­ble des contribuables.

Les universités, elles, encaisseront une somme nette de 265 millions. Mais peut-on avoir confiance dans leur gestion ? Il y a des questions à poser. Ce ne sont ni les salaires des recteurs (21 % inférieurs à la moyenne canadienne), ni le fiasco de l’îlot Voyageur (récidive peu probable), ni l’émergence de petits campus en périphérie (plus de concurrence favorise la qualité) qui sont surtout préoccupants.

La première inquiétude, c’est le taux de décrochage très élevé au bac. Dans les générations actuelles de jeunes Québécois, 45 % entreprennent un bac, mais seulement 30 % obtiennent le diplôme. En un mot, pas de problème majeur d’accès au bac, mais un taux de décrochage de 33 %, pire qu’au secondaire.

Ailleurs au Canada, le taux de décrochage est de 20 %. Ou bien nos universités admettent des étudiants qui ne devraient pas y être, ou bien l’enca­drement et le soutien pédagogique sont déficients. Dans les deux cas, on a un problème à la fois humain et financier.

Le deuxième doute concerne la tâche d’enseignement des professeurs. La charge normale d’enseignement est de quatre cours par année. Mais, comme s’en est inquiété le vérificateur général, la charge moyenne effectivement observée est de trois cours.

On accorde un grand nombre de dégrèvements d’enseignement aux professeurs pour des tâches administratives, des activités de recherche accrues, etc. La conséquence est que 40 % de l’enseignement doit être assuré par des chargés de cours. Il y en a beaucoup d’excel­lents, mais les charges allégées des professeurs coûtent cher. Est-ce que nous avons le dégrèvement de cours trop facile ?

La troisième préoccupation concerne la politique salariale des universités. De 1998 à 2008, au Québec, le salaire moyen de l’ensemble des travailleurs a progressé de 25 % et celui des professeurs de cégep de 28 %, mais celui des professeurs d’université de 37 %. Le salaire moyen de l’ensem­ble du personnel (enseignant, administratif et de soutien) des universités est à peu près le même ici que dans les autres provinces.

La question primordiale est de savoir si les universités québécoises doivent viser la parité salariale avec les autres universités canadiennes sans tenir compte du coût de la vie plus bas au Québec. Les plus hauts salariés du Québec (y compris les médecins !) sont payés de 10 % à 15 % moins cher qu’ailleurs au Canada. Pourquoi les professeurs d’université feraient-ils exception ?

Mais même si des économies sont réalisables dans la gestion universitaire, cela ne veut pas dire pour autant qu’il faudrait les utiliser pour réduire les frais de scolarité, puisque ce seraient les étudiants plus fortunés qui en bénéficieraient. Il serait certainement plus indiqué de réinvestir l’argent dans la lutte contre le décrochage à l’université, voire de soulager le contribuable.

 

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